V. Fortunat., Libellus sing. de exddio Thoring
' Idem. — Greg. Tur.. HisL Fr.. 1. 111 , c. 7. — VHa S. Rudeg reg., BoliandXIlI, aug.
princes francs étaient encore en Thurinçe lorsque Thierry forma secrètement le projet de faire périr son frère. Nous ne savons pas quel motif particulier fut capable de lui inspirer cette horrible pensée ; Chlotaire découvrit le piège et eut le bonheur d'y échapper. De tels stratagèmes ne sont que trop communs à cette époque ; mais s'ils glacent le cœur toutes les fois qu'Us viennent se retracer au souvenir , il faut penser , du moins, que la religion chrétienne travaillait à changer cet esprit d'artificieuse barbarie , et à faire prévaloir dans les âmes le sentiment de la droiture et de Thumanité.
La mort tragique d'Hermanfred , qui suivit de près la conquête de la Thuringe, fut -elle Touvrage de Thierry ? Grégoire de Tours dit que beaucoup de personnes étaient portées à le croire , mais qu'il ne savait rien de certain sur cet événement.
La défaite des Thuringiens avait porté la crainte parmi les Saxons établis dans le Weser et l'Elbe : ils envoyèrent au roi d'Austrasie des ambassadeurs pour traiter de leur soumission , et ils s'engagèrent à payer aux Francs un tribut annuel , comme le gage principal de leur dépendance.
Lorsque Thierry fut de retour en Âustrasie , ou lui fit connaître que l'Auvergne venait de se soustraire à sa domination. Pendant que Thierry faisait la guerre en Thuringe le bruit s'était répandu faussement qu'il avait perdu la vie dans un combat, et le roi de Paris, Childebert, par les conseils de son ministre Arcadius, qui était d'une illustre famille de l'Auvergne , avait fait
reconnaitre dans la ville de Clennont sa souveraine autorité. Aussitôt que le retour du prince austrasien eut désabusé les esprits, Childebert abandonna sa nouvelle possession, et parvint même à se réconcilier avec son frère. Malheureusement pour les Ârvernes leur défection ne fut pas aussi promptement oubliée : elle devait bientôt faire éclater sur eux de terribles orages.
Pendant que Thierry se reposait de son expédition de Thuringe , les rois de Paris et de Soissons le firent prier de joindre ses forces aux leurs , pour aller ensemble reconquérir la Bourgogne. Thierry n'ayant point accepté leur proposition , les leudes austrasiens lui dirent d'un ton menaçant : « Si tu refuses de suivre » tes frères en Bourgogne , nous te quittons et nous allons avec eux. » Thierry craignant de se voir , en effet, abandonné d'un grand nombre de ses guerriers, leur répondit : « Suivez-moi chez les Arvernes , et je » vous conduirai dans un pays où vous trouverez de » For et de l'argent autant que vous pouvez en dé- » sircr; là, il y a des esclaves , des troupeaux, de ri- » ches habits en abondance ; je vous prie, n'allez pas » avec mes frères. »
Ces paroles adoucirent le mécontentement des leudes , et ils se préparèrent avec joie au départ. Mais les hommes que Thierry avait autrefois amenés d'Auvergne éprouvèrent un sentiment d'autant plus douloureux qu'ils ne pouvaient rien pour détourner de leur ancienne patrie les malheurs qui la menaçaient. Thierry était persuadé que les grandes richesses des Arvernes donnaient à ce peuple une puissance dange-
relise poor son autorité : en abandonnant ce> richesses au pillage , il pensait enlerer a la nation ce qui faisait sa principale force* et, en même temps, satisfaire aux avides exigences de ses guerriers. Aussi prenait-il soin de leur répéter souvent qu'il leur permettrait de transporter en Austrasie les dépouilles et les prisonniers que leur livrerait la guerre d\\u vergue.
Ce fut, en effet, le système qu'il suivit dans son expédition. Les prières de Tévèque Quintianus et les remontrances d'un chef austrasien , nommé Hilping , obtinrent grâce pour la ville de Germont et pour un espace de trois lieues à Tentour. Une faveur semblable fut accordée à Téglise de Saint-Julien de Brioude ; mais rien ne fut épaigné ailleurs , et malgré l'expresse défense de Thierry , Féglise même de Saint-Julien ne fut point à Tabri de la violence. Toute idée de ménagement était bannie à ce point, que le diacre Gallus, qui se trouvait en ce moment malheureux dans TAuvei^e, sa patrie, vit le patrimoine de sa famille devenir tout entier la proie des vainqueurs * (530).
Toutefois, à travers les violences de cette guerre spoliatrice , quelques voix courageuses arrivèrent jusqu'aux oreilles du roi d' Austrasie. Alors vivait en Auveigne un religieux nommé Nicétius , dont la famille avait acquis beaucoup d'illustration au midi de la Gaule. Nicétius était un de ces hommes chez qui l'amour de la justice est aussi ardent qu'intrépide, surtout quand il s'agit des faibles et des malheureux.
• Greg. Tur., Hist. Fr.. lib. III. c. 12. — Vitœ Pair , cap. i.
Il possédait , de plus , cette éloquence simple et forte qui montre le devoir et qui le commande. Il adressa plusieurs fois au roi d'Âustrasie de fermes et respectueuses remontrances , et le prince franc , nous dit Grégoire de Tours, eut une grande vénération pour Nicétius , parce quMl lui faisait voir ses défauts à découvert et qu'il tâchait de l'en corriger. Thierry devait conserver toujours un vif sentiment d'estime et de respect pour le religieux qui cherchait à lui inspirer , à travers les emportements de la cupidité et de la vengeance, quelques sentiments de douceur et d'équité'.
Lorsque Thierry quitta l'Auvergne , il en confia la garde à un chef austrasien nommé Sigewald , qui était son parent et qui tenait un des premiers rangs à sa cour. Cet homme orgueilleux et avare se persuada volontiers que la malheureuse Auvergne lui était livrée à discrétion , et que le gouvernement de cette province devait consister à poursuivre le cours des déprédations que la guerre n'avait pas entièrement achevé. Ses esclaves mêmes exercèrent partout la plus insolente rapacité , et personne n'osait se plaindre à cause de la peur que l'on avait du maitrc.
Au moment où se terminait la guerre d'Auvergne , un homme qui jusqu'alors n'était point sorti de l'obscurité commune et qui portait le nom de Munderic, se déclara issu de la famille de Mérovée , et entreprit de se faire reconnaître comme roi dans une partie des états d'Austrasie. Quelle était la véritable origine de
' Greg. Tur., Vifœ Patr., cap. 17.
cet homme, et sur quel droit pouvait-il établir ses prétentions ? Aucun indice ne vient autoriser ici une conjecture de quelque valeur. Une seule chose parait certaine : c^est que Munderic était du nombre de ces leudes qui avaient des richesses et de la puissance. Après avoir annoncé hautement sa résolution , il parcourut les provinces où il espérait se constituer un royaume, et, s'adressant aux hommes de la classe inférieure, il leur disait : « Je suis prince ^ suivez-moi » et vofis vous en trouverez bien. » Munderic parvint à réunir ainsi une petite armée. N'osant pas , toutefois , attendre sur un champ de bataille celui avec lequel il prétendait partager le titre de roi , il s'enferma dans le château de Vitry, dont l'historien des Francs ne nous fait pas connaître la situation. Aimoin a supposé qu'il s'agissait du château de même nom , situé près de la ville de Brioude dans la province d'Auvergne. Quelques savants modernes ont pensé que Grégoire avait désigné plutôt la petite ville de Vitry , près de Chàlons-sur-Marne , et cette opinion ne parait pas dénuée de vraisemblance. La Champagne se serait trouvée dès-lors au nombre des provinces sur lesquelles Munderic voulait régner.
Thierry, voyant avec une impatiente surprise que son rival lui opposait une vive et opiniâtre résistance, recourut, pour triompher plus promptement, à l'un de ces stratagèmes auxquels se mêlait le parjure, et qu'il se croyait trop facilement permis dans de semblables circonstances. Le septième jour du siège il envoya un de ses compagnons, nommé Arigisèle, promettre à
Munderic, par serment, de lui accorder la vie sMl voulait sortir de sa retraite. Munderic franchit la porte du château , tenant Ârigisèle d'une main et sa lance de Tautre. Arigisèle dit alors au peuple rangé sur le passage : « Que regard*' z-^ous si curieusement? N'avez- » vous pa^ encore vu Munderic ?» A cette parole , qui était un signal convenu , la foule se précipita en armes sur le prisonnier pour le tuer. Munderic , transporté de fureur , frappa de sa lance Arigisèle , qui tomba mort à rinstant, et tirant ensuite son épée il se défendit contre la multitude de ses ennemis jusqu'à ca qu'il fut accablé par le nombre. Les biens qu'il possédait , ajoute l'historien, furent dévolus au fisc royal'.
Peu après le retour de Thierry en Austrasie, l'évêque de Clermont, Quintianus, termina sa carrière , et, presque au même moment , on apprit que la ville de Trêves venait aussi de perdre son pasteur. Le clergé et les habitants de cette métropole ayant porté leurs sufrages sur le diacre Gallus , envoyèrent prier le roi de consentir à leurs vœux. Thierry répondit qu'il destinait Gallus à la ville de Glermont , sa patrie ; et il appela Nicétius de l'Auvergne pour l'élever à la place d'Aprunculus dans l'église de Trêves \
» Greg. Tur.. Hist. Fr., 1. 111, c. 14.
' On a fixé à l'année 527 l'élévation de Nicétius et de Gallus à l'épiscopst. Cette date paraît fautive. Grégoire de Tours nous apprend que Quintianus était encore évêque de Glermont à Tépoque de la guerre d'Auvergne, en 530. Nous voyons d'autre part que Nicétius et Gallus furent élevés en même temps à la dignité d'évéque. c'està-dire vers l'année 531 ou 533.
Suivant F usage des rois francs , Thierry envoya plusieurs des grands dignitaires d'Austrasie au devant de Nieétius, pour le conduire dans son église. Le cortège approchait des murs de Trêves , lorsque , vers le coucher du soleil, il fallut déployer les tentes afin de passer la nuit. Les seigneurs francs abandonnèrent leurs chevaux dans les champs cultivés qui se trouvaient à Tentour. Alors Nicétius leur dit : « Retirez à
> Finstant vos chevaux de la récolte qui appartient » aux pauvres ; si vous ne le faites aussitôt , je vous
> retrancherai de ma communion. » Les seigneurs austrasiens , dont plusieurs , peut-être , avaient assisté naguère à la dévastation de TAuvergne , s'étonnèrent d'un semblable langage. « Oui, je vous le dis, en » toute vérité, ajouta le religieux, puisque le roi a
> voulu m'arracher de ma retraite pour me charger » de ce fardeau , la volonté de Dieu s'accomplira, et 9 j'empêcherai de tous mes efforts que la volonté même » du roi ne s'accomplisse dans tout ce qui pourrait » être mal. » Et en prononçant ces paroles il alla luimême exécuter l'ordre qu'il avait donné *.
La fermeté aussi éclairée qu'inflexible de Nicétius ne devait pas se démentir. Lorsqu'il se rendait à la cour il ne manquait jamais de faire entendre au roi et aux grands quelques salutaires avis. 11 donna aux études une impulsion nouvelle, et les beaux-arts, dont il avait apporté avec lui le goût élevé et délicat, ne lui furent pas moins redevables. Une lettre de l'évêquede Sion,
' Greg. Tur.. Vttœ Pair., cap. 17. i.
Rufus, son ami, nous apprend qu'il fit venir d'Italie à Trêves plusieurs artistes choisis , pour travailler aux églises et aux monuments civils de cette métropole ' . Trêves se releva toujours davantage de ses ruines : elle devint pour les lettres et les arts une école dont l'influence s'étendit heureusement jusque sur les bords du Rhin.
Si Thierry faisait redouter son pouvoir au dedans de la Gaule, il ne laissait échapper aucun moyen de l'augmenter au dehors. Vers le nord-est de la Germanie , et probablement dans cette contrée qui s'étend du Wcser aux embouchures de l'Elbe , se trouvait un peuple dont le nom commençait à devenir célèbre en occident; ce peuple était celui des Lombards. Il avait alors à sa tête un roi nommé Waccho, prince guerrier, qui venait de réduire les Suèves sous ses lois et qui aspirait à fonder une vaste domination \ La puissance franque , depuis la soumission des Westphales à Thierry, était venue précisément se rencontrer avec celle des Lombards ; Thierry désira former avec cette nation guerrière et toute voisine une solide alliance : il demanda à Waccho, pour Théodebert, la main de sa fille Wisigarde \ La proposition fut acceptée, et suivant l'ancien usage des nations germaniques,
' Artifices de partibus Italiae accitos... ad vos, Deo ducente» transmisi, (EpUt. Rufi, Octodur. episc. ad Nicet, Trev, e'pisc, Duchesne , Script, Fr.. t. I, p. 863.)
' Pacil. Diac, De gest, Langob,, lib. l. c. 21 -22. 3 Ibid.
le sou décret le denier, signes d'une promesse nuptiale, furent envoyés par Théodebert au roi des Lombards.
Pendant que Thierry travaillait à raffermissement de son pouvoir au delà du Rhin, il dirigeait encore vers un autre point ses vues d'agrandissement. II n'avait jamais renoncé à l'espoir de venger les affronts que lui avaient fait subir les Goths d'Italie, et il chargea son fils Théodebert d'aller reconquérir les provinces méridionales soumises autrefois par les armes de Théodoric. L'occasion était des plus favorables : la division régnait parmi les Ostrogoths.
Le fils de Thierry montra dans cette expédition une certaine humanité, et les peuples au milieu desquels il parut, vinrent en grand nombre au-devant de la domination des Francs. Théodebert reprit en peu de temps le Vêlai, le Gévaudan, le Rouergue et l'Albigeois '.
Les rapides succès du prince franc engagèrent la cour de Ravenne à traiter avec lui : la reine Amalasonthe, qui gouvernait l'Italie au nom de son fils Athalaric, céda aux Austrasiens les provinces dont ils s'étaient rendus maîtres'. Alors Théodebert, voyant que ses nouvelles possessions n'étaient séparées de la mer que par un faible espace, résolut hardiment de conquérir sur les Wisigoths la province de Septimanie, qui s'étendait le long de la Méditerranée, depuis les bouches du Rhône jusqu'aux Pyrénées orientales ; sur la côte s'ouvrait le magnifique port de Nar-
» Greg. Tur.. Hist. Fr., 1. 111. c. 21. * Jomand., De reb. get,, cap. 59.
bonne , presque rival de celui de Marseille pour le commerce.
Théodebert s'empara de Lodève et il poursuivait sa Diarche victorieuse, lorsque Deutérie, dame galloromaine de noble naissance, remit eulre ses mains le château de Cabrières dont elle était souveraine. Le fils de Thierry se laissa éprendre de sa beauté et de son esprit au point d'oublier pour elle les promesses données à Wisigarde. Cette faute grave, dont il devait avoir tant à se repentir un jour , venait rompre l'alliance nouvellement Tonnée entre les Austrasiens et les Lombards.
Le conquérant se portait toujours du côté de la Méditerranée , et il avait pour compagnon de ses exploits le jeune Giwald, fils du duc Sigewald, à qui Thierry avait laissé le gouvernement de l'Auvergne. Une vive amitié unissait Théodebert à Giwald qu'ilavait tenu sur les fonts sacrés et qui partageait depuis quelque temps ses périls et sa gloire. Pendant que les deux amis s'occupaient ensemble du grand projet d'ajouter aux états d'Austrasie les belles provinces que baigne la Méditerranée, Théodebert reçut de son père une lettre qui lui ordonnait de mettre à mort le fils de Sigewald. Soit que Thierry eût résolu de venger d'une terrible manière la tyrannie de Sigewald Auvergne, soit qu'il eût pris quelqu'ombrage de solente puissance que ce seigneur s'était arrogée , irenait de le faire punir du dernier supplice , et voulait frapper du même coup un fils qui pout se porter comme son vengeur. Théodebert , saisi
d'une douloureuse surprise, appela Giwald et lui mettant dans la main la lettre du roi d^Âustrasie, <r Fuis, lui dit-il, fuis, car mon père m'ordonne de te faire mourir. Si tu apprends un jour que je règne, alors tu pourras sans crainte revenir auprès de moi. » Giwald s'enfuit aussitôt dans la ville d'Arles et gagna peu après
ritalie.
Théodebert ne tarda point à recevoir de la cour de Metz un nouveau message qui l'informait que son père était en proie à une maladie très-grave; on le pressait en conséquence de hâter son retour, et on lui faisait savoir, en même temps, que ses deux oncles Ghildebert et Chlotaire se disposaient à lui enlever Théritage paternel. Déjà ces princes ambitieux, par le meurtre des enfants de Chlodomir, s'étaient emparés du royaume d'Orléans. Théodebert fut donc obligé de suspendre à l'instant même le cours de ses conquêtes.
Thierry termina sa carrière peu de jours après l'arrivée de son fils en Âustrasie (534)*. A peine Théodebert avait-il rendu à son père les derniers devoirs que les rois de Paris et de Soissons tentèrent de soulever contre lui les Francs d'Austrasie. Sans perdre de temps le nouveau roi fit distribuer à ceux des leudes dont la fidélité lui paraissait douteuse , une partie des riches dépouilles qu'il venait de rapporter des
I HermaDD Contract écrit que Thierry reçut la sépulture dans une église de la ville de Metz. Cette opinion présente de la vraisemblance, et l'on peut croire que l'église dont parle le chroniqueur était celle de Saint-Jean et des Apôtres, qui porta ensuite le nom deSaint-Amould.
provinces du midi. Les anciens guerriers de Thierry se déclarèrent prêts à soutenir son fils , et Théodebert se vit solidement établi dans son royaume.
Un trait caractéristique faisait remarquer Ghildebcrt entre les autres princes de sa famille : c'était la facilité avec laquelle il passait d'un sentiment extrême au sentiment opposé. Lorsqu'il vit Théodebert en possession des états d'Austrasie, il voulut non-seulement se réconcilier avec lui, mais encore l'adopter pour son propre fils. Peut-être aussi, Childebert craignait-il de voir Chlotaire tourner maintenant contre lui son active ambition, et jugeait-il prudent de s'assurer le secours de la 'puissaute Austrasie. Il envoya à Metz des ambassadeurs chargés de dire de sa part au roi Théodebert : « Mon neveu, je n'ai point de fils et je désire te traiter comme si tu étais mon fils; viens donc auprès de moi. » Le roi d'Austrasie s'étant rendu à la cour de Paris, Childebert le combla de riches présents ; il lui donna des vêtements, des armes et divers ornements particuliers aux rois. Théodebert de son côté promit à son oncle une amitié inviolable et la suite prouva qu'il devait y rester fidèle.
Lorsque le roi d'Austrasie fut de retour à Metz, il vit arriver Giwald qui, à la nouvelle de son élévation à la royauté, s'était empressé de revenir près de lui. Théodebert se jeta à son cou et après l'avoir embrassé avec un transport de joie affectueuse, il le rétablit dans son premier rang, lui rendit les biens dé son père et lui donna la troisième partie des riches présents qu'il venait de recevoir de Childebert.
A cet héroïsme guerrier qu'il avait montré dès sa jeunesse et qui ne faisait que paraître toujours avec plus d'éclat, Théodebert joignait une certaine élé* vafîon d'esprit et un sentiment d'humanité , d'autant plus digne d'attention , qu'il était plus rare chez des hommes élevés au milieu des combats et du pillage. Théodebert s'annonçait en même temps à la Gaule comme un prince puissant, et ce fut pour cette raison ^ sans doute, que le roi de Soissons ne tarda point à solliciter lui-même son alliance ' .
Le successeur de Thierry ne voulait négliger aucune occasion d'agrandir sa puissance , et il s'associa aux projets que formèrent alors ses deux oncles contre le royaume de Bourgogne où Gondemar régnait toujours» La conquête fut, cette fois, définitive, et les trois alliés en firent le partage (534). Théodebert choisit la Bourgogne septentrionale, c'est-à-dire la portion qui s'étendait depuis la frontière méridionale de l'Austrasie jusqu'au territoire de Chalon-sur-Saône. Les cités de Langres, de Dijon, d'Âutun et de Châlon se trouvèrent ^ dès ce moment , sous sa dépendance \
En prenant possession de l'Austrasie, le fils de Thierry s'était empressé d'informer l'empereur Justinien de son élévation à la royauté. Cet événe-^ ment ne devait point paraître à la cour d'Orient une chose indifférente. 11 est certain, en effet, qu'une des
» Greg. Tur.. HisL Fr., lib, III.
* Marii episc, Chronk.. ad ann. 554. — Vita S. Germani., pjiisô. Pétris. Apud BoUand. XXVIII. Maii.
pensées qui occupaient le plus sérieusement l'esprit de Justinien, était de faire prédominer Tempire de Constantinople au-dessus des peuples nouvesrux que la conquête avait élevés en occident ; il voulait que Constantinople fût le centre politique d'où ils recevraient leur direction, autour duquel ils graviteraient, comme des satellites autour de Tastre qui les gouverne et les éclaire'. Le prince grec s'inquiétait donc beaucoup de savoir quel était au juste le nombre de ces peuples, quelle était la puissance, la politique des chefs qu'ils avaient à leur tête.
Justinien envoya aussitôt une ambassade à la cour de Metz, avec de magnifiques présents pour Théodebert ; les députés remirent au roi une lettre par laquelle l'empereur le félicitait de son avènement et l'invitait à répondre, de son côté, aux dispositions amicales de la cour d'Orient. La même lettre contenait aussi un jugement sévère sur le caractère et la politique de Thierry ; cette critique était sans doute une leçon indirecte pour le nouveau roi d'Austrasie \
Théodebert remercia Justinien de ses présents ainsi que de l'amitié dont il lui donnait l'assurance ; mais il défendit énergiquementla mémoire de son père contre les accusations de la cour d'Orient, et rappela avec un visible sentiment de fierté les victoires du premier roi d'Austrasie. « Nous vous prions, disait-il à la fin de sa » lettre , d'affermir cette amitié mutuelle que vous ré-
' Procope et Agathias. passim.
" Duchesne, Script. Fr., 1. 1. p. 862, et D. Bouquet, t. IV, p. 58.
9 clamez gracieusement, et, afin qu'elle demeure invio* > lable, ne permettez pas que Ton fasse naître aucun 9 sentiment contraire dans votre cœur. » *
Quelque temps après, Justinien voulut savoir exactement jusqu'où s'étendait la domination de Théodebert ; quel était le nombre , l'importance des peuples soumis à son pouvoir, et il lui adressa un nouveau message. Le roi d'Austrasie se trouvait dans la villa de Sone, sur les bords de l'Isère, lorsqu'il reçut les députés de la cour d'Orient. Il répondit à l'Empereur, en lui faisant savoir qu'après la soumission de la Thuringe, les Nordsaves, c'est-à-dire les Saxons du nord, et les Westphales, Saxons de l'ouest, s'étaient volontairement soumis à la domination des Francs ; que les Pannoniens qui habitaient sur le cours supérieur du Danube et lès Saxons transplantés dans leur voisinage avaient reconnu la même dépendance. « Ainsi, disait-il, 9 par la protection de Dieu, notre domination s'étend 9 des bords du Danube et des limites de la Pannonie 9 jusqu'aux rivages de l'Océan, 9 '
Le fils de Thierry n'était pas seulement un guerrier: il rechercha des hommes instruits pour leur confier les fonctions administratives ou politiques de son royaume. 11 appela, de Limoges, le gallo-romain Parthénius, financier expérimenté, auquel il remit la direction générale du trésor \ La Bourgogne donna au
' Ibid.
' Theodeb, epist, ad Justinian, imp., Duchesne. Script. Pr,, t. 1. p. 865. — D. Bouquet, t. IV. p. 59.
^ Grégoire de Tours nous dit que les Francs se prirent d'une
roi d'Austrasie des négociateurs éloquents et habiles dans la personne de Mummolus et de Secundinus, qui parlaient également la langue latine et la langue grecque'. Astériolus, que Ton remarqua aussi parmi les orateurs en titre du royaume, était venu probablement du midi de la Gaule, peut-être de TÀuvergne.
Théodebert éleva à la dignité de comte et bientôt à celle de maire du palais, un ancien tribun de Tannée austrasienne, nommé Kunda, serviteur habile et dévoué, qui avait acquis à un haut degré la confiance des deux premiers rois d'Âustrasie \ Sous l'autorité de Runda, le palais de Metz prit un air de grandeur nouvelle, conforme, d'ailleurs, aux désirs de Théodebert, prince naturellement ami de tout ce qui pouvait rehausser Féclat de sa puissance . La cour devint une
grande haine contre Parlhénius, à cause des tributs qu'il leur imposait. Od a pensé . avec quelque vraisemblance, que Parthénius établit le système régulier de l'impôt territorial en usage sous l'empire. ^ qu'il y assujettit les propriétés des leudes francs comme celles des galloromains. Mais il est probable que son caractère hautain et viohent contribua aussi . pour une part, à susciter cette haine qui n'attendait que l'occasion d'éclater d'une terribte manière. (Greg. Tur,,Bist. Fr,, 11b. 111. c. 36. — Epist. Ruricii. episc, Lemovic,,aCamsioedila. Âpud Brovver, in annalib. Trevir., t. I. p, 319.)
* Greg. Tur., Hist. Fr., lib. III, cap. 33. — Vita S. Joannis Reom Âpud Bolland. XXVlll, januar.
' V. Fortunat.. lib. VII, carra . 16.
Temporibus longis regali divesin aulâ.
Ënituit meritis gloria . Conda . tuis ;
Theodericus ovans ornavit honore tribunum, Surgendi auspicum jam fuit inde tuum.
sorte d'école, ouverte aux jeunes gens de noble famille, qui venaient y recevoir, à la suite de leurs premières études , cette autre éducation qui formait à la science des affaires publiques, aux exercices de la guerre et «au service de la maison royale.
Nous voyons que les enfants des leudes austrasiens commencèrent, dès-lors, à étudier la langue latine et la langue grecque ; il s'en trouva même quelques-uns qui allèrent jusqu'à vouloir essayer un peu de cette ingénieuse versification que les Romains des derniers temps affectionnaient beaucoup, et dont il restait de brillants modèles. Un studieux élève de cette époque nous transmet lui-même ce fait intéressant; il nous dit, qu'après avoir reçu du grammairien Dodorenus les éléments des deux langues classiques, il était allé apprendre à l'école du rhéteur Parthénius l'art de bien dire et celui de composer des vers ' .
Nous remarquerons maintenant que si la cour de Metz devint plus polie, sous Théodebert, elle offrit en même temps un accès plus facile. Le nouveau roi se distinguait par une libéralité généreuse qui , nonseulement récompensait les services et l'amitié, mais
Theodebertus enim comilivae prœmia cessit ,
InstHuit cupiens ut deinde dooiesticus esses ;
Crevisti subito, crevit et anla siimil.
Florebant pariler veneranda palatia tecum .
Plaudebat vigili dispositore domus.
{Ibid.)
^ * Epêst. GogontB ad Traseric. — Ejusd, ad Chamtog (Duchesne. Script, Pr., t. 1. p. 861. 859. — D. Bouquet, t. IV. p. 70.)
qui s'empressait de secourir les besoins et de prévenir même la demande ' . L' Austrasie en eut dans ce temps une preuve destinée à laisser de longs souvenirs.
La ville de Verdun se trouvait dans une extrême détresse, et pour comble de malheurs, son évêque, Désidératus , indignement calomnié autrefois près de Thierry, s'était vu dépouiller de tous ses biens , de sojle qu'il ne lui restait aucune ressource pour soulager la misère des habitants. « Il souffrait donc beau- » coup, nous. dit l'historien , à la vue du mal qu'il ne » pouvait secourir. Mais considérant qu'elle était la »' bonté généreuse de Théodebert à l'égard de tout le » monde, il lui députa quelques personnes chargées de » lui faire entendre les paroles suivantes : « Le bruit » de vos bontés se répand par toute la terre ; puisque » votre libéralité est si grande que vous portez secours 9 même à ceux qui ne vous demandent pas , je vous » prie , si vous avez quelque argent à votre disposi- » tion , de m'en prêter , afin que je puisse relever nos » citoyens de leur grande détresse. Ils exercent le » négoce , et après que notre ville aura donné des » cautions pécuniaires comme il en existe dans les » autres villes , nous vous rendrons votre argent avec » l'intérêt légitime, y^
» Le roi , touché de compassion , prêta sept mille » sous d'or\ L'évêque les ayant reçus les distribua
' Greg. Tur.. Hist. Pr , 1. 111, c. 25.
* C'était une somme de près de sept cent mille francs de notre monnaie,
» entre les habitants de la cité. Ceux-ci en exerçant » leur commerce acquirent des richesses , et comme » révéque reportait ensuite au. roi l'argent qui lui était » du 9 le roi répondit : < Il ne m'est pas nécessaire 9 de reprendre cet argent ; il me suffit que par vos » sages mesures, par votre conseil et par ma libéralité, > les hommes que le dénûment accablait se soient re- » levés de leur misère. >
» Ce fut ainsi qu'en n'exigeant rien Théodebert fit 9 parvenir à la richesse les hommes dont nous venons » de parler. » '
Dans ce temps s'élevait à la cour une jeune princesse qui annonçait les mêmes sentiments. Théodechild , fille de la reine Suavegothe , et sœur de Théodebert , unissait à la grandeur des sentiments et à la bienfaisance généreuse , une douceur noble et un esprit de sagesse qui pouvait servir utilement , un jour , les intérêts du royaume \ Théodebert montrait pour elle de l'afTection , et témoignait , en même temps , à la veuve de Thierry , la considération et le respect que commandaient son rang et ses vertus.
Théodebert était dans la seconde année de son règne, lorsque l'Italie devint le théâtre de graves événements. Après la mort prématurée d'Athalaric , sa mère Amalasonthe, qui administrait l'état en qualité de régente, avait fait donner la couronne à Théodat , neveu de l'ancien roi Théodoric. Amalasonthe s'était réservée
' Ibid., c. 34.
' V. Forlunat.. lib. V, carm. 5.
une part d'autorité parce qu'elle voulait conserver, parmi les Goths d'Italie, des sentiments de déférence et d'amitié pour la cour d'Orient ; c'était la politique qu'elle avait toujours suivie pendant le temps de sa régence. Mais Théodat voulant régner sans partage, envoya cette princesse en exil et donna bientôt l'ordre secret de la faire périr (535).
Dès que cette nouvelle fut portée à la cour de Conslantinople , Justinien résolut de venger la mort d'Àmalasonthe et de réunir l'Italie à son empire. Comme il pensait bien toutefois que les Francs ne regarderaient pas avec une tranquille indifférence la lutte qui allait s'engager , et que leur secours pouvait d'autre part lui être fort utile , il envoya des ambassadeurs pour les prier d'unir leurs armes aux siennes contre les Ostrogoths, qui étaient, disait-il, les ennemis communs des deux nations. Pour prix de leurs services , il offrait aux princes francs une somme d'argent considérable , promettant de leur donner encore davantage lorsqu'ils seraient arrivés en Italie. Ceux-ci acceptèrent la proposition et assurèrent l'empereur de leur amitié et de leur secours.
Théodat, informé de l'alliance conclue entre les Grecs et les Francs, se mit aussitôt en devoir de la rompre. Il envoya secrètement offrir aux derniers la somme de deux mille livres d'or , el l'abandon des provinces que les Goths possédaient toujours dans le midi de la Gaule (536).'.
* Procope. de bello Goth., lib. F.
Le temps n^ était pas venu encore , où les Francs , se dépouillant d'une habitude héréditaire, comprendraient enfin que le motif d'intérêt personnel ne permet point de faire et de rompre à volonté un serment. Avec de grandes qualités d'ailleurs, Théodebert n'avait pas lui-même , à cet égard , des sentiments plus éclairés. Les Francs acceptèrent les propositions de Théodat, et lui promirent leur secours.
Le nouveau traité venait d'être conclu , lorsque Théodat fut mis à mort par les Ostrogoths irrités de ce qu'il avait fui lâchement à la première approche des Grecs. Vitigès , qui fut élevé à sa place , jugea nécessaire de maintenir le pacte que Théodat avait signé, et il se hâta d'en accomplir exactement les conditions '. Le riche territoire de la Provence fut partagé entre Théodebert et ses deux oncles. Le roi d'Âustrasie eut la ville de Marseille, qui lui ouvrait la grande voie maritime de l'Italie et de l'empire d'Orient. Le roi de Paris obtint la ville d'Arles , qui tenait après Marseille le premier rang. Arles se rattachait à cette partie de la Bourgogne que possédait Childebert, et les liaisons commerciales de cette cité avec Lyon et Paris dictaient naturellement un pareil choix. Nous ignorons quelle fut la part du roi de Soissons dans les provinces cédées par le nouveau roi d'Italie \
• Ibid.
' Quelques monnaies frappées à iMarseille, au nom de Chlotaire ]. ont fait supposer qu'il avait eu cette ville dans son partage ; mais cela est peu probable. Marseille se trouvait beaucoup plus à la convenance de Théodebert, à cause de ses possessions d'Auvergne et de ses
Lorsque la lutte fut engagée dans la péninsule, Théodebert envoya aux Ostrogoths dix mille combattants recrutés en Bourgogne. Mais ensuite les Francs et leurs alliés d'Outre-Rhin conçurent la pensée de profiter de Toceasion pour conquérir Fltalie et s'enrichir de ses dépouilles. Les peuples auxiliaires, et surtout les Allemands, se portèrent avec ardeur vers une expédition qui promettait de belles récompenses. Cent mille guerriers, réunis sous le commandement de Théodebert, prirent le chemin de Tltalie. On ne voyait dans cette armée, nous dit l'historien Procope, qu'un petit nombre de cavaliers qui servaient de gardes au roi et qui portaient seuls des lances ; tout le reste combattait à pied , et avait pour armes un bouclier et une épée, avec l'angon ou bien la double hache. Arrivés à Tortone , au delà du Pô , les Francs attaquèrent et mirent en fuite, tour à tour, les Ostrogoths et les Grecs qui étaient campés à peu de distance les uns des autres. Les vainqueurs se chargèrent ensuite d'un riche butin. Mais la disette et la maladie exercèrent bientôt leurs ravages au milieu de cette multitude d'hommes qui ne trouvait plus d'autre nourriture que la chair des bœufs , ni d'autre breuvage que les flots glacés des rivières qui tombent de la chaîne des Alpes.
rapports fréquents avec l'Orient et l'Itatie. 11 est certain , d'ailleurs, que Marseille appartint toujours à l'Austrasie depuis le règne de Sigebert I. 11 faut se rappeler que Chlotaire réunit, vers les dernières années de son règne . la monarchie tout entière . et que Marseille se trouva alors dans sa dépendance. On s'explique bien, de cette manière, comment il a pu faire frapper des monnaies dans cette ville.
Théodebert ayant vu périr le tiers de son armée , reprit le chemin de TAustrasie (539).
Il y avait peu de temps que le prince franc était de retour , lorsqu'il apprit que Vitigès s'était rendu à Bélisaire, et que Tltalie reconnaissait Justinien pour son maître. Théodebert jugea qu'il devait traiter avec l'empereur. Justinien étendait maintenant son empire jusqu'au pied des Alpes ; il pouvait réclamer aussi les provinces gothiques cédées aux Francs par Vitigès, et porter de cette manière, au dedans même de la Gaule, cette puissance grecque qui semblait menacer tous les peuples barbares de l'occident. Le roi d'Austrasie envoya Secundinus à Constantinople pour oilrir la paix à l'empereur, et lui demander de confirmer l'acte de cession qui donnait aux Francs le territoire de la Provence. Justinien eut volontiers refusé cette demande ; mais il ne se dissimulait pas ce que pouvaient , de leur côté , les Francs unis aux Ostrogoths pour lui reprendre l'Italie. Il remit à Secundinus un acte de confirmation revêtu du sceau impérial, réservant toutefois, sur les provinces qu'il cédait, la haute autorité de l'empire (540).
L'acquisition de la Provence devait faire naître chez les Francs une pensée nouvelle , qui mérite quelque attention. La cour d'Orient avait toujours fait aux princes étrangers la loi rigoureuse de graver sur leurs * monnaies d'or refflgie et le nom des empereurs ; les rois Francs, depuis Chlovis, s'étaient soumis euxmêmes à cette loi. Il n'en devait plus être ainsi à l'avenir, et Procope nous donne à entendre que ce fut
à la suite du traité qui donnait aux successeurs de Chlovis les cités d'Arles et de Marseille, principaux centres du commerce de la Gaule avec l'Orient et l'Italie, que les rois Francs eurent l'idée de frapper des pièces d'or avec leur nom et leur image'.
Théodebert établit de nouvelles fabriques de monnaie à Marseille et à Chalon-sur-Saône. Les pièces qui sortirent de ces ateliers furent, comme il est aisé de le voir, l'ouvrage d'habiles artistes gaulois ou italiens. Mais, suivant Procope, Justinien ne voulut point reconnaître le droit nouveau que les princes francs venaient de s'attribuer. En effet, ajoute l'historien grec, il n'est permis à aucun roi de nation étrangère , de mettre sur une pièce d'or sa propre marque , surtout lorsqu'il emploie le métal de son pays. Procope assure que la tentative contraire ne pouvait réussir, attendu que les commerçants , lors même qu'ils étaient d'origine barbare , ne voulaient point recevoir un or dépourvu de la marque et de la garantie impériales. Il est bien certain , toutefois , que moins de quarante ans plus tard la monnaie des rois francs avait cours dans toute la Gaule.
L'administration de Théodebert paraissait générale-
* « Depuis ce moment les chefs germains possédèrent Marseille,
» colonie des Phocéens, et tout le pays maritime qui est dans le voi-
> sinage. Ils eurent ainsi l'empire de la mer qui baigne cette contrée.
» et maintenant ils prennent place dans le cirque de la ville d'Arles
» pour voir des courses de chevaux , et ils fabriquent de la monnaie
H avec l'or des mines de la Gaule; ils impriment sur leurs pièces,
» non point la marque des empereurs . suivant l'ancienne coutume ,
« mais bien leur propre image. » (Proc, De beîlo Goth., 1. 1.)
ment heureuse. Cependant le mariage illégitime qu'il avait contracté avec Deutérie excitait toujours la réprobation universelle. Soit enfin quMl écoutât la voix de sa conscience , soit qu'il regardât Deutérie comme réellement coupable de la mort de sa propre fille , le roi dWustrasie exila de sa cour celle qui avait captivé son âme à un si haut point , et suivant le vœu des leudes , il épousa Wisigarde à laquelle il était fiancé depuis sept ans '. L'alliance des Francs avec les Lombards se trouva rétablie. Théodebert , qui ne cessait point de porter vers le nord ses vues d'agrandissement, saisit Toccasion d'étendre encore son influence politique chez un peuple qui habitait près des bords de la mer Baltique. Ce peuple était celui des Warnes *; il avait pour voisins , au sud , la nation saxonne y soumise à Théodebert , et du côté de l'ouest il touchait aux Angles , qui envoyaient dans ce temps de puissantes colonies guerrières sur les côtes septentrionales de la Grande-Bretagne \
* Deutérie avait d'un premier mariage une fille qui, par une singulière rencontre . portait aussi le nom de Wisigarde. Il n'est presque personne qui ne connaisse le récit que nous a laissé Grégoire de Tours , et , suivant lequel , Deutérie , enflammée d'une jalousie cruelle, avait ordonné secrètement d'atteler au char de sa fille des bœufs indomptés et qui, rendus furieux par le conducteur, précipitèrent l'infortunée Wisigarde du haut du pont de Verdun , au moment où elle allait se promener hors des murs de la cité.
* Les Warnes occupaient le territoire qui forme aujourd'hui les deux duchés de Mecklembourg. Ils tiraient probablement leur nom de la Warnow, qui baigne cette contrée.
^ Les Angles habitaient au sud de la péninsule danoise , dans le duché actuel du Holstein.
Hermegisclc , roi des Warncs, désirant, nous dit Procope , affermir son royaume , fit demander au roi d'Austrasie la main de sa sœur Théodeehild. L'éloignement de cette princesse devait être [lour Suavegothe , sa mère , le sujet d'un douloureux sacrifice : après tant de malheurs éprouvés, Suavegothe avait réuni sur sa fille ses dernières et ses plus tendres affections. Mais Talliance de Théodeehild avec le roi des Warnes devait accroître la puissance austrasienne parmi les peuples du nord. En effet, Théodebert, devenu le beau-frère d'Hermegiscle , porta jusque chez les Angles de la Germanie l'autorité de son nom , et entreprit , bientôt après , de la faire parvenir jusque dans la Grande-Bretagne.
C'est ici l'occasion de faire ressortir, d'après un passage curieux de l'historien grec , une particularité assez digne de remarque. La Grande-Bretagne, conquise par les Saxons et par les Angles , se voyait alors surchargée de ses nouveaux habitants, et plusieurs familles abandonnaient chaque année le séjour de l'ilc pour retourner sur le continent; elles venaient s'établir sur les côtes de l'Austrasie maritime, sans toutefois se regarder comme étrangères à la terre qu'elles avaient quittée ; elles y étaient toujours attachées par les liaisons de famille et par le commerce. Cette communauté d'origine et d'habitudes qui unissait les Angles du territoire austrasien à ceux de la Grande- Bretagne, persuada à Théodebert que sa puissance devait être reconnue sur les deux rivages, et cette prétention sembla même prendre , un moment , une cer-
Uine appareoce de réalité. Proeopc nous apprend que Tliéodebcrt , faisant partir en ee temps une ambassade pour la eour de Constantinople , eut soin de placer à côté des seigneurs francs plusieurs seigneurs de la nation des Anjdes insulaires, afin de montrer par là qu'il régnait jusque dans la Grande- Bretagne.
Mais pour les Grecs ce n^était là qu*un motif de montrer encore plus d'oi^eil. Vers ce temps même Fempereur Jnstinien ajouta aux divers surnoms qu'il tirait de ses victoires sur les peuples étrangers , celui de Francique ou de vainqueur des Francs. Si nous en croyons le grec Àgathias , Théodebcrt, indigné d'un pareil affiront , aurait juré d'en tirer une éclatante ven* geance; il aurait formé entre les Francs, les Lombards, les Gépides et d'autres peuples, une immense ligue , à la tête de laquelle il se promettait d'aller en personne attaquer Constantinople. Si la supposition de cet audacieux et gigantesque projet peut paraître une exagération de rhistorien, elle nous montre du moins quelle opinion les Grecs se faisaient du roi d'Austrasie. Ce qui lest certain , c'est que Théodebert se regarda alors comme affranchi de toute dépendance envers la cour d'Orient, et que voyant l'Italie devenue l'objet d'une lutte nouvelle entre les Grecs et les Ostrogoths , il résolut d'ajouter à son royaume tout ce que la force des armes pourrait lui livrer dans cette péninsule.
Totila , élevé à la royauté par les Ostrogoths , avait déjà reconquis sur les Grecs une grande partie de l'Italie,
lorsque Théodebert envoya au delà des monts un chef d'origine allemande , nommé Bucelin , qui avait acquis en Àustrasie un crédit sans égal , par son habileté et son ardeur guerrière'. Il avait pour auxiliaires le patrice Mummolus , à la fois général et négociateur , et le duc austrasien Hamming , guerrier brave et dévoué , qui unissait la culture littéraire à la science des armes. Les Francs occupèrent sans résistance presque tout le nord de ritalie jusqu'à Bologne; Totila abandonna cette contrée aux généraux de Théodebert; il ne leur demanda en retour que leur neutralité , et convint même avec eux que si les Ostrogoths venaient à obtenir un jour sur leurs ennemis une victoire décisive , ils régleraient avec les Francs le partage de Tltalie (546).
On croyait généralement que Théodebert se mettrait bientôt lui-même à la tète d'une expédition guerrière contre les Grecs , mais une maladie prolongée le retint au dedans de ses états , et en 547 il terminait sa belliqueuse carrière.
Agathias raconte d'une tout autre manière que Grégoire de Tours la mort du roi d' Austrasie. Suivant l'écrivain grec , un jour que Théodebert chassait aux bétes fauves , un buffle énorme s'étant élancé tout à coup de son côté, rencontra un jtune arbre et l'abattit dans le choc, avec tant de raideur, qu'une branche frappa , à la tète , le prince franc , qui mourut peu de jours après des suites de sa blessure. Ce récit a quelque -chose de plus dramatique ; mais nous croyons
» Totila avait été proclamé roi des Ostrogoths en 5il.
que eeloî de Gré^ire de Toors mérite de tout point , la préférenee*.
Théodebert laissait, de soa mariage aree Deotérie, on fils nommé Théodebald, âgé de dooie ans. La grande jeunesse de ee prince , son extrême faiblesse corporelle n'étaient point assurément des circonstances favorables pour exercer chez les Francs Fautorité nnale. D'un autre cdté , les rois de Paris et de Soissons qui déjà , dans ane semblable rencontre , avaient tenté d'arracher TAustrasie à un prince vaillant et dans la force de l'âge, n'avaient rien perdu de leur ambition. La tranquille soccession du fils de Théodebert an titre de roi suppose bien certainement reflet de quelque dévoue-
' « Après la mort de Théodebert. dit Grégoire de Tours, les Francs, qd avaient une grande haine contre Parthénius. à cause des tributs qu'il leur avait imposés . se mirent à le poursui\Te : lui, voyant sa vie en danger, s'enfuit de Trêves et supplie instamment deux évêques de le reconduire dans cette ville et d'apaiser par leurs paroles l'extrême fureur do peuple. Les évé* ques étant entrés dans la ville ne purent venir à bout de la révolte ; ils cachèrent Parthénius et l'enfermèrent dans un coffre en étendant sur lui les vêtements employés au service de l'église. Le peuple pénétra dans l'édifice ; après avoir fouillé dans tous les coins, il sortait en frémissant de colère, lorsque quelqu'un s'avisa de dire : « Voilà un coffre où on n'a pas encore cherché notre ennemi, t Ceux qui faisaient la garde, assurèrent qu'il ne renfermait que les ornements de l'église : mais on leur demanda la clef en disant : • Si vous n'ouvrez vite nous mettons le coffre en pièces. » On ouvrit, on écarta les draperies, oii trouva le fugitif et on le retira en applaudissant des mains. On disait : • Dieu nous a livré notre ennemi ; on le frappa à coups de poing, on lui cracha au visage puis on l'attacha, les mains liées derrière le dos, à une colonne, et on le lapida. » (Greg. Tur.. lib. III, cap. 36.)
ment éprouvé , et les efforts d'une heureuse politique. C'est ici l'occasion de remettre un peu au jour deux figures historiques dont le rôle assez important se révèle dans quelques textes précieux des écrivains de l'époque.
Théodechild, devenue veuve du roi des Warnes-, avait quitté un pays où ne la retenait aucun lien de famille , et elle était revenue depuis quelque temps à la cour d^Àustrasie. Tout s'accorde à montrer que le dernier roi, qui estimait beaucoup ses grandes qualités, lui avait recommandé le soin de son flls, et que le jeune roi fut placé sous la protection du Adèle et brave Kunda, que Théodebert avait élevé à la mairie du palais. Le respect et l'affection du peuple austrasien s'attachaient à la fille de Thierry, à la sœur de Théodebert ; cette princesse joignait à l'illustration de sa famille, à la qualité de reine dont elle avait été revêtue naguère, un esprit de grandeur qu'elle rendait plus aimable par l'aménité d'une parole douce et polie, par une facile et généreuse concession des grâces et des récompenses.* Théodechild gagna, pour son neveu
' Inclyta progenies , regali stirpe coruscans .
Ornasti antiquum, Theodechilda , genus.
Evitans odii causas , micat ampla potestas . QuaB terrore minus . plus in amore venis.
Quae Domino vivis , summos non perdis honores . Régna tenes terris . régna tenendo polis.
(V. Forlunal.. lib. VI. carm. 8.)
Théodebald, la soumission et la fidélité des leudes, pendant que le maire ILunda employait à la même cause cette haute considération guerrière quMl avait acquise, durant une longue suite d'années , sous les deux premiers rois d'Austrasie.
La sœur de Tbéodebert exerça comme régente Tautorité royale; on lui apportait les tributs', elle accordait les emplois et les dignités , et suivant l'exemple du dernier roi elle donnait partout des secours considérables, quelquefois même avant qu'ils ne fussent demandés. Dans les occasions solennelles Runda répondait aussi pour Théodebald , et suivant l'expression remarquable d'un écrivain de ce siècle, il le dirigeait comme si la tutelle de ce jeune roi eût été remise pour une part entre ses mains ' . Il serait permis de voir ici déjà le premier exemple de cette grande autorité que Tavénement des rois mineurs devait conférer aux maires du palais.
On ne pouvait exercer le fils de Tbéodebert aux travaux et aux fatigues, de la guerre, si peu compatibles
' Tempore autem TheudechildaB reginae, NunDinus quidam tri< bunus ex Arverno . de Franciâ , post reddita regin» tributa , rêver tens, etc.... (Greg. Tur.. lib. de Gloria confessùrum, c. 41.)
' Theodobaidi etiam cùm parva infantia vixit
Hujus in auxilium maxima cura fuit.
Âctibus eximiis sic publica jura fovebas,
Ut juvenem regem redderes esse senem.
Ipse gubernabas veliUi si tutor adeases,
Gommissumque tibi proficiebat opus.
(V. Fortunat.. lib. VII. carm. 16.)
avec sa nature maladive. On chercha, en compensation , à développer ses facultés intellectuelles par une éducation savante ; il étudia de bonne heure , sous la direction de Kunda , la science des lois et du gouvernement ; il était en même temps initié à la connaissance des lettres, et il semblerait qu'Horace eut été au nombre des écrivains latins qu'il parvint à comprendre quelque -peu dans leur propre langue.
Les Francs occupaient toujours le nord de l'Italie , '-' pendant que Totila et Bélisaire continuaient dans les '^ autres parties de la péninsule une lutte sanglante, mêlée ^ de chances diverses. En l'année 951 Justinien envoya à Théodebald une ambassade qui avait pour chef le se- «
nateur Léonce. Lorsque les Grecs furent arrivés à Metz, on les introduisit dans la grande salle d'audience, en présence de Théodebald , de la reine Théodechild , :
et de Kunda, l'intendant de la demeure royale. Léonce i
exposa l'objet de son message , qui était d'obtenir la restitution des provinces italiennes tombées au pouvoir des Francs , et de solliciter l'alliance du peuple austrasien contre Totila et les Ostrogoths.
Si la nouvelle cour de Metz désirait la paix , il n'entrait pas dans ses vues d'abandonner les pays soumis par Théodebert, et occupés d'ailleurs par des chefs qui les avaient acquis au prix de leur sang et que Ton n'aurait pas déterminés facilement à s'en dessaisir. La cour d'Austrasie n'était point fâchée , d'autre part , de voir s'établir au delà des monts une partie de ces guerriers qu'il était toqjours si difficile de contenir et de gouverner. On était bien résolu du reste de ne se
eoimstîtoer reaBemi d*aac«n des deux peuples ri\aux «fui se disputaient les antres provinces de TltaKe.
Théodebald répondit qail ne pouvait accepter la proposition d^nne alliance offensive contre les Ostro- Sol^ ; passant ensuite à la réclamation des provinces iCaliennes soumises aux Francs, il déclara qu>lles étaient devenues la propriété de son père en vertu d'une concession faite par Totila; que la cour dWustrasie remettrait volontiers à un tribunal d'aribitres le jugement de cette affaire , et que s'il était bien reconnu que Tfaéodebert eût enlevé injustement quelque cbose à Pempereur, on se ferait un devoir de réparer le préjudice sans le moindre retard.
Léonce retourna à Constantinople , accompagné de l'aostrasien Léodard et de trois autres ambassadeurs francs qui étaient chaînés de proposer à |^empereur les conditions d'un traité*. Procope ne nous fait pas connaître le résultat de la négociation ; mais un mot de Ménandre Protector nous donne à entendre que Ton signa d'abord une trêve pendant laquelle les Francs continuèrent d'occuper les provinces italiennes récla-* mées par la cour d'Orient '.
On ne pouvait , sans se faire illusion > espérer une neutralité bien durable de la part des guerriers que Théodebert avait envoyés en Italio; ils portaient toujours dans le cœur les sentiments qui avaient animé ce
• Proc, DehelloGoth., 1. 11.
* Menandri Proiect., Hiit, inier excerjd. de Legationih., p. 133. {Paris, 1648.)
prince lui-même contre les Grecs ; et ils ne pardonnaient pas à Justinien de s'être proclamé , à la face de tous les peuples , comme le vainqueur des Francs et des Allemands. Le brave Hamming se faisait remarquer, entre tous les autres, par son inflexible résolution de démentir Toutrageante prétention de l'empereur d'Orient. Un jour qu'il était campé sur les bords de l'Âdige , le patrice Narsès , qui venait de prendre le commandement de l'armée impériale , lui envoya deux de ses lieutenants pour le prier de se retirer avec ses guerriers et de laisser aux Grecs un libre passage. « Allez dire à » Narsès , répondit le fier austrasien , que jamais je » ne reculerai devant les Grecs , tant que ma main » pourra lancer un javelot. » '
Hamming était ce même guerrier lettré qui recevait alors en Italie les épitres affectueuses et les distiques latins, que Gog, son ami et son protégé, lui adressait des bords de la Moselle \
Cependant Théodebald commença vers ce temps à exercer une autorité personnelle dans le gouvernement de l'Austrasie , et ce fut probablement pour maintenir l'alliance formée par son père avec les Lombards qu'il épousa Waldrade , princesse de cette nation. Un fait,
' Ihid.
* Licet in tuis laudibus me imparem esse sentiam . attamen amoris impulsu tardum promovisse dinoscor ingenium....
Sed in his versicuUs subter annexis , quos amore solemni trepidantibus digitis exaravi, et diligentis affectus ostenditur.../
(Gogonis. Epist. Hamingo dud, — Duchesne, Script. Fr., t. 1, p. 859. — D, Bouquet, t. IV, p. 70.)
que Grégoire de Tours nous raconte de Théodebald , semble montrer dans ce jeune roi , à défaut de qua<« lités héroïques , un certain esprit de vigilance et de finesse, en même temps que de fermeté. Comme il avait quelque motif de croire à l'infidélité d'un de ses leudes y qui se disposait à quitter son palais , il le fit venir, et sous la forme ingénieuse d'un apologue ^ imité d'Horace ou du fabuliste phrygien , il lui adressa un avertissement conçu en ces termes : « Un serpent » trouva un jour une bouteille remplie de vin ; après
> être entré par le cou de la bouteille ^ il but avide-
> ment ce qu'elle contenait. Gonflé ensuite par le vin
> qu'il avait bu , il ne pouvait plus sortir par le même
> chemin. Pendant qu'il s'efforçait inutilement de sor- » tir , le maître du vin étant survenu lui dit : Rends
> d'abord ce que tu as pris et tu pourras ensuite aller j» librement » * .
Le bruit de cette aventure se répandit ^ et , suivant l'historien , il excita des craintes et fit naître des haines contre le roi. Mais ce fut probablement de la part de ceux qui pouvaient appréhender l'application du même apologue.
Les événements poursuivaient leur cours en Italie ; Totila ayant perdu la victoire et la vie dans une bataille livrée à Narsès , près de la ville de Cumes (552), Téïas , son successeur , envoya solliciter l'alliance de Théodebald. Ce prince ne voulut point se départir de sa neutralité. Alors Bucelin et son frère Leutharis s'em-
* Horace, Ep., lib. 1.7.— Esope. Fables ii, 161.
pressèrent d'offrir aux Ostrogotbs Tappui de leurs armes , et recrutèrent soixante-quinze mille guerriers, qui étaient, pour la plupart, allemands d'origine et très-avides de pillage. Ils obtinrent d'abord de brillants succès ; mais lorsqu'ils se furent chargés de dépouilles, Leutharis succomba avec presque toute son armée aux atteintes de la maladie , et Narsès extermina près de Capoue Tarmée de Bucelin , qui trouva la mort au milieu de ses compagnons d'armes. Le vaillant Hamming partagea peu après le même sort (553), et l'Italie, perdue pour les Francs, ne tarda pas à tomber tout entière au pouvoir de l'empereur*.
' Agathiae, HUtor., lib. II. — Paul. Diac, De gêit. Langob., Kb. Il , c. 2.