CHAPITRE IV
Premières années du règne de Ghildebert H en Austrasie; traité da Pont-de-Pierre (577). — Politique des tuteurs de CSiildebert; première victoire du parti de Brunechild. — Tentative de Gondovald dans la Gaule (584-589). — Nouvelle puissance de Brunechild ; administration civile; travaux publics; beaux-arts.
Il y avait peu de temps que Brunechild était de re^ tour dans le palais de Metz , lorsque le roi de Bourgogne se voyant privé , tout à coup , de ses deux fils , Ghlotaire et Chlodomir , que la mort avait moissonnés dans la première fleur de l'âge, prit la résolution d'adopter pour son héritier le roi d'Austrasie. Il espérait aussi que les tuteurs de Ghildebert se réveilleraient un peu de l'étrange indifférence avec laquelle ils abandonnaient au roi de Neustrie les belles provinces d'Outre-Loire, et facilitaient, par là même, ses tentatives sur la Bourgogne. Contran voulait que la Bourgogne ne fit désormais avec l'Austrasie qu'un parti uni et puissant contre les attaques de Chilpéric.
Contran déclara ses intentions aux régents d'Austrasie , et les pria d'amener le jeune roi à la villa du Pont-de-Pierre , située près de la Meuse , sur la frontière des deux royaumes ' . Ce témoignage d'amitié , donné à Ghildebert par le roi de Bourgogne , fut un grand sujet de joie pour Brunechild après ses derniers malheurs. Elle accompagna son fils au Pont-de-Pierre, où Tacte d'adoption devait avoir lieu en présence des seigneurs de Bourgogne et d'Austrasie.
Contran , ayant embrassé tendrement son neveu , éleva la voix et dit : « Il est arrivé , par Teffet de mes » péchés , que mes fils ne me sont point restés ; c'est » pourquoi je demande que mon neveu Ghildebert, » que vous voyez , me tienne lieu de fils. » Alors il fit asseoir Ghildebert sur le trône de Bourgogne ; il le déclara héritier de son royaume , et , prenant ensuite un bouclier et une framée : « Qu'un même bouclier , » dit-il , nous protège et qu'une même lance nous dé- » fende \ » Lorsque les seigneurs des deux royaumes eurent répété ce serment solennel , Contran demanda que l'effet suivit sans retard les promesses, et, avant de se séparer , les deux rois envoyèrent à Ghilpérie des ambassadeurs pour lui ordonner de rendre les provinces qu'il avait injustement ravies à l'Austrasie et à la Bourgogne (377^.
Le roi de Neustrie accueillit l'injonction avec un
' Aujourd'hui Pont-Pierre, entre la Mothe et Neufchâteau.
' Una nos parma protegat, una nos hasta defendat. (Greg. Tur., Bist. Fr., 1. V. c. 18.)
dédain affecté , et , pour mieux montrer combien peu il s^en inquiétait, il fit bâtir, dans les villes de Soissons et de Paris , des cirques pour y donner des spectacles au peuple neustrien. Il savait que dans les cours de Metz et de Bourgogne , ces amusements , imités de l'ancienne Rome , avaient alors beaucoup de faveur.
Chilpéric cependant était bien loin de jouir de la tranquillité qu'il étalait si fièrement aux yeux de ses ennemis. L'alliance de l'Austrasie et de la Bourgogne était pour lui, tout au contraire, une cause de vives alarmes, et il s'occupa très-activement d'en prévenir les dangereuses conséquences . Il avait à Soissons de grands trésors auxquels étaient venues encore s'ajouter , depuis peu , les riches dépouilles des provinces d'Outre-Loire ; il en employa une partie à se faire des amis parmi les tuteurs de Ghildebert. Cette politique ne fut pas sans quelques succès : le roi de Soissons compta bientôt en Austrasie un certain nombre d'hommes qui devaient parler en sa faveur, se déclarer contre le roi de Bourgogne et combattre la secrète influence de Brunechild. Les leudes Ursion et Bertfred furent les principaux chefs de ce parti. Grégoire de Tours regrette , non sans raison , les complaisances que Tévêque de Reims , Egidius , montra aussi pour les volontés et les intérêts de Chilpéric ; mais les erreurs ou même les fautes graves de quelques hommes peuvent-elles absolument nous étonner , surtout à une époque si malheureuse.
Dans le temps où l'alliance des rois d' Austrasie et de Bourgogne éveillait les inquiétudes de Chilpéric, un autre sujet d'alarme lui était donné au dedans même
de ses états. L'austrasien Contran Bose, sur lequel il cherchait , en ce moment , à venger la mort de son fils Théodebert, envoya secrètement un de ses amis au monastère de Saint-Galais pour s'entretenir avec Mérovée , et persuader à ce prince de relever , par un nouvel effort, son parti encore puissant. Mérovée quitta furtivement Saint-Galais , et , pour mettre d'abord sa personne à Tabri de toute violence , il se rendit dans réglise de Saint-Martin de Tours où Contran Bose était lui-même réfugié. Mais forcé bientôt d'abandonner cette retraite , et poursuivi d'asile en asile par les émissaires de Frédégonde , Mérovée se dirigea vers le royaume^de Metz , où il espérait trouver quelque secours. Les Austrasiens refusèrent de le recevoir, et l'infortuné alla se cacher dans la province de Champagne , qui le déroba , pour un moment, aux recherches du roi de Neustrie.
Cependant Frédégonde ne pouvait être entièrement tranquille tant que son ennemi serait libre, et elle employa activement tous les moyens possibles pour découvrir son asile. Quelques Francs du canton de Térouanne , bien dévoués à cette reine , imaginèrent alors de répandre le bruit qu'ils avaient le désir d'abandonner Chilpéric et de reconnaître Mérovée comme roi, si ce dernier voulait se rendre auprès d'eux. Les traîtres étaient cronduits par Contran Bose , à qui Frédégonde avait fait obtenir grâce près du roi de Neustrie , et qu'elle avait flatté en même temps de la promesse d'une grande récompense, s'il parvenait à faire périr le fugitif.
Mérovée réunit aussitôt ses plus braves compa-
gnons , et accourut plein de joie près des hommes qui le faisaient appeler. Alors découvrant leur artifice^ ils enfermèrent leur captif dans une métairie, Tentourèrent de gardes et dépéchèrent des messagers auprès de son père. Chilpéric arriva bientôt, mais ce ne fut que pour apprendre que Mérovée n'était plus. On ne sut jamais d'une manière certaine comment ce jeune prince avait fini ses jours. On raconta à Chilpéric que son fils , craignant d'être livré à de cruels supplices , avait appelé Gaïlen , son plus cher ami , et lui avait dit : oc Toujours nous avons eu une seule âme et une seule pensée ; je t'en prie donc, ne souffre pas que je tombe dans les mains de mes ennemis : prends ton épée et frappe moi. » Suivant le même rapport, Gaïlen , sans balancer, avait frappé le prince de son poignard. Mais le bruit courut que Frédégonde avait ordonné elle-même la mort de Mérovée ,
et qu'elle avait inventé ce faux récit pour tromper le roi sur le véritable sort de son malheureux fils (577).
Frédégonde triomphait , et sa victoire pourtant n'était pas entière : Brunechild se trouvait en sûreté près de son fils Ghildebert où elle pouvait reprendre , un jour, quelque puissance. La cour de Soissons qui ne le comprenait que trop bien, redoubla d'efforts pour augmenter en Austrasie le nombre de ses amis et accroître toujours davantage son influence sur les homnpes qui gouvernaient au nom de Ghildebert.
Brunechild , de son côté , travaillait à fortifier son parti, et attendait avec persévérance le moment où l'âge paraîtrait donner à son fils le pouvoir de com-
mander lui-même. A la tête des. leudes qui se déclarèrent en sa faveur, se plaça le gallo-romain Lupus , duc de Champagne.
Telle était la situation de la cour d'Austrasie, lorsqu'en Tannée 580, il arriva de Tolède un message du roi Léovigild , qui faisait demander pour Hermenegild, rainé de ses fils, la main de la princesse Ingonde, sœur de Ghildebert. On ne saurait douter que Brunechild n'eût envisagé avec bonheur une alliance qui semblait capable de resserrer les liens de la cour d'Espagne avec celle d'Austrasie. Une chose cependant préoccupait Ingonde et Brunechild , c'était d'assurer à l'épouse future d'Hermenegild la liberté de professer la religion catholique chez un peuple où dominait encore l'arianisme. On régla avec la cour de Tolède cette importante question , et Ingonde fut envoyée en Espagne , avec tout le pompeux appareil de la richesse et de la grandeur.
Léovigild , après la mort de sa première épouse , mère d'Hermenegild et de Reccarède, avait donné sa main à la reine Gonswinthe , veuve d'Athanagild. La reine d'Austrasie , en se séparant de sa fille aînée , pouvait donc espérer que cette enfant retrouverait à Tolède quelque chose de la tendresse et des affections maternelles. Mais Gonswinthe était zélée ^ autant que Léovigild , pour la doctrine d'Arius : elle voulut, persuader à la jeune épouse d'Hermenegild , d'abjurer sa foi, et lorsqu'elle vit que ni les prières, ni les plus indignes traitements ne pouvaient triompher de l'invincible courage d' Ingonde , elle résolut de l'éloigner
de sa présence : Léovigild obligea les deux époux d'aller vivre à Séville , qu'il leur assigna comme une souveraineté indépendante et, à la fois, comme un lieu d'exil.
La reine d'Austrasie n'eut pas seulement le chagrin d'apprendre bientôt que sa fille se trouvait reléguée sans honneur, loin de la cour de Tolède. Chilpéric travaillait toujours avec une activité infatigable à dominer la politique austrasienne et à briser l'alliance formée entre Ghildebert et le roi de Bourgogne. Un prétexte de rupture ne devait pas être une chose difficile à trouver pour les conseillers du jeune roi. A l'avènement de Ghildebert, Contran, qui désirait depuis longtemps affranchir le commerce des grandes villes de la Saône et du Rhône avec la Méditerranée , avait obtenu des régents austrasiens l'abandon d'une moitié de la ville et du port de Marseille '. Les mêmes régents lui en demandèrent alors la restitution immédiate ; mais il refusa de se dessaisir d'une possession dont il se croyait assuré et qui lui paraissait si précieuse pour ses états de Bourgogne. Les seigneurs austrasiens firent entendre un cri d'indignation et déclarèrent que Contran n'avait plus la paix avec Ghildebert. Sur les entrefaites, le maire du palais, Gog, termina sa carrière, et les régents élevèrent à sa place l'un d'eux nommé Wandelin qui reçut en même
' Il paraîtrait que le roi Sigebert avait déjà cédé à Contran une partie de la ville de Marseille, et que cette autre moitié que le roi de Bourgogne avait obtenue des régents , était celle qui devait appartenir à Ghildebert.
temps le titre de nourricier du roi (381). Les ennemis de Contran poursuivirent, avee plus d'ardeur que jamais, le cours de leur entreprise. Pendant qu'ils attiraient dans leur parti le patrice Mummolus, un des plus habiles généraux et des plus riches seigneurs de Bourgogne, ils préparaient un complot qui avait pour but d'enlever à Contran une grande partie de son royaume.
Alors vivait à Constantinople un homme d'origine franque, nommé Condovald, qui avait fait autrefois un certain bruit dans la Gaule. Son origine mystérieuse avait donné lieu aux opinions les plus diverses : quelques personnes ne lui attribuaient qu'une naissance obscure ; d'autres pensaient qu'il était fils du roi Chlotaire I, et que ce prince, par un sentiment de haine injuste, l'avait de très-bonne heure éloigné de sa cour. Condovald était persuadé de sa naissance royale ; mais la famille de Chlotaire n'ayant jamais reconnu ses prétentions, il avait fini par s'échapper de la ville de Cologne où le roi Sigebert le faisait garder, et il était allé se mettre au service du patrice Narsès , qui alors gouvernait l'Italie. Condovald s'était rendu ensuite à Constantinople , où il avait reçu de la part des empereurs un accueil bienveillant. Établi dans cette magnifique capitale , il croyait bien sans doute avoir renoncé pour toujours à la Caule , sa première patrie.
Mais lorsque les conseillers de Childebert eurent formé le projet de renverser la puissance du roi de Bourgogne , ils se souvinrent de Condovald. Une am-
bassade devait être envoyée , sous peu, à la cour de Tempereur d'Orient, Tibère II, qui réclamait Tappui de Childebert contre les Lombards d'Italie. L'occasion était favorable pour s'entendre avec Gondovald, et on résolut d'en profiter. Parmi les ambassadeurs se trouvait Contran Bose, ce même seigneur qui, après avoir entraîné Mérovée dans une nouvelle guerre, avait ensuite livré ce prince à la vengeance de Frédégonde. Cette reine le regardait comme l'un de ses meilleurs aflidés en Àustrasie , bien qu'il fût , suivant Grégoire de Tours , l'un des types les plus marqués de ces hommes qui ne savaient garder à personne la foi jurée. Contran Bose se chargea de la mission particulière qui regardait Condovald : il eut avec lui une entrevue dans laquelle il lui déclara que les Âustrasiens le reconnaissaieilt comme fils du roi Chlotaire, et qu'ils lui promettaient leur appui, s'il voulait venir en Caule prendre sa part légitime de l'héritage paternel.
L'empereur d'Orient se montra favorable au projet formé par les tuteurs de Childebert. Il voyait avec satisfaction appeler à l'une des royautés de l'occident un homme qui s'était accoutumé à regarder les em« pereurs d'Orient comme ses bienfaiteurs et comme ses maîtres ; il lui paraissait que Condovald ne pouvait manquer d'être un prince ami et dévoué, qui reconnaîtrait volontiers cette suprématie impériale dont s'étaient affranchis les premiers successeurs de Chlovis. Condovald surpris et incertain d'abord, se détermina à suivre le conseil qui lui était donné , et il quitta Constantinople , emportant avec lui de grau-
des richesses, dont une bonne partie venait sans doute du trésor impérial. Théodore, évéque de Marseille, reçut peu après un ordre signé de Childebert et des régents , et par lequel il lui était prescrit de recevoir Gondovald avec tous les honneurs qui étaient dus à
un roi*
Pendant que Gontran Bose s'occupait de remplir sa mission , une ambassade fut envoyée à la cour de Soissons, pour offrir à Chilpéric une intime alliance avec TAustrasie. Le roi de Neustrie alors n'avait plus de fils; le crime et la maladie venaient de les lui ravir; Frédégonde avait secrètement immolé Chlovis aux intérêts futurs de ses propres enfants , et presque au même moment les fils de Frédégonde avaient été enlevés par une de ces contagions cruelles qui ravagèrent la Gaule pendant le cours da sixième siècle. Chilpéric ayant reçu les ambassadeurs austrasiens dans la villa de Nogent-sur-Seine , leur répondit par un discours semblable à celui qu'ils avaient entendu de la bouche du roi de Bourgogne , quelques années auparavant. € Je n'ai plus , dit-il , d'autre héritier que le fils de mon frère Sigebert , c'est-à-dire le roi Childebert : qu'il soit donc mon héritier pour tous les biens que j'aurai acquis. Je demande seulement qu'il me soit permis, tant que je vivrai, de conserver, sans crainte et sans contestation , tout ce que je possède actuellement. » Les ambassadeurs austrasiens remercièrent Chilpéric et rapportèrent ensuite à Childebert
> Greg, Tur., Hist. Pr., 1. VI, c. 24, 26.
le traité d'alliance et d'adoption, signé du roi et des seigneurs de Neustrie (581).
Depuis quelque temps déjà les leudes austrasiens dévoués à Chilpérie faisaient au duc Lupus , principal chef du parti contraire , une guerre continuelle ; à la tète de leurs bandes armées ils venaient piller et détruire les propriétés de ce puissant seigneur qui dominait sur une partie de la Champagne. Le traité conclu avec Chilpérie devint pour eux le signal d'une attaque plus violente : Ursion et Bertfred entrèrent cette fois en Champagne , pour se saisir de Lupus ou le tuer sur le champ de bataille. A cette nouvelle étrange , dit Grégoire de Tours , la reine Brunechild vivement affligée de Tinjuste persécution de son fidèle serviteur, s'arma de courage et se précipita entre les rangs ennemis , en disant : « 0 Francs ! ne faites point ce mal; ne persécutez pas l'innocent. Pour un seul homme, ne livrez pas un combat qui détruirait tous les vaillants hommes de cette contrée. » Comme elle parlait de cette sorte , Ursion répondit : « Retiretoi, femme! C'est bien assez pour toi d'avoir gouverné le royaume , du vivant de ton époux : maintenant c'est ton fils qui est roi , et ce n'est plus toi qui veilles sur le royaume, c'est nous*. Mais, retire-toi, si tu ne veux pas que les pieds de nos chevaux t'écrasent contre la terre. » Brunechild ne s'elSraya point de ces paroles , et , à force de prières et d'adresse , elle
' Nunc filius tuus régnât regnumque ejus non luâ , sed nostrâ tuitione salvatur. (Hist. Fr., 1. VI. c. 4.)
ai
parvint à désarmer les deux partis : mais elle ne les avait point réconciliés. Dans leur retraite les ennemis de Lupus se jetèrent sur ses maisons ; ils pillèrent ses richesses , et , feignant de les apporter dans le trésor royal , ils les cachèrent dans leurs propres demeures. Lupus ne cessa pas d'être l'objet de leur haine, et on leur entendait souvent répéter qu'un jour ou l'autre il n'échapperait pas à leurs coups. Le duc de Champagne ne se dissimula point le danger sérieux dont il était menacé; il mit sa femme et ses enfants en sûreté dans la ville de Laon , et se retira près du roi de Bourgogne, pour attendre le moment où Ghildebert serait en âge de régner lui-même.
Vers le temps où Lupus allait demander à Gontran un asile , le duc Gondulf , ancien intendant des propriétés royales de Sigebert, se rendit en Provence, et replaça la ville de Marseille tout entière sous la domination austrasienne.
Gondovald ne tarda point à débarquer dans le port de cette ville , et l'évèque Théodore l'accueillit avec les honneurs que la cour de Metz avait ordonné de lui rendre. Gondovald alla ensuite se présenter au patrice Mummolus qui le reçut également comme un prince du sang royal. Le roi de Bourgogne ne parut point connaître d'abord la véritable cause qui avait amené de si loin l'illustre proscrit; il supposa que la cour de Constantînople ne l'avait envoyé que pour rétablir l'ancienne autorité des empereurs sur la Gaule : *
' Repuîans (Theodoro) cur horaincm extraneurn intromisisset in
mais cette raison suffit pour lui faire prendre d'énergiques et promptes mesures. Gondovald jugea prudent de ne pas attendre, et, sans abandonner tout espoir, ii se retira dans une iie de la Méditerranée, peu éloignée du continent de la Gaule ' .
Contran avait rompu le stratagème de ses ennemis. Les tuteurs de Ghildebert ne renoncèrent pas néanmoins à la pensée de détruire la puissance du roi de Bourgogne. Ils envoyèrent à Chilpéric une nouvelle ambassade , pour lui dire : « Ton neveu , notre maître, demande que tu maintiennes de toutes tes forces la paix que tu as faite avec lui; il ne peut avoir la paix avec ton frère qui lui a enlevé une partie de la ville de Marseille, qui retient dans ses états les fugitifs de TAustrasie et ne veut pas les lui rendre. » Ces dernières paroles faisaient allusion en particulier au duc de Champagne. Le roi de Neustrie répondit en accusant, à son tour, le roi de Bourgogne, et, comme il pensait bien que Brunechild avait raconté plus d'une fois à Childebert la mort de son père assassiné par Frédégonde , il ajouta : « Si mon fils Childebert veut bien consulter Tordre de la raison , il connaîtra aussitôt que c'est par les intrigues de ce Contran, que son père a été tué. » Chilpéric déclara, en même temps, qu'il acceptait très-volontiers la proposition des ambassadeurs, et ceux-ci convinrent avec
Gallias , voluissetque Francorum regnum imperialibus per hase subdere conditionibus. (Lib. VI. c. 24.)
' Ce fut probablement dans un<î des îles d'Hycres ou dans Tîle de Lérins.
lui d'unir les forces de TAustrasie à celles de la Neustrie , pour conquérir la Bourgogne.
En apprenant cette nouvelle, Contran ne voulut point remettre à ses généraux seuls le soin de la guerre : il se fit un point d'honneur de marcher luimême à la défense de sa couronne. L'orgueil de Chilpéric ne demeura pas en arrière de cet exemple, et il voulut commander en personne le principal corps de l'armée neustrienne. Les régents d'Austrasie pensèrent à leur tour, que leur jeune roi ne devait pas demeurer tranquille dans son palais, et lorsqu'ils se mirent en mouvement pour se diriger vers les rives de la Seine , ils prirent avec eux Ghildebert , à peine âgé de treize ans ^ pour le faire paraître à la tète de l'armée.
Les tuteurs du fils de Sigebert n'avaient point rencontré jusqu'alors de contradiction puissante, ni d'obstacle capable de les arrêter sérieusement. Mais lorsqu'ils ordonnèrent au peuple austrasien de prendre les armes pour la cause de Ghilpéric , le parti opposé sentit s'éveiller plus vivement son indignation , et les amis de Brunechild ne manquèrent pas une occasion si favorable. Une nuit où l'ordre fut donné de plier les tentes et de franchir la limite qui séparait l'Austrasie de la Bourgogne, une plainte s'éleva dans le camp , et les hommes de l'armée se mirent à crier de toutes parts : « Que l'on écarte de la face du roi ceux qui vendent son royaume; qui soumettent ses villes à la domination d'un autre; qui livrent son peuple au pouvoir d'un prince étranger. » Le matin, ils s'assemblèrent, l'épée en main, autour de la (ente
de Childebert , pour se saisir des hommes qui étaient avec lui et faire éclater sur eux la colère dont ils étaient transportés. Le tumulte s'apaisa, mais il fallut révoquer Tordre de marcher sur la Bourgogne ' .
Cependant Chilpéric ne sachant rien de ce qui s'était passé dans le camp austrasien et voyant d'ailleurs près de lui quelques-uns des leudes de Childebert, s'avança contre le roi de Bourgogne qui, bien loin d'attendre ses ennemis au cœur de son royaume, était arrivé déjà sous les murs de Melun. Les deux rivaux étaient en présence , lorsqu'un jour, vers le soir, Contran livra la bataille à Chilpéric; elle fut meurtrière ; mais Contran demeura vainqueur. Pendant la nuit qui suivit le combat, le roi de Neustrie songeant avec terreur à sa défaite, envoya, dès le matin, à son frère , quelques-uns de ses leudes, pour lui proposer de remettre le jugement de leur querelle à une assemblée générale des seigneurs et des évèques de la Gaule. Chilpéric promettait de soumettre , sans réserve , à la décision de ce tribunal suprême , les intérêts qui lui avaient mis les armes à la main contre son frère. Le roi de Bourgogne , quoique vainqueur, accepta immédiatement la proposition.
L'assemblée ne fut point réunie. La victoire déjà marquée du parti de Brunechild, sur celui des régents, venait changer la politique austrasienne , et, par un retour aussi étrange que subit, Childebert et Contran réconciliés , demandèrent hautement compte
« Lib. VI,c.31.
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à Chilpéric , de tout ce qu'il avait autrefois ravi à son neveu et à son frère. La terreur du roi de Neustrie fut extrême , si l'on en juge par les mesures qu'il prît pour sauver son royaume. 11 renferma ses trésors dans la ville de Cambrai dont il avait résolu de faire sa principale défense ; il envoya à tous les chefs neustricns l'ordre de se retirer dans leurs villes et de s'y fortifier le mieux qu'ils pourraient , leur promettant les plus grandes récompenses pour prix de leur courage*. Un fils naquit dans ce moment même à Chilpéric : ce prince ordonna qu'il fût élevé en secret dans la villa de Yitry, où il serait moins exposé que dans la capitale de la Neustrie.
Une circonstance détourna de Chilpéric l'orage contre lequel il se prémunissait avec tant de soin et d'inquiétude. Maurice , qui avait succédé à Tibère sur le trône impérial, proposa au roi d'Austrasie d'accomplir le projet formé, depuis quelques années déjà , contre les Lombards établis en Italie ; Maurice envoyait à Childebert la somme de cinquante mille sous d'or pour prix de ce service. Le jeune roi passa les Alpes à la tête d'une armée, et Maurice crut pouvoir espérer que l'Italie ne tarderait pas à être replacée sous les lois du grand empire d'Orient. Les Lombards étaient bien persuadés eux-mêmes qu'ils allaient avoir à soutenir une lutte qui pouvait être
* La ville de Cambrai était vraisemblablement au nombre de celles que Chilpéric avait enlevées , pour un moment . au royaume d'Austrasie.
décisive, et ils s'y étaieni préparés. Mais avant de rengager, ils cherchèrent un moyen d'en prévenir la chance périlleuse : ils offrirent à Childebert de reconnaître sa suprématie et lui firent porter de riches présents. Le prince franc accepta une offre aussi flat* teuse et ramena ses guerriers au dedans de la Gaule (584).
Peu de temps après le retour de Childebert, on reçut en Austrasie la nouvelle d'un tragique événc* ment. Un soir d'autonme, après une partie de chasse, le roi Chilpéric venait de rentrer dans la ville de Chelles; il descendait de cheval, s'appuyant d'une main sur l'épaule d'un de ses serviteurs, lorsqu'un inconnu l'avait frappé mortellement de deux coups de couteau et avait disparu, à la faveur des ténèbres. Le prince était tombé expirant, et ses serviteurs saisis d'épouvante avaient pris aussitôt la fuite. Non loin de la villa se trouvait, en ce moment, l'évéque de Senlis, Malulf qui, depuis trois jours, attendait sous une petite tente une audience du roi. Informé de sa mort funeste , il était accouru , en toute hâte , et , après lui avoir rendu les premiers devoirs religieux, il avait fait placer son corps sur un bateau pour être transporté à Paris où il devait recevoir les honneurs de la sépulture (584)*.
La mort de Chilpéric laissait Frédégonde exposée à la vengeance de ses nombreux ennemis; aussi la première pensée de cette princesse fut-elle de cher-
• Lib. Yi, c. 46.
cher un asile dans Téglise de Notre-Dame de Paris , avec son fils unique, à peine âgé de quatre mois. Pour comble de péril , la reine d'Àustrasie et son fils Childebert se trouvaient alors dans la ville de Meaux, pour ainsi dire aux portes mêmes de Paris. Ghildeberty sans perdre de temps , se fit apporter les trésors que Chilpéric avait réunis dans la villa de Ghelles , et ordonna aux leudlss de Champagne de se saisir de la ville de Soissons qui fut immédiatement réduite sous la puissance du roi d'Àustrasie ' . Dans cette extrémité Frédégonde envoya dire au roi de Bourgogne : c Que mon seigneur vienne et qu'il prenne possession du royaume de son frère; j'ai un petit enfant que je veux déposer comme son pupille entre ses bras : moi-même je reconnaîtrai humblement sa puissance. » Contran avait toujours aimé la paix et la conciliation : il assembla une armée, se rendit à Paris et assura Frédégonde de sa protection.
A peine le roi de Bourgogne était-il arrivé, que Childebert, à la tète d'une partie de ses leudes, se présenta lui-même sous les murs de la cité. Contran refusa de lui en ouvrir les portes , mais il consentit cependant à tenir un plaid général dans lequel on réglerait les intérêts communs des trois royaumes.
Contran venait de faire connaître assez hautement la résolution qu'il avait prise de sauver la veuve de
' L'occupation de la villd de Soissons par les Austrasiens se trouve clairement indiquée au livre Vill, chapitre 29. et au livre IX, chapitre 36 , de Y Histoire des Francs de Grégoire de Tours.
Chilpéric des mains de ses ennemis. Brunechild supposa alors que le principal soin de Frédégonde était d'inspirer au roi de Bourgogne de la colère et des défiances contre la cour d'Àustrasie. Pour prévenir Teffet de ses accusations, Brunechild résolut d'envoyer à Contran une ambassade qui l'inviterait à confirmer le traité du Pont-de-Pierre , et à persévérer dans les sentiments d'amitié qu'il avait montrés pour son neveu Childebert. La reine d'Àustrasie avait parfaitement deviné; mais il était déjà trop tard. Frédégonde s'était empressée d'apporter à Contran les écrins où Chilpéric gardait les traités secrets que les tuteurs de Childebert avaient conclus avec lui contre le royaume de Bourgogne. Contran avait lu de ses propres yeux, avec autant d'indignation que de terreur, ces actes authentiques signés du jeune roi d'Àustrasie et des principaux seigneurs de sa cour.
Lorsque les députés de Brunechild furent arrivés en présence de Contran , ils lui dirent , au nom de leur maître : « Je sais , ô mon très-pieux père , que vous n'ignorez pas qu'un parti contraire nous a opprimés l'un et l'autre, de sorte que nous n'avons pu obtenir aucune justice pour ce qui nous était dû. Je vous conjure donc , pour cette cause , de garder fidèlement les pactes que nous avons formés après la mort de mon père. » Le roi de Bourgogne répondit d'une voix irritée : « 0 misérables hommes ! hommes toujours perfides , en qui il n'y a rien de vrai , et qui ne savez rester fidèles à aucune promesse! Vous avez rejeté vos engagements avec moi , vous avez signé ,
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avec Ghilpéric, d'autres traités ^ pour me chasser de mon royaume, et vous en faire le partage. » Déroulant alors sous leurs yeux les actes qu'il tenait en main : « Voilà , dit-il , vos conventions elles-mêmes ; voilà les signatures de vos mains. De quel front venezvous donc maintenant me prier de recevoir mon neveu Childebert , que vous avez entrepris , par une pensée perverse , de rendre mon ennemi ? » Le roi de Bourgogne déclara ensuite qu'il avait fermement résolu de mettre en sa puissance les provinces et les trésors que TÀustrasie avait obtenus dans le partage des états de Charibert. « Cessez, dit-il, en finissant » cessez de me rien demander, vous qui êtes toujours menteurs et perfides ; reportez seulement à votre roi ce que je viens de vous dire. »'
Les ambassadeurs ayaiit transmis fidèlement à Brunecliild les paroles du roi de Bourgogne , elle envoya aussitôt , sous le nom de Childebert , une autre députation chargée de demander que Frédégonde fut livrée, comme prisonnière , à la cour d'Âustrasie. Brunechild faisait dire par son fils : « Rendez-moi cette femme homicide qui a tué mon père et mon oncle , qui a fait périr mes cousins par le glaive. » Mais Contran refusa de livrer la veuve de Chilpéric , et il se contenta de répondre : « Nous réglerons , dans le plaid que nous devons avoir ensemble, tout ce qu'il sera convenable de faire. »
La Gaule franque se trouvait alors dans une situa-
» Lib. VU. c. 6.
iion pleine d'ineerlitudes , et le roi de Bourgogne se regardail comme chargé de ses destinées, comme responsable du sort des deux enfants sur qui reposait Tavenir. Par devoir aussi bien que par sa qualité de roi, Contran jugeait que c'était à lui qu'il appartenait de diriger, en ce moment périlleux, le gouvernement général de la nation. Cette autorité d'arbitre et de modérateur suprême lui fut reconnue sans difficulté en Neustrie et en. Bourgogne : mais il lui paraissait que TÀustrasie elle-même devait Taccepter jusqu'au mo^ ment où finirait l'enfance de son roi.
Les seigneurs de Neustrie , ayant à leur tête le duc Ânsovald, se réunirent dans la ville de Paris; là, en présence de Contran, ils élevèrent à la royauté le fils de Chilpéric et lui donnèrent le nom de Ghio* taire , qu'avait porté son aïeul. Les Neustriens cons* tituèrent en même temps le roi de Bourgogne comme le tuteur de Ghlotaire, et lui prêtèrent le serment de fidélité.
En prenant un si lourd fardeau , Contran ne put s'empêcher de se remettre sous les yeux, avec une inquiétude mêlée d'effroi , cq3 complots tumultueux , cette ardeur de guerres intestines, cette fureur meurtrière qui n'épargnait pas même les rois. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait voulu faire entendre, à ce sujet, quelques paroles solennelles. Un jour de di-« manche, dans l'église de iNolre-Dame, lorsque le' diacre venait de donner, avant le commencement de la messe, le signal ordinaire du silence, le roi se tourna vers les fidèles parmi lesquels se trouvaient probable-
ment plusieurs seigneurs des trois royaumes. Alors il dit à haute voix : « Je vous adjure de me garder une foi inviolable; de ne point me faire mourir, comme vous avez fait mourir mes frères, il n'y a pas bien longtemps. Que je puisse du moins élever pendant deux ou trois années encore mes neveux qui sont devenus mes ûls adoptifs , de peur qu'il n'arrive (chose que le Dieu éternel veuille bien ne pas permettre) que moi , une fois mort , vous ne périssiez avec ces enfants, car il ne se trouverait plus d'homme fort, sorti de notre race, pour vous défendre. » '
Les intentions du roi de Bourgogne étaient aussi droites que sincères , et le premier usage qu'il voulut faire de son pouvoir sur la Neustrie , fut de réparer les injustices et les violences qui avaient marqué le règne de Ghilpéric. Mais Contran n'était disposé à souffrir aucune autre puissance que la sienne : s'il avait sauvé Frédégonde des périls qui la menaçaient, il n'entendait pas lui permettre de régner à l'avenir, et dans cette pensée il lui assigna une retraite éloignée de la cour \
Cependant il n'en était pas du royaume de l'Est comme de celui de Neustrie : Brunechild voulait gouverner pour son fils, et l'autorité supérieure que réclamait le roi de Bourgogne devenait à ses yeux une rivalité qu'elle ne devait pas souffrir aisément.
' Cùm de génère nostro robustus non fuerit qui defenset. (L. VII, c. 8.)
' Ce fut la villa de Rotoialum ou Rueil, près de Rouen.
Ce n'était poiat, d'autre part, une chose facile que d'écarter Brunechild du palais de Metz , et , parmi les leudes d'Austrasie , il s'en trouvait beaucoup qui ne se montraient pas eux-mêmes disposés envers le roi de Bourgogne à une entière condescendance. Contran ne se fit donc pas illusion : malgré l'affection réelle qu'il avait pour son neveu Childebert, il persévéra dans la résolution qu'il avait prise d'affaiblir la puissance austrasienne , et ordonna d'occuper les villes que Sigebert avait obtenues autrefois au midi de la Loire.
Cette politique prenait déjà un cours heureux, lorsqu'on vint annoncer au roi de Bourgogne que Gondovald était sorti de sa retraite, et que Mummolus l'avait fait proclamer roi dans la petite ville de Brive, sur la Corrèze. La cour de Metz avait-elle donné au prétendant le signal du retour? Cette supposition ne serait pas dénuée de toute vraisemblance. Ce qui est sûr du moins , c'est que Gondovald , en toute occasion , se montrait hautement l'ami du peuple austrasien'. Le roi de Bourgogne, de son côté, ne doutait pas que la tentative du prétendant ne fût le résultat d'un complot formé dans le royaume de Metz ; il n'hésitait pas à croire les bruits répandus en Bourgogne et en Neustrie, et suivant lesquels Brunechild elle-même n'aurait pas été étrangère aux derniers événements.
' Grégoire de Tours observe que lorsque Gondovald était reçu dans une des cités d'Outre-Loire qui avaient appartenu à l'Austrasie, il y faisait reconnaître l'autorité du roi Childebert. (L. YII, c. 26.)
Peu après arriva le jour que Contran avait flxé pour tenir un plaid entre les Bourguignons et les Àustrasiens dans la ville de Paris ' . Mais Contran accueillit les ambassadeurs encore plus mal que de coutume, et Tentrevue n'eut pas d'autre effet que de porter au dernier degré Tirritation des deux cours.
Condovald cependant voyant accroître , chaque jour, son parti, mais ne voulant point avoir aux yeux du roi de Bourgogne le caractère d'un injuste ravisseur, il lui envoya deux de ses compagnons de fortune pour lui exposer la légitimité de sa cause et les motifs de sa résolution. Arrêtés et mis à la torture par les ordres de Contran , ces deux hommes persistèrent à déclarer que leur maître avait été appelé de Constantinople par les seigneurs d'Âustrasie , et qu'il n'était venu que pour réclamer les droits dont ces mêmes seigneurs avaient reconnu la vérité.
Contran prit alors un parti décisif. Jugeant que son neveu Childebert, qui avait accompli sa quinzième année, pouvait être considéré comme un roi déjà capable de commander lui-même, il résolut de le déclarer de nouveau son unique héritier et de remettre solennellement en ses mains le royaume de Bourgogne. Il se proposait en même temps de désigner au jeune roi d'Austrasie les hommes qu'il devrait admettre seuls désormais dans ses conseils.
Le roi de Bourgogne appela donc Childebert à une entrevue à laquelle il invita également les seigneurs
' C'était au mois de décembre 584.
des deux royaumes*. Comme à Tentrevue du Ponl-de* Pierre, il mit une lance dans la main de son neveu , el lui dit : « Ceci est la marque que je te donne mon royaume \ Maintenant va, et possède mes cités comme les tiennes propres ; place-les sous ta domination. Mes péchés ont fait que de toute ma race il ne m'est resté que toi qui es le fils de mon frère : sois donc Théritier de mes états , tout autre sera exclu de cet héritage. » Le roi déclara en même temps qu'il rendait à Chil-^ debert les villes et les trésors que son père avait possédés. Ensuite, il prit son neveu en particulier, et , après lui avoir recommandé expressément de ne rien divulguer de ce qu'il allait lui dire en secret, il nomma les leudes dont Cbildebert devrait demander les conseils et ceux qu'il devrait éloigner de ses en« tretiens ; ceux auxquels il pourrait se fier ou qu'il devrait éviter; ceux qui auraient droit à des récom-* penses ou qu'il faudrait écarter des honneurs \
L'entretien fini, on dressa une table en plein air, et Contran y fit asseoir, avec son neveu, les seigneurs d'Àustrasie et de Bourgogne. Pendant le festin , Contran
■ Grégoire de Tours fait remarquer que plusieurs seigneurs aus-> trasiens ne se rendirent pas à cette invitation , et que l'on supposa qu'ils étaient du nombre de ceux qui avaient appelé Gondovald. La reine d'Àustrasie elle-même , n'assista point au nouvel acte d'adoption qui appelait Cbildebert à l'héritage de la Bourgogne.
' Hoc est indicium quôd tibi omne regnum meum tradidi. (L. VII , c. 34.)
^ Tune indicavit ei quos in consilio haberet, autsperneret à colloquio; quibusse crederet, quos vitaret. (Bnd,)
se leva et dit d'une voix assez forte pour être entendu de tout le monde : « Voyez , ô guerriers ! comme mon fils Cbildebert est déjà grand; regardez-le, et prenez bien garde de le considérer comme un faible enfant! Laissez dès aujourd'bui ces choses mauvaises et ces actions téméraires auxquelles vous vous êtes livrés. Cbildebert est maintenant le seul roi que vous deviez servir. » La fête se prolongea trois jours encore, et les deux rois, avant de se séparer, firent mutuellement aux leudes de chaque royaume de riches présents.
La réconciliation de Contran et de Cbildebert devînt pour le parti de Gondovald le signe d'une défection presque universelle. Parmi les hommes qui avaient soutenu le prétendant avec le plus d'ardeur, les uns cédèrent à la crainte , les autres commencèrent à douter de son origine royale. Gondovald, toutefois, ne renonça point à défendre une cause qu'il regardait toujours comme légitime. Forcé de reculer devant un ennemi supérieur par le nombre, il se retrancha dans la ville de Comminges , au pied des Pyrénées ; il espérait, peut-être, obtenir le secours des Wisigoths , ou du moins, trouver parmi eux, en cas de revers, un asile assuré. Mais en ce moment extrême, Mummolus qui avait suivi Gondovald jusque dans les murs de Comminges, l'abandonna encore pour se sauver lui-même; le prétendant, ne voyant plus aucune espérance d'échapper à ses ennemis qui resserraient chaque jour la place de plus près , demanda à sortir de sa retraite pour aller se remettre dans les mains
du roi de Bourgogne. Ollon, comte de Bourges, et Contran Bose qui s'était rangé au nombre des ennemis de Gondovald, allèrent recevoir le prisonnier à la porte de la ville. Pendant que Gondovald descendait sans défiance la colline escarpée sur laquelle était bâtie la forteresse , OUon le poussa violemment sur la pente du chemin , et lui porta en même temps un coup de sa lance, en disant : « Voilà votre Ballomer qui se dit fils et frère de rois. » ' La cuirasse de Gondovald Tavait préservé de cette atteinte meurtrière, et Vinfortuné se relevait pour regagner la porte de la ville, lorsque Contran Bose le frappa mortellement d'une pierre à la tête \
Childebert était parvenu à cet âge où un roi franc semblait pouvoir gouverner lui-même. Mais bien loin encore de se trouver affranchi de toute dépendance , il se voyait partagé entre deux influences diverses; d'un côté il entendait les conseils et les volontés de la reine Brunechild , sa mère ; de l'autre il recevait , quoique de plus loin , les avis de son oncle , le
* Ce mot . dans la langue tudesque . paraît avoir signifié tin faux prince. C'était par ce nom que le roi de Bourgogne avait toujours désigné Gondovald,
* La critique moderne a cherché à fixer les doutes sur le véritable rôle de Gondovald. Plusieurs écrivains se montrent disposés à croire que ce pei-sonnage mystérieux réclama des droits qui étaient réels, et ils apportent de graves présomptions à l'appui de leur sentiment. Mais en l'absence de preuves certaines, il pai*aît toujours difficile de prononcer d'une manière absolue sur ce point d'histoire.
roi de Bourgogne, doni il était rbéritîer par adoption. Contran nourrissait toujours contre Brunechild une invincible défiance; mais du moins il pensait que près de son neveu étaient des hommes d'un mérite éclatant. A leur tête se plaçait Tévéque de Trêves, Hagneric , disciple et successeur de Nicétius , dont il faisait revivre Tesprit et les grands exemples'. Près de Hagneric se rangeaient Tévéque de Metz , Aiguif , et révêque de Verdun , Ageric qui avait tenu le roi Childebert sur les fonts sacrés.
Contran essaya de réaliser , par un premier acte , l'espoir qu'il avait formé de régler, de concert avec le roi d'Àustrasie, les grands intérêts de la Gaule franque ; il convint avec Childebert d'assembler dans la ville de Troyes , dépendante de la Bourgogne , et placée à la limite des autres royaumes, un plaid auquel se rendraient les évêques d'Austrasie. Hais Brunechild ne vit pas sans une crainte jalouse l'ascendant que voulait prendre le roi de Bourgogne. Elle persuada à son fils que l'assemblée de Troyes n'était point nécessaire aux intérêts de son royaume ; qu'il pouvait s'occuper des aiTaires de l'Austrasie, au sein de l'Austrasie même, et qu'il devait en visiter avec soin les diverses provinces. C'était là, en effet, une pensée administrative qui dominait dans Tesprit de Brunechild, et pour la mettre en pratique elle
' Discipulc egregii , bone Magnerice . Nicetî,
Clare sacro merito, tanto informate magistro.
(V. FortuoaL, I. 111, carm, 13.)
conduisit Ghildebert au château de Coblentz , formé en partie d'une ancienne forteresse romaine construite sur un rocher au confluent du Rhin et de la Moselle.
Le roi de Bourgogne voyant que Childebert ne rem* plissait point la promesse qu'il lui avait faite, ressentit un vif déplaisir, et supposa qu'un tel changement, de la part de son neveu, ne pouvait être que le fruit des conseils qu'il avait reçus. Il lui députa aussitôt un évéque du nom de Félix et Tévêque Grégoire de Tours qui possédait l'amitié des deux rois, et dont la sagesse conciliante s'était déjà montrée dans plusieurs circonstances difBciles. C'était, à ce qu'il semble, la première fois que Grégoire venait dans le royaume d'Austrasie. Il visita, à Trêves, l'évéque Magneric, qui l'entretint des événements les plus remarquables arrivés depuis peu dans son église. Magneric lui parla, surtout , de l'évéque de Marseille , Théodore , dont il avait déjà pris la défense , et que le roi Contran menaçait toujours de ses rigueurs , parce qu'il avait reçu autrefois Gondovald dans la Gaule. Magneric rendit hautement témoignage à la piété de cet évéque et à l'innocence de ses intentions dans le cours des derniers événements.
Les deux ambassadeurs furent accueillis dans le château royal de Coblentz avec beaucoup de distinction et d'amitié. Félix portant le premier la parole dit à Childebert : < 0 très-glorieux roi, votre oncle fait demander avec instance quel conseil vous a détourné de votre promesse ; 4)0ur quelle raison les évêques de
votre royaume oui différé de se rendre à rassemblée qui avait été résolue d'un commun accord entre vous et le roi de Bourgogne? Il demande si, par hasard, de méchants hommes ne feraient point naître entre vous deux quelque racine de discorde. »
A celte question Childebert garda un silence embarrassé. Grégoire de Tours prit alors la parole , et , voulant faire entendre à Brunechild qu'elle devait ménager avec soin la bonne intelligence entre son fils et le roi de Bourgogne , il répondit : < On ne doit point s'étonner si la zizanie est semée entre les peuples, mais elle ne trouve pas toujours à consolider immédiatement ses racines. Personne n'ignore que le roi Childebert n'a plus d'autre père que son oncle , et que le roi de Bourgogne, de son côté, n'a point d'autre fils que Childebert, suivant ce que nous lui avons entendu nous-mêmes déclarer hautement cette année. Bien loin donc la pensée qu'aucune racine de discorde puisse s'élever au milieu d'eux, car ils doivent au contraire se porter l'un à l'autre secours et amitié. »'
Les deux parties ayant paru satisfaites de ce discours, Childebert appela Félix en particulier et lui dit ; c Je prie mon seigneur et mon père , le roi de Bourgogne , de ne faire aucun mal à l'évéque Théodore, autrement la mauvaise intelligence s'élèvera aussitôt entre nous , et Ja discorde nous séparera , nous qui devons garder une amitié et une paix mutuelle. » Cette prière mêlée de menace laissait facilement re-
• Greg. Tur., HisL /r.. 1. Vill. c. 14.
connaître Tinspiration qui Pavait dictée. Grégoire et Félix ne manquèrent donc pas de réitérer leurs avis pacifiques, promettant de ne point ménager les mêmes exhortations au roi de Bourgogne.
Le lendemain les ambassadeurs prirent congé de la cour. Ils traversèrent la forêt des Ardennes et allèrent visiter, près de la petite ville d'Eposium \ le diacre Wulfilaïc qui menait dans ces lieux sauvages la vie érémitique , et dont la réputation s'était répandue au loin dans la contrée. Les deux évêques ayant voulu connaître son histoire , le solitaire leur raconta qu'il était lombard d'origine , et , qu'après avoir quitté sa patrie, il était venu chercher la retraite sur cette montagne où ils se trouvaient en ce moment avec lui. Lorsqu'il était arrivé, elle portait sur sa crête une statue colossale de Diane Ârduine, et les peuples à demi-barbares des campagnes voisines s'assemblaient encore à certaines époques autour de cette statue, pour célébrer d'anciennes cérémonies païennes. Mais le solitaire avait eu le bonheur d'éclairer ces hommes ignorants, et après avoir renversé l'idole, il avait élevé à la place une église et un monastère. Cette église était dédiée en l'honneur de saint Martin , évêque de Tours'.
Au delà des Ardennes , et particulièrement vers les bords sauvages de l'Escaut et du Rhin, on trouvait encore de semblables restes de paganisme qui appe-
> Ivoy. eDtre Sedan et Montmédy.
' L. VIII. c. 13.
laient le zèle des évéques et des missionnaires de la Gaule.
Lorsque Grégoire et Félix allaient faire connaître au roi de Bourgogne le résultat de leur mission en Austrasie , Brunechild engagea son Gis à convoquer une assemblée des leudes dans la villa de Belsonnacum , située au centre de la forêt des Ârdennes'. On fixa la tenue du plaid au mois d'octobre , époque où les grandes chasses attiraient en ces lieux une partie considérable des seigneurs du royaume. L^assemblée de Belsonnacum devait s'occuper de différentes affaires , et Brunechild se proposait surtout de lui faire connaître les derniers malheurs qui avaient éclaté en Espagne sur sa famille.
Suivant les nouvelles apportées depuis deux ans à la cour de Metz , Léovigild , apprenant que son fils avait abjuré Tarianisme pour embrasser la religion catholique, s'était animé contre lui d'une violente colère : une guerre funeste avait armé les deux princes ; mais Hermenegild , abandonné d'un corps de troupes grecques qu'il avait appelé pour le soutenir, s'était vu forcé de se remettre prisonnier entre les mains de son père. Ce malheur en avait bientôt appelé un autre: Maurice, toujours indigné contre Ghildebert, qui n'avait point replacé l'Italie sous la domination de l'Orient , s'était hâté de saisir une occasion aussi favorable pour forcer ce prince d'accomplir sa promesse, ou de
' On croit que BelsoDnacum est aujourd'hui la petite ville de Bastogne , dépendante du grand-duché de Luxembourg.
renvoyer les sommes d'argent qu'il avait reçues du trésor impérial. Maurice avait ordonné, en conséquence , d'amener comme otages à Constantinople , la princesse Ingonde et son 61s Athanagild. Déjà on avait conduit les deux captifs sur les rivages de l'Afrique , lorsque les messagers, porteurs de cette dernière nouvelle , s'étaient dirigés vers l'Austrasie ' .
Brunechild , au comble de ses alarmes , se flattait , sans doute, de l'espoir que les seigneurs austrasiens ne refuseraient point à leur roi les sacrifices nécessaires pour obtenir de Maurice la liberté des illustres prisonniers qu'un sort cruel venait de livrer en ses mains. Dans le plaid de Belsonnacum , la reine d'Austrasie retraça , avec l'éloquence que donne la douleur, toutes les infortunes d'ingonde et de son jeune fils; mais ses paroles n'émurent que faiblement une assemblée où elle comptait de nombreux ennemis*. Un des plus ardents était , sans contredit , le duc Contran Bose , si tristement renommé alors , pour son avarice , ses intrigues et ses trahisons. Depuis qu'il était revenu en Austrasie , Contran Bose s'était fait le principal instigateur des haines nouvelles qui s'élevaient contre Brunechild , et il ne lui épargnait en aucune occasion la menace et l'invective*.
' L. V, c. 39; 1. VI. c. 42. 43; 1. VIII, c. 28.
' Ibique Brunichildis regina pro Ingunde filiâ, quae adhuc in Africâ detinebatur, omnibus prioribus questa est ; sed parùm consolationis emeruit. (L. VIII, c. 21.)
^ Brunichildem reginam saepc conviciis alque improperiis lacessibat ; sed et injuriis quae ei ab adversis inrerebantur, fautor exstiterat. (L. IX, c. 8.)
Le plaid n'était pas encore fini Jorsque, tout à coup, Childcbert reçut de Metz un avis qui lui dénonçait un acte criminel dont le duc Contran s'était rendu coupable peu de jours auparavant. Ce seigneur, profitant d'une occasion favorable, avait envoyé secrètement quelques-uns de ses serviteurs dans une église de la ville de Metz , pour enlever l'or et les objets précieux que renfermait une tombe nouvellement placée dans cette basilique*. Contran , ne pouvant se justifier de ce vol sacrilège , prit le parti de la fuite ; ses biens furent confisqués, et, dès ce moment, il mena la vie d'un proscrit, portant en tout lieu ses désirs de vengeance, et, forcé chaque jour de se dérober à de nouvelles rigueurs.
Peu après l'assemblée de Belsonnacum , la mort du duc Wandelin laissa vacante la charge de maire du palais d'Austrasie. Brunechild détourna son fils de donner immédiatement à Wandelin un successeur*; elle prit elle - même , pendant quelque temps , la haute administration du palais , -et fit élever ensuite à la mairie un gallo romain nommé Florentianus , habile jurisconsulte et qui lui paraissait unir à la science des lois et du gouvernement les qualités d'un fidèle serviteur'.
* L. VIII , c. 21. — Grégoire de Tours paraît désigner ici Téglise de saint Jean et des Apôtres , qui porta dans le siècle suivant le nom de Saint-Arnould.
* In locum ejus (Wandelini) nuUus est subrogatus, eô quôd regina mater curam velit propriam habere de filio. (L. VIII, c. 22.)
» L. IX. c. 30.
Ce fut depuis ce moment surtout que Brunechild exerça, au nom de Ghildebert, une redoutable autorité. Le point essentiel de sa politique fut de diminuer le pouvoir des leudes , souvent rival de celui des rois. Les rigueurs de la cour devinrent plus grandes que jamais , et toutes les occasions furent saisies de retirer aux seigneurs qui semblaient trop puissants , les bénéfices royaux , dont le nombre s^était considérablement accru dans leurs mains , pendant la minorité de Ghildebert. Déjà les biens de Contran Bose avaient été dévolus au fisc par une sentence judiciaire ; ceux de Wandelin y furent réunis par une décision royale*. En se déclarant ainsi la maîtresse absolue des bénéfices , la cour d'Âustrasie se réservait le droit absolu de les donner, de les maintenir ou de les ôter à son gré. C^était ainsi que Brunechild allait travailler à établir sa puissance souveraine ; c^était alors aussi quUl importait bien de ne point s'écarter de la modération et de la justice; de résister aux emportements de l'orgueil et de la vengeance.
Si la politique de Brunechild eut pour principe de réduire le nombre et retendue des bénéfices territoriaux, cette politique ne parut point servir de règle pour les dignités administratives. La conquête franque avait partagé la Caule en petites royautés et en petits gouvernements' ; nous devrons remarquer ici que Chil-
* Quaecumque de fisco meruit (Wandelinus) fisci juribus sunt re* lata. (L. Vill,c. 21.)
* C'est à tort, suivant la remarque judicieuse du savant Jérôme Bignon, que Ton a fait quelquefois remonter, jusqu'aux premiers rois
debert et Brunechild commencèrent à former dans les états d'Austrasie des gouvernements d'une circonscription plus étendue. Grégoire de Tours raconte « comme une chose inusitée , qu'Ennodius exerça Tautorilé ducale sur les villes de Tours , de Poitiers , d'Aires et de Béam. Le même historien observe également que Nicétius administra à la fois TAuvergne , le Rouergue et le comté d'Uzès , et qu'il obtint plus tard le gouvernement de Marseille , auquel on réunit la Provence tout entière'.
Nous croyons devoir appeler aussi Tattention sur un fait analogue, qui eut pour théâtre le nord de TAustrasie» et dont les conséquences devaient être sérieuses pour l'avenir. Les provinces situées entre l'Ardenne, l'Escaut, l'Océan et le cours inférieur du Rhin ne semblaient former, dans leur vaste étendue, qu'une seule et même contrée. Cette portion du royaume austrasien ne renfermait qu'un petit nombre de cités proprement dites : Tongres , Maêstricht , Cologne , Gand , Utrecht , Nimègue , étaient à peu près les seules alors qui pouvaient justement revendiquer un pareil titre. Mais dans les intervalles qui les séparaient , on voyait s'élever une
Mérovingiens, l'établissement des duchés qui renfermaient douze comtés , c'est-à-dire, douze villes. Ce ne fut que plus tard , et apparemment sous l'administralion des premiers princes de la seconde race . que cette vaste organisation atteignit son entier développement. (J. Bignon , Notes ai Marculfum, cap. 8. — Aptid Baluze capUular. reg. Franc., {. il. p. 889.)
' Nicétius Arvernus, rector Massiliensis Provinciae et reliquarum urbium , quae in illis parlibus ad regnum régis ipsiùs pertinebant . est ordinaïus. (L. VIII, c. 43. ad annum 586.)
multitude de bourgades , plus ou moins considérables , entre lesquelles se partageait une nombreuse population '. A répoque même dont nous parlons , une église, récemment bâtie par Tévèque de Tongres , dans la riante vallée de Légia où TOurthe se joint à la Meuse , commençait déjà à s'entourer d'habitations, et Ton donnait à la nouvelle cité le nom du lieu où elle avait pris naissance *•
On a quelque raison de croire qu'une famille franque de l'ancienne Toxandrie reçut alors le gouvernement général de cette contrée et qu'elle fut particulièrement chargée du soin de la défendre contre les nations encore indépendantes qui habitaient au delà du Rhin . Cette famille , dont le chef portait le nom de Carloman ou Karlmann, c'est à dire, homme fort, avait pour principale demeure , le château de Landen , situé non loin de la forêt Carbonaria , qui semblait être le prolongement de celle des Ârdennes , et s'étendait jusqu'aux bords du Rhin. La race de Carloman ne brillait point encore de cet éclat que donnent l'étude et la science , mais de grandes qualités et un certain esprit d'héroïsme lui avaient acquis déjà quelque ren6mmée\
' Plusieurs de ces bourgades devaient former plus tard d'importantes cités, entre lesquelles on pourrait nommer, au premier rang, Bruxelles, Anvers et Aix-la-Chapelle.
* Vita S. Monulphi, Tungrensi* episc, ap. BoUand. XVI. die julii, p. 157. — Au nom de Légia qui fut primitivement celui de la ville de Liège . succédèrent les noms de Leodium et de Leodicum que Von trouve dans les auteurs du dixième et du onzième siècle.
' Vita B. P%]^n%, XXi. febr. ap. Bolland. — Vxia S. Gertndis Nivellentis, abb. XVil. Martti, ibid.
Carioman ayait on fils encore très-jeime alors, et que Ton appelait do nom de Pépin , nom qui semble ayoir partagé avec celui de Karl, la prédilection de cette famille'.
Ainsi la dignité docale reçot en Aostrasie , yers la fin du sixième siècle , un nouyeau degré de puissance. L'autorité des comtes n'éprouya point, à ce qu'il semble , de changement considérable. Cependant nous mentionnerons par ayance les raisons qui deyaient amener bientôt, dans Tordre administratif et judiciaire, une création nouyelle , création qui appartient certainement au règne de Childebert II , et sur laquelle nous aurons lieu , un peu plus tard , d'arrêter notre attention. Les comtes ayaient eu jusqu'alors des lieutenants ou délégués qui, sous le nom de vicaires, résidaient dans les différents cantons que renfermait la banlieue de la cité. Les yicaires jugeaient les causes d'un ordre inférieur ; chargés en même temps de yeiller à la sûreté générale, ils exerçaient la police au moyen de quelques gardes placées la nuit sur les diyers points du territoire soumis à leur juridiction ». Cette surveillance devenant de jour en jour moins suffisante , les violences et les crimes qui se commettaient fréquemment, et parfois même à la faveur de la négligence intéressée et volontaire des gardes publiques , déter-
' Pippinus fîlius Carolomanni et Emegardis fuit. (Vita B, Pippini, XXI. febr., ap. Bollaod. p. 250.)
* Ces gardes, Custodiœ, Vigiliœ, étaient appelées en langue germanique Wacht , et c*e8t apparemment ce mot qui a formé celui de guet dans notre langue.
minèrent la cour d^Âustrasie à chercher un système de police plus exact et plus sûr. Mais , comme nous Tenons de le dire , et pour mieux nous conformer à Tordre des temps , nous parlerons de cette institution nouvelle à l'époque même où elle prit naissance.
L'administration financière exigeait aussi des réformes. Il arrivait trop souvent que les pauvres , les veuves et les orphelins se voyaient forcés de contribuer pour leur part à Tentretien du trésor royal. La cour d'Âustrasie ordonna que le rôle général de Fimpôt fût soumis à une révision annuelle. On devait faire un recensement exact de la fortune et de la situation de chaque famille, et prendre soin de n'inscrire sur les registres aucune de celles que la loi dispensait du tribut \ L'évéque de Tours nous donne aussi à entendre que Childebert étabUt quelques règles nouvelles , destinées à rendre la perception de l'impôt plus facile et moins préjudiciable à ceux qui en étaient chargés'.
Pendant que l'administration publique devenait ainsi l'objet de réformes diverses , Brunechild reprenait la suite des grands ouvrages commencés au temps du roi Sigebert. La réparation des anciennes voies romaines , détériorées et rompues en plusieurs lieux, fut continuée
' En 589. Florentianus. maire d'Âuslrasie. et Romulf , comte du palais , firent eux-mêmes ce recensement dans les villes de Tours et de Poitiers. • Viduis orphanisque ac debilibus tributi pondus insederat. Quod hi (Florentianus et Romulfus) discutieotes per ordinem , relaxantes paupores ac infirmos , illos quos justitiaa conditio tributaries dabat, censu publico subdiderunt. (L. IX, c. 30.)
à grands frais dans toute retendue de TÂustrasie, et les chaussées mêmes qui , à l'époque des empereurs , avaient sillonné les contrées sauvages et marécageuses de la Belgique, retrouvèrent, par les soins de Brunechild, leur première solidité*.
La restauration des chemins publics en appelait naturellement une autre , sans laquelle la première n'eût pas été complète. La reine d'Austrasie rétablit en partie Tancien système des postes romaines , avec leurs relais de chevaux et leurs gites approvisionnés pour les messagers publics*. Des lois spéciales réglèrent le service
> Plusieurs de ces chemins sont désignés encore aujourd'hui sous le nom de chaussées de Brunehaut, chemins de la Reine. « Hodiè* que in Belgicâ... vias illas vulgô â multâ calce substralâ et ab auctore opens calciatas Bninechildis , nonnunquàm ob duritiam vel colorem glare» vias lerratas dlount. (Adrien Valois. Rer, Francie., t. 1, p. 583.)
La voie romaine . qui allait de Metz à Toul en passant par Scarpone , est connue encore maintenant sous le nom de chemin de la reine. Le même nom est donné à une autre voie, qui allait de Metz à Trêves, par Caranusca et Ricciacum.
A Saulieu . et dans quelques autres endroits de la Bourgogne, on trouve les restes de plusieurs chaussées, d'un pavage très-élevé. et que Ton appelle les levées de Brunehaui. (Adr. , Valois, Rer, Franotc, 1. 1, p. 583.)
Mais c*est principalement dans la Flandre, le Hainaut et le Cambresis que ces souvenirs ont laissé le plus de traces. Dans la petite ville de Bavay. l'ancienne cité de Bagacum, on voyait encore au seizième siècle une colonne de pierre élevée au milieu de la place, et qui marquait, suivant la tradition, le point do rencontre de sept grands chemins que l'on appelait chaussées de Brunehaut, (Nicolas Bergier, Histoire des grands chemins de Vempire, p. 99.)
l ' L* usage des postes ou evectianes fniblicœ, en Austrasie, au temps ) de Childebert 11 , est mentionné dans les termes les plus clairs par
des nouvelles postes , et c'est une chose assez digne de remarque , sans doute , que de voir les anciennes lois romaines fournir aux règlements de Brunechild leurs principales dispositions ' .
Les mêmes traditions qui nous parlent des chemins de Brunechild, nous apprennent que cette princesse fit réparer avec yn égal soin les monuments d'utilité publique. Une fontaine qui coule au pied de la ville de Laon , porte encore aujourd'hui le nom de fontaine de Brunehaut.
Il est certain que le soin de la défense militaire occupa sérieusement , à son tour, Tattention de la cour d'Âustrasie. Brunechild fit élever sur divers points du royaume des forteresses qui reproduisaient Taspect et la solidité des constructions romaines. A Vaudémont, sur les limites de TÂustrasie et de Tancien royaume de Bourgogne, subsistent les restes de la tour de Bru-nehaut : les murs de cet édifice n'avaient pas moins de cinq mètres d'épaisseur'. Une pareille tradition fait remonter aussi jusqu'à la reine d'Austrasie la construction du château de Salmoucy, près de Laon\ Les ruines d'une forteresse de même genre , construite
Grégoire de Tours. « Et pueris destinatis cum evectione publicâ. t (Hia. Franc, 1. IX. c. 9.)
> On peut comparer plusieurs lois du code théodosien (livre VIII» de cursu puhlico) avec la onzième formule du recueil de Marcuif, intitulée : De tradorin legaiariorum.
* D. Calmet. Notice de Lorraine, t. II, p. 733.
^ Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Laon, par D. Nicolas le Long ; Châlons , 1 783.
non loin de la ville de Tournay, sur les frontières de la Neustrie , étaient nommées , il y a peu de temps encore 9 les pierres de Brunehaut\
Mais il y avait un autre genre de monuments où la reine d'Âustrasie devait plus particulièrement déployer réclat des arts et de la richesse : c'étaient les églises. Nous avons vu que déjà Tévéque Nioétius avait appelé à Trêves. des artistes de Tltalie. Ces étrangers avaient quitté leur patrie vers l'année 550, c'est-à-dire, à l'époque même où l'empereur Justinien élevait à Ravenne la belle église de Saint- Vital , modelée sur les grandes églises de Constantin ople. Il est donc naturel de croire que l'art grec exerça alors sur l'art italien une certaine influence qui fut transmise à l'Âustrasie et au reste de la Gaule '.
« Adrien Valois. Rer, Prancic., t. II, p. 584. — On peut mentionner également, quoique situés hors des limites de l'ancienne Âustrasie. la tour de Brvnehaut, dans le territoire d*Étampes, et le château de BrunehatU, près de Cahors. (Ibid., loco citato.)
Indépendamment de ces grandes constructions . élevées pour la défense militaire du territoire, la reine d'Austrasie fit bâtir aussi plusieurs habitations royales. Aimoin parle d'une habitation de ce genre que l'on voyait de son temps sur les limites de l'Auvergne et du Berry. (Aimoin. Prœfatio in gest. Franc., c. IV.) Entre Tongres et Bavay on montrait une autre demeure qui portait aussi le nom de la reine d'Austrasie. (Adrien Valois, loco cit.) Cette demeure fut probablement construite à l'époque des grands travaux que Brunechild fit exécuter dans cette partie du royaume.
* La disposition particulière que présenta l'église de Cologne, bâtie par l'évoque Charentinus, était, suivant la remarque de For^ tunat, une chose nouvelle: c'était aux basiliques de l'Orient que Ton avait enaprunté . pour celle de Cologne . l'idée d'une tribune ou
Les relations du royaume de TEst avec Tltalie et la Grèce ne s'étaient point ralenties au temps de Childcbert , et Ton ne saurait guère douter que Brunechild , à son tour, ne les eût mises à profit. Un document précieux, qui nous rappelle le souvenir des églises construites ou réparées par les soins de cette princesse, nous parle des magnifiques colonnes de marbre qui en soutenaient les voûtes , et des mosaïques entremêlées d'or qui en décoraient les sanctuaires ' .
La cour de Metz fit travailler, dans le même temps ,
galerie supérieure, élevée en arcades aux deux côtés de la nef principale.
Majoris numeri quô templa capacia constent. Aller in excelso pendulus ordo datur.
(V. Fortunat., ad CharerUinum , Coloniens, ejnsc, 1. III, carm. 20.)
> L'auteur anonyme de la vie de saint Hugues d'Âutun décrit, en ces termes , Téglise de Saint-Martin que la reine Brunechild fit bâtir dans cette ville, et qui ressemblait , par conséquent, à celles que la même princesse fit élever en Austrasie: • Columnis etiam marmoreis ac trabibus formosis illud (Cœnobium) decenter instituit et musivo opère mirificè decoravit. (D. Mabillon, InteradaSS. Ord. S. Bened. . sxc S, p. 94.)
Un ancien titre de l'abbaye de Saint-Nicaise mentionne une semblable église . bâtie près des murs de la ville de Reims : « Est quaedam ecclesia . in suburbio Remensi posita , miro columnarum ornatu. arcubus auro et vitro lapillisinterposito micantibus. » (D. Marlot, Hist. eccles. S. Niami, cap. 3.)
Le tombeau de saint Pappole, qui fut évéque de Metz entre les années 607 et 610. offrait un genre de décoration analogue à celui de ces églises. Ce monument, découvert en 1513, « estoit, dit Meurisse , beau et magnifique . et taillé de marbre . diversifié à la mosaïque. (D. M. Meurisse. Hist. des evesqties de Metz, p. 100.)
à des ouvrages de ciselure et d'orfèvrerie. Grégoire de Tours , en effet , nous parle de deux grandes patères ornées d'or et de pierreries , fabriquées à Metz par Tordre de Brunechild', et nous apprenons, d'un autre écrivain , que cette princesse offrit à l'église de Saint- Étienne, d'Auxerre, un calice fait d'une pierre d'onyx rehaussée d'or, et qui était d'une merveilleuse beauté \ Le même auteur énumère et décrit , avec détail , divers objets de prix donnés à l'église de Saint-Germain d'Auxerre par l'évêque Desiderius , et qui venaient , .pour un grand nombre , de la muniQcence de la reine Brunechiid^ C'étaient des plats, des coupes et des vases d'argent ciselés ou niellés^ avec soin : ils repré-
> Brunichildis quoque regina jussit fabricari ex auro ac gemmis miraî inagnitudinis clypeum, ipsumque cum diiabus pateris ligneis quas vulgô bacchinon vocant . eisdemque similiter ex gemmis fabricalis et auro. {Hist, Franc, l. IX. c. 28.)
^ Brunechildis regina per manus ipsius Ponlificîs (Desidcrii) obtulit Deo et S. Stephano calicem mirae pulchriludinis ex lapide onycbino, auro pnrissimo decoraium. (Hist, episeop. Autissiod, ab anonymis scripta; apud Labbe. Bihliolh. nova, t. Ii p. 425.)
' C'est ce qui nous explique sans doute pourquoi on remarquait dans le nombre un grand plat d'argent, du poids de trente-sept livres, et portant gravé le nom de l'ancien roi wisigotb Thorismond. 11 portait aussi une légende en langue grecque, et l'on y voyait représentée une histoire héroïque, que l'on croyait être celle d'Enéc : « Misserium argenteum qui Thorsmodi nomen scriptum habet; pensât libras XXXVII. habet in se historiam i^nesB cum litleris grîecis. (Ibid.. p. 424.)
^ On appelait niellés, opéra nigellata, des ouvrages en orfèvrerie où Ton avait gravé au burin des dessins dont les traits étaient remplis d*un encaustique noir, composé de plomb et d'argent. (Vasari. Vies des peintres, c. 33.)
senlaient, sur le fond ou sur le pourtour, des groupes de personnages, des animaux, des arbres et des paysages, ou même des vues maritimes ; quelquefois ils offraient de simples dessins formant des roues et des couronnes. On distinguait dans le nombre deux plats ornés d'insignes religieux*.
Quelques-uns de ces riches objets pouvaient être de fabrication antique, mais plusieurs étaient bien certainement d'origine contemporaine, puisque nous voyons, par Grégoire de Tours, que Brunechild en fit exécuter de semblables pendant son séjour en Âustrasie.
Il ne nous est rien dit en particulier de Tart de la peinture dans le nord de la Gaule à la même époque ; les vraisemblances peuvent donc suppléer seules sur ce point au silence de T histoire. Si le recours à l'analogie est quelquefois légitime , il peut être, à ce qu'il nous semble, autorisé ici sans trop de scrupule. Lorsque la peinture était d'un usage général dans Tornement des édifices religieux , il est permis de croire que des peintres habiles travaillèrent à décorer les splendides basiliques de l'Âustrasie.
Au nombre des nouvelles églises que Brunechild fit élever dans le royaume de l'Est, Aimoin désigne Saint- Yincent de la ville de Laon ; mais suivant l'observation du même auteur, la plupart de ces églises furent dédiées sous l'invocation de saint Martin de Tours.
* Item alium missorium planum; peDsat 1. VIII. Habet in medio rotam et in rotà monagramma.
Item alium missorium; pensai 1. Vlli. Habel in medio crucem cum duobus hominibus. (Ibid.)
On distingua particulièrement celle qui fut érigée non loin des murs de Metz, au couchant de la cité'. Saint-Martin de Metz, dont Grégoire de Tours, Fortunat et Thistorien de saint Romaric nous font connaître la haute célébrité en Âustrasie', devait réunir tous les genres de beauté et de richesse qui pouvaient orner une basilique. Le diptyque dMvoire sculpté qui reposait sur Tautel de cette église était sans doute Fouvrage d'un de ces artistes choisis que la cour de Jdetz recherchait avec soin \
Si Ton se demande maintenant quels genres dMndustrie portaient la vie et la richesse dans les cités austrasiennes , on reconnaîtra aisément , qu'à l'exception des objets de luxe auxquels la présence d'une cour devait nécessairement donner de l'importance , c'était l'utilité plus que l'éclat qui distinguait les diverses branches du commerce dans le nord-est de la Gaule.
* Suivant toute apparence ce fut la même église que le roi saint Sigebert dota de nouveau , dans le siècle suivant . et qu'il choisit pour sa sépulture. On sait qu'elle était bâtie au pied de la colline où commence cette plaine riante que l'on appelle encore aujourd'hui le Ban- Saintr Martin.
* Greg. Tur.. Demirac. S, Martini, 1. IV. c. 29. — V. Fortunal. 1. X. carm. 7. — Vita S. Romarid, ap. Labbe, Biblioth. nova, t. 1. p. 781.
^ Hune quoque Martinum colitis quem régna patronum.
Nomina vestra légat patriarchis atque prophetis. Gui hodiè in templo diptychus ebur edit.
(V. Fortunati. Versm ad Brunichildem et Childehertum , lib. X, carm. 7.)
Les laines , les draps , les toiles et les teintures formaient les principales richesses des vastes contrées qui s'étendaient de TArdenne au cours du Rhin, Mais au midi et à Test du royaume , dans les provinces baignées par la Moselle, abondaient le froment', le vin% le seP et les bois de construction , fournis par la chaîne des Vosges. Grégoire de Tours nous apprend que la ville de Metz avait un port dans lequel se rendaient les marchands des pays voisins , et il mentionne , à cette occasion, le grand commerce de sel que cette ville faisait avec les autres cités de PAustrasie ^.
■ V. Fortunat.. 1. III. carm. 12 ; 1. IV. carm. 14; L X. cann. 9.
' Ibid.
' Greg. Tur., Demirac. S. Martini, I. IV, c. 29.
^ Dùm eoim salem Mettis negotiâsset (Trevireosis negotiator) et ad poDtem (portum) Mettis applicuisset. dixit: DomiDe HartiDO. me et puerulos meos quos habeo , et Daviculam meam tibi commendo. (Greg. Tur.. Lib. mirac. S. Martini, IV, c. 29.)