CHAPITRE V
Description du palais de rarchevéclié. Réception des autorités ecclésiastiques , civiles et militaires.
L'archevêché de Reims n'avait jamais e'ié remarquable par sa de'coration inlërieure. Quoique de riches prélats y eussent fait leur lesidence , l'architecture n'avait jamais embelli cet édifice. Des pièces irrégulièrement distribuées, ou plutôt sans distribution sjste'matique; nul ornement, nul caractère; point d'eau. Le seul vestige de magnificence consistait dans les portraits de quelques archevêques, peintures faibles d'exécution et de'pourvues de tout intérêt, hors celui peutêtre d'une ressemblance inanimée.
Pendant nos troubles civils , on y avait établi des tribimaux et des prisons 3 la vaste enceinte du palais archiépiscopal était occupée par des salles d'audience, des greffes, des geôles et une caserne de gendarmerie; la grande salle gothique , construite en avant sur toute la longueur, servait de salle des pas-perdus. Les pièces avaient vue sur des cours étroites, où les prisonniers
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venaient respirer, à certaines heures, le peu d'air que la justice leur accorde. C'est ce bâtiment ainsi dénaturé qu'on a résolu de rendre, en quelques mois, à sa destination primitive; on s'est proposé de transformer ce triste manoir en un palais digne de recevoir le roi de France à son sacre, digne d'être la résidence habituelle du premier prélat français.
Tout était dans un état de dégradation facile à imaginer. Pour en donner une idée, je dirai seulement que la charpente de la salle gothique manquait par ses points d'appui; que sa voûte en bois était pourrie, ses entraits vermoulus, et que déjà les murs parallèles, privés de leurs liens et hors d'aplomb , fléchissaient sous le poids d'une charpente pourrie elle-même en plusieurs de ses parties; qu'il fallait refaire cette charpente sans la démonter, lui donner de nouvelles bases en conservant les anciens appuis, récéper sur place les poutres transversales, se livrer à des travaux de consolidation de toute espèce, en un mot , par une reprise en sous-œuvre improvisée, rebâtir tout, pour ainsi dire, sans déranger rien '. Cette étonnante restauration a été confiée à M. Mazois , architecte, inspecteur-général des bâtimens civils au ministère de l'Intérieur.
' A l'occasion du banquet royal , je ferai connaître cette salie telle qu'elle est aujourd'hui.
Depuis long-temps cet artiste avait prouve sa science pour les restaurations. Une ville antique avait e'të en partie remise à neuf par ses soins ingénieusement re'parateurs ' j il avait aussi rétabli sur ses fondemens le vaste palais de Scaurus^j mais ces restitutions heureuses , faites avec des lignes ou des textes , n'étaient pourtant que des travaux sur le papier j point de difficultés physiques, point d'obstacles matériels , le temps à discrétion , le temps , ce premier élément de tout grand résultat. Ici, au contraire, on avait tout à vaincre, la résistance inerte des choses comme la résistance animée des hommes , et pour obtenir le dessus dans cette double lutte, le temps manquait. C'est le i^"^ décembre que retentit le premier coup de marteau , c'està-dire que les travaux commençaient dans la saison pluvieuse, quand le soleil n'accorde guère que cinq heures pour le travail , quand le froid engourdit la main de l'ouvrier, quand l'humidité ne permet pas aux constructions de sécher, quand le débordement des rivièies ralentit l'approvisionnement des matériaux, en contrariant les arrivages , quand toute la nature enfin
' Fompéi. Voir l'ouvrage intitulé hes Ruines de Pompéi , dont il est l'auteur. Deux volumes de cet ouvrage ont paru ; le troisième va paraître , chez Firmin Didot , imprimeur-libraire.
* Le Palais de Scaurus ; un volume in 8°, avec des gravures.
semble conspirer contre l'art. L'architecte a triomphe' de tous ces obstacles j il s'est montre' aussi fort sur le terrain que clans le cabinet , comme un habile gênerai est aussi sûr de ses combinaisons en pleine campagne que sur la carte.
Choisir d'excellens ouvriers, capables de s'entr'aidcr au besoin, incapables de s'entre-nuire; rassemblera l'avance tous les matériaux ne'cessaires, en sorte que les premiers rendus sur les lieux donnassent le temps d'attendre les autres j juger d'un coup d'oeil ce qui pouvait resservir dans les anciens j distribuer en un jour le travail d'un mois; faire confectionner simultanément la menuiserie, la serrurerie, la marbrerie, la vitrerie ' , les ornemens, les bronzes, et faire tout arriver successivement , à mesure que le moment de s'en servir était venu , voilà l'œuvre de l'architecte. Pour se'cher la maçonnerie et les plâtres, M. Mazois a su encore feindre la belle saison. Pendant cinq mois, quatorze calorifères, chauffant nuit et jour tout l'atelier et dosant la chaleur, entretenaient partout une température ëleve'e et toujours égale, je dirais presque, un etë artificiel.
Un palais sans eau est comme une campagne sans
' La grandeur des carreaux a obligé de faire exécuter les vitres à Lyon, les verrerieis des environs de Paris ne pouvant cuire d'aussi grandes pièces.
rivière. Pour qu'une grande habitation nous plaise, il faut que l'urne des naïades y épanche ses trésors. L'architecte a donc voulu qu'il y eût de l'eau dans l'archevêché. Mais ici l'art serait reste' impuissant, si rien n'avait ëte' dispose d'avance. Heureusement, la source n'était pas loin, et les naïades de M. Mazois ont pu enter leur bienfait nouveau sur une vieille urne. De'jà le ge'néreux Jean Godinot avait fait arriver les flots de la Vesle dans toutes les parties d'une ville où les eaux salubres sont rares ' ; il avait élevé partout des fontaines , et c'est une de ces fontaines qui vient de prêter son onde. Econome, avare même, dit-on, pour lui-même, Tabbé Godinot a dépensé 5oo,ooo francs pour ses concitoyens \ Cette somme aurait trois fois cette valeur aujourd'hui que l'or, à force d'avilir les cœurs mortels, a fini par s'avilir lui-même. Honneur à Jean Godinot, à cet homme d'un autre siècle!
* A cause du sol , qui est de craie.
* Il a doté les hospices; il a fondé des écoles gratuites; il a embelli la cathédrale, et après avoir distribué à ses parens son patrimoine, en y ajoutant une somme de 20,000 francs, il a légué le reste de ses biens à la ville pour continuer ce qu'il avait commencé. Voilà un de ces hommes comme il en faut pour les arts. Les arts ont encore moins besoin d'argent que de désintéressement, d'abnégation personnelle, de chaleur d'âme, de religieux amour, disons le mot, de charité. Les arts ne sont-ils pas un culte ?
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Si l'on songe en gênerai à tous les besoins , à toutes les exigeances d'une cour nombreuse et brillante , aux innombrables détails de la bouche et des équipages , aux demandes multipliées et divergentes de tous les officiers , à l'obligation de contenter tout le monde, parce que chacun, plus par zèle que par e'goïsme, se fait le centre de tout; si l'on observe que ce qui serait partout le superflu n'est pas même ici le nécessaire j si l'on se figure qu'il a fallu creuser le sol de sept pieds pour donner de la hauteur aux cuisines et aux offices, pour y e'tablir des courans dair et des courans d'eau; si l'on fait attention que, par de nombreux escaliers intérieurs, on est parvenu à ménager des communications entre les divers étages, de manière que, pour le service, il devînt possible de monter par un escalier et de descendre par l'autre; si l'on considère qu'avec beaucoup moins de local qu'aux Tuileries, on a obtenu beaucoup plus de dégagemens et des distributions plus commodes; qu'une salle de i5o couverts, galerie vitrée d'un goût simple et noble, a été faite à Paris en cinq semaines et transportée à Reims, comme par enchantement; que dans l'enceinte du palais, il a été préparé des corps-de-garde de cavalerie pour cent chevaux, des corps-de-garde d'infanterie pour les grenadiers de la garde, pour les Suisses, pour la garde natio-
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nale et les pompiers; que, hors du palais, il a e'té pourvu au casernement de sept cents gardes-du-corps , et , dans un local construit exprès , au logement de deux cents chevaux; que toutes les voitures du roi ont eu leur remise; on sera convaincu que, dans ces travaux , ce qui est de pure décoration n'est pas la portion la plus considérable. Si l'on ajoute que tout s'est exécute dans l'espace de cinq mois , et non provisoirement , mais à demeure, on conviendra que M. Mazois a opère une véritable création '.
De notre temps , on n'aime pas à croire aux miracles , encore bien que ceiix de l'industrie soient journaliers. Le nouveau miracle architectural a donc trouve' des incrédules. Le bruit s'était répandu que les appartemens ne seraient pas prêts, ni les cuisines acheve'es à temps. Ces on dit avaient e'ië reportes par des gens officieux aux oreilles du roi. Eh bien, dit le roi, si les appariemens ne sont pas prêts , je camperai ; si les cuisines ne sont pas prêtes , je jeûnerai ; mais le jour est irrévocable.
I IVl""'. la Dauphine, à son arrivée, après avoir parcouru les appartemens, voulut voir l'architecte , qui, en ce moment, tout couvert de poussière , était occupé à installer divers services dans leurs localités. Il n'osait paraître dans un tel désordre de toilette. M. le vicomte de La Rochefoucault le conduisit presque de force, et la princesse daigna témoigner à l'artiste toute sa satisfaction , avec celte bienveillance si naturelle à S. A. R.
Tout était prêt, et Sa Majesté a trouve à Reims un appartement d'une magnificence royale, compose de six vastes pièces j une salle des gardes, une salle des huissiers, un premier salon , un salon de réception , un cabinet et une chambre à coucher , toutes dorées sur fond blanc, toutes dëcore'es de tentures somptueuses, jaunes, vertes, bleues, amaranthe, en velours ou en soie , avec des ornemens en or. La disposition des poutres dans les anciens planchers a conduit l'architecte à des combinaisons de plafonds riches , diverses , de bon goût, qui contribuent à donner de la noblesse et à introduire de la variété. Le vert antique, le jaune de Sienne, le blanc statuaire, la griotte, le portor, embellissent les cheminées, et à côte de ces brèches précieuses , plusieurs marbres de France ne paraissent pas déplaces".
* La marbrerie a été faite par M. Hersent ; la menuiserie, supérieurement traitée , est sortie des ateliers de M. Picard ; la serrurerie, très- remarquable par l'exécution soignée et lès ingénieuses combinaisons qu'elle présente , a été confectionnée par M. Toufner ; les sculptures en carton-pierre ont été fabriquées chez MM. Roraagnesi et Thiérj-; les bronzes chez MM. Lafontaine et Feuchère ; les pointures et dorures de décoration sont l'ouvrage de IMM. Ciceri, Gignin et Redouté; M. Giroust, collaborateur et ami de M. Mazois , a pris part à tous les travaux de cabinet. M, Robelin, inspecteur particulier des travaux, a montré une activité et une persévérance au dessus de tout éloge.
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Ce magnifique plain-pied a vue sur un jardin ; le triste prëau d'une prison a été remplace' par un riant parterre, tapissé de gazon et émaillé de fleurs. Je suis ici comme aux Tuileries, a dit Sa Majesté agréablement surprise, en entrant dans ce palais improvisé. L'archevêché ayant été ouvert au public par ordre du roi, les habitans de Reims ne pouvaient concevoir une telle métamorphose.
Les appartemens de M. le Dauphin , de M™^ la Dauphine et de ]M'°% la duchesse de Berry , sans être aussi magnifiques, sont d'une noble simplicité, d'une distribution commode et d'une étendue suffisante'.
Une prévention s'était aussi accréditée; on disait que les appartemens avaient de l'odeur, ce qui n'aurait rien eu de bien extraordinaire, à la suite de tant de travaux si rapidement exécutés % Une heure après l'arrivée de
' Ils sont l'ouvrage de M. Leclerc père ; ils avaient été destinés à Ms"^. de Coucy, qui n'a pu en jouir, la mort l'ayant enlevé à son diocèse avant la fm des travaux qu'on avait commencés pour lui.
' Le ministre, alarmé , avait envoyé l'ordre d'employer divers procédés pour ôter l'odeur, et d'expédier sur-le-champ un courrier pour lui annoncer ce que l'on aurait fait. L'artiste expédia en effet le courrier, mais pour annoncer au ministre qu'il n'emploierait aucun procédé quelconque contre l'odeur de la peinture, parce qu'en usant de ces moyens il témoignerait du doute , et pour déclarer qu'il répondait sur sa tête qu'il n'y avait rien d'in-
M""', la duchesse de Berry, M. de Geslin , mare'chaldes-logis du roi , descendit dans le bureau de l'architecte, où je me trouvais par hasard. Voici ce qu'il nous raconta. La princesse s'était plainte de l'odeur des peintures; elle disait reconnaître la vëritë des rapports qui lui avaient e'te' faits à cet e'gard , et elle paraissait s'inquiéter, parce qu'on lui avait aussi assure' que son lit était adosse à un mur fraîchement construit et enduit de plâtre. Pendant que M. de Geslin faisait observer à S. A. R. que le mur dont il e'tait question appartenait aux constructions anciennes, M. le duc de Levis , qui avait parcouru de sang-froid toutes les pièces de l'appartement, pre'senle, sans rien dire, à la princesse une fleur de julienne. « Ah! voilà, dit-elle, l'odeur dont je me plains; qu'on ôte ces fleurs de mon appartement, et qu'on ne parle pas de mes inquiétudes à l'açclîitecte; cela le chagrinerait. » Cette anecdote, que je puis garantir , comme témoin du fait , en prouvant que les bons amis de cour sont partout fidèles à leur poste , montre aussi toute la bonté' de M'"% la duchesse de Berrv. Empresse'e de reconnaître qu'elle s'e'tait trompe'e, S. A. R. ne voulut pas que son erreur pût af-
salubre à craindre dans les appartemens. Le ministre fat plus rassuré par la désobéissance de l'arcLitecte qu'il ne l'eût été par sa condescendance ; il en a même su bon gré , dit-on , à M. Mazois.
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fliger un homme qui lui était tout à fait inconnu , mais qui venait de donner des preuves de zèle '.
Cependant il n'était pas convenable que le monarque entrât imme'diatement dans son palais par la salle du banquet; la majesté royale exigeait qu'il y eut en avant une espèce de salle des gardes. D'un autre côte, les ouvertures de la face antérieure de la grande salle n'étant ni égales ni symétriques , il fallait sauver l'irre'gularité des trumeaux en appelant l'œil sur un édifice régulier. Un portique a donc ëte placé en avant , et comme il communique en retour d'équerre, avec la galerie couverte, ou plutôt, comme il la continue réellement et qu'il la termine, la construction en a été confiée à MM. Lecointe et Hittorf.
Sur un soubassement géne'ral à la hauteur de la galerie s'étend et se développe- ce portique, composé de neuf arcades à jour. Un perron conduit à l'arcade du milieu , plus grande que les autres. Des colonnes iso-
' Ij'architecte en a été bien récompensé. Lors du départ du roi , M. de Cossé lui ayant présenté cet artiste : « Ah ! M. Mazois , lui dit Sa Majesté, je suis très-content de tout ce que vous avez fait. Tout est d'un goût délicieux et arrangé à merveille. Je sais, de plus, que vous avez contenté tout le monde; ce qui n'était pas facile. C'est très-bien; très-bien! » Ces paroles, dites avec cet accent de bonté qui donne tant de prix à l'éloge, ont dû combler de boiUieur et pénétrer de reconnaissance celui qui en était l'objet.
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le'es , surmontées d'un fronton , flanquent cette arcade. Le reste est décore' par des pilastres.
Le soubassement est divise, au droit de chaque arcade , par des niches demi-circulaires qui contiennent des statues de saints. La partie supérieure, supposée en marbre blanc , est ornée de riches moulures , d'arabesques et d'ornemens, tous composés de feuilles de vigne, de grappes de raisin , d'épis de blé, et de croix. Des têtes d'anges ornent les chapiteaux; des tuiles en bronze doré forment une riche dentelle au dessus de la corniche , entrecoupée au droit de chaque pilastre par des globes d'azur surmontés de crois. Un enroulement plus riche décore les rampans du fronton; le tympan offre en trophée les insignes de la prélature, et le milieu" est terminé par la croix archiépiscopale.
Autant pour laisser le jour nécessaire à la salle attenante (lu banquet royal , que pour déterminer sur la façade une distribution régulière, le portique ne communique avec cette salle que par le milieu. Il offre de chaque côté deux petites cours ouvertes , deux espèces <ï Atrium , où la nature végétale a rassemblé ses trésors et qui contiennent les plus précieux arbustes de nos serres. Ce qu'il y a de riant dans cette disposition ne fait point disparate avec le caractère religieux de l'édifice; c'est la grâce, c'est la pureté, c'est la convenance italienne. ;i
la belle époque de l'art. Si ce charmant portique était exécuté en marbre , il ne manquerait plus rien à l'archevêché , et comme l'élégante architecture du palais formerait un contraste heureux avec l'architecture imposante de la basilique , il résulterait du tout le plus bel ensemble monumental. Ce résultat n'honorerait pas seulement la ville de Reims j il ferait honneur à la France.
Retiré dans ses appartemens, Charles x a reçu les autorités ecclésiastiques , civiles et militaires'. Les discours d'usage lui ont été adressés par les chefs des différens services publics. On a recueilli les réponses suivantes de la bouche de Sa Majesté :
udu préfet.
« M. le préfet , je reçois avec beaucoup de satisfaction (( l'expression des vœux et des sentimens des habitans « de mon département de la Marne. Leur dévouement « à ma personne ne date pas de ces jours de prospérité. « Je n'oublie point celui qu'ils m'ont témoigné à mon
' Le chapitre de Reims, ayant à sa tête l'archevêque; le commandant de la 2<= division militaire; le préfet de la Marne; le commandant du département, le sous-préfet de Reims, le tribunal civil, le tribunal de commerce, le maire de Reims et le corps municipal , toutes ces autorités du déparlement et de la ville ayant à leur tête M. de Jessaint.
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« arrivée au milieu d'eux en 1 8 1 4 , et dans des temps si
« voisins du danger. Je suis assure qu'ils perse'vèrent
« dans leurs bons senlimens, sous une administration
« sage et vigilante telle que la vôtre, monsieur, et
« que tout va concourir sous vos yeux à justifier ma
(( confiance, et à mériter de plus en plus mon affec-
« tion. »
u^u président du Tribunal cii'il.
« Monsieur le président , c'est par la justice que rè- (( gnent les roisj la partie la plus importante de mon « autorité vous est déléguée : usez-en, monsieur, avec « la religieuse fidélité qui caractérise les vrais magis- « trats , et soyez persuadé que vous vous concilierez (( des droits à ma bienveillance et à ma protection , à (( mesure que vous apporterez dans vos jugemens de « l'exactitude et de l'impartialité. ;j
u4u président du Tribunal de commerce.
(< Monsieur le président, vous avez raison de dire " que je place parmi les premiers sujets de ma sollici- « tude le progrès du commerce et de l'industrie; j'ap- « précie combien ils influent aujourd'hui sur la puis- « sance et la prospérité des états. Comme négocians,' « vous pouvez compter sur ma protection ; comme juges, t( j'attends de votre zèle que vous vous efforcerez de
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(( mainleuir dans le commerce la bonne foi , qui eu est <( l'âme. »
II n'est pas un magistrat, pas un juge, pas un négociant qui ne puisse s'adresser à lui-même et prendre pour lui ies paroles de Charles x j ces nobles assurances données dans cette occasion solennelle par un roi, le plus honnête homme de son royaume, ont retenti dans tous les cœurs français.
En offrant à Sa Majesté les pre'sens de la ville, qui consistent en vins de Champagne et en poires de rousselet , M. le maire de Reims a dit :
Sire ,
« Comme un de mes aïeux le disait à Henri iv, je (( dirai à un de ses petits-fils : nous offrons ce que nous « avons de meilleur, nos vins, nos poires et nos cœurs. H Veuillez les agréer ».
Le roi a leçu cet hommage avec la plus aimable bonté. Avec une cordialité pareille, Henri iv avait accepté autrefois un pareil hommage, que les magistrats de la ville de Paris lui avaient offert. 3Iessieurs , leur avait-il dit, hier , je reçus vos cœurs; aujourd'hui , je reçois vos conJÎLures.
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Les autorites du depaitement de la Marne ont ëte admises ensuite aux audiences accoide'es par les princes et princesses du sang et de la famille royale. Voici les discours prononces par M. de Jessaint :
A M. le Dauphin.
Monseigneur ,
« Daignez recevoir nos hommages respectueux et nos vœux. Permettez-nous d'admirer, dans votre personne, l'alliance si touchante du courage et de la vertu. Tandis que les acclamations publiques entourent votre auguste père et réfléchissent sur vous comme sa plus noble image, votre nom. Monseigneur, est he'ni dans les chaumières et ce'le'brë par nos braves. Le ciel a voulu venger la France de ses longues souffrances, puisqu'au sacie de Charles x, nous trouvons réuni tout ce qui peut assurer le bonheur d'un grand peuple et perpétuer ses espérances. »
A M""', la Dauphine.
Madame ,
« Vous allez assister à l'antique cérémonie du sacre, et vous y serez entourée des ombres de cent rois vos aïeux. Quelque grande que soit cette illustration, la
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première du inonde, vos vertus, Madame, y ont encore ajouté. Tous les malheureux vous connaissent. A votre voix, les larmes tarissent et la douleur se tait. La princesse qui fut un si beau modèle de courage en est encore un de cette inépuisable charité' qui semble descendre du ciel. C'est ici, Madame, c'est à Reims, en contemplant son auguste race replacée sur le pavois et consacrée par la religion , que la fille des rois devait recevoir le prix de ses héroïques vertus. »
^ Madame , duchesse de Berrj.
Madame ,
« Votre présence à l'auguste cérémonie qui rassemble ici la famille royale, émeut tous les cœurs. Et qui peut voir sans attendrissement la princesse qui , éprouvée au printemps de sa vie, porta l'espérance au milieu du malheur^ celle à qui nous devons l'enfant du miracle qui fera le bonheur de nos neveux!
(( La France a contracté avec Votre Altesse Royale une dette immense d'amour et de reconnaissance, dont vous trouvez partout le tribut. Vous exciteriez ces sentimens par vos seules vertus j et à la grâce dont vous savez les recouvrir, on s'aperçoit. Madame, qu'en arrivant en France, vous avez retrouvé votre patrie n.
A M. le duc d'Orléans.
Monseigneur ,
« La solennité du sacre esl un jour de triomphe pour les fils de Henri-le-Grand. Tous sont couronne's dans le chef de cette auguste race , qui a tour à tour montre' à nos pères ce que le courage a d'he'roïque , la grandeur d'imposant, et la bonté d'enivrant pour les peuples.
« Monseigneur , vous prenez votre part des sentimcns que les Français conservent aux descendans du bon roi , et nous contemplons avec confiance, dans Votre Altesse Royale et sa nombreuse famille, l'appui et l'ornement du trône. »
ui M'"", la duchesse d'Orléans.
Madame ,
« Fille et épouse d'un Bourbon, Votre Altesse Royale retrouve , dans la solennité du sacre de nos rois , le plus grand litre de son illustre famille. Dans chaque siècle , la maison de France a fourni des héros modèles de courage , ou des princesses modèles de vertus. Elle n'en a pas perdu le privilège. Si on en voulait signaler, il suffirait de nommer Votre Altesse Royale, et de la
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montrer au sein de son Iieureuse famille. C'est là , Madame, qu'adonnée tout entière aux devoirs sacres et touchans de mère et d'épouse , vous avez trouve' le trône que voire cœur eût choisi. »
A M"% d'Orléans.
Madame ,
(( Vous paraissez à la solennité' du sacre à un titre Lien cher aux Français, celui de petite fille de Henri iv. Vous reproduisez , Madame, les grâces de l'esprit et la since'ritë de ce grand roi. C'est par là surtout que Votre Altesse Royale règne sur les cœurs, et qu'elle complète l'e'clat et le bonheur de la famille des princes qui croissent sous ses j^eux. »
A 31. le duc de Bourbon.
Monseigneur ,
c( La valeur qui caractérise si éminemment les Français n'eût été qu'imparfaitement représentée au sacre, s'il ne s'y fût pas trouvé un Condé. Partout Votre Altesse Royale a acquitté celle dette de famille; et après qu'a cessé l'heure des combats , elle a remporté , au sein de la paix, une grandeur modeste et la bienfaisance qui se cache.
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r( Monseigneur , la France vous découvre , plaint votre solitude, et vous admire! H n'est pas donne à un prince de votre nom d'échapper aux regards de son siècle et à l'immortalité. »
Ces harangues vives et courtes sont moins encore l'expression d'une pensée juste , que l'explosion d'un sentiment qui a besoin de se faire jour. J'ai dû les recueillir avec soin. Elles sont pour l'histoire ce que sont pour les arts ces charmantes vérités de nature que le peintre est heuKeux de saisir dans son modèle, et qui , en exprimant la physionomie avec force et naïveté, donnent à un portrait l'âme et la vie.
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