‹ Histoire du sacre de Charles X, dans ses rapports avec les beaux-arts et les libertés publiques de la FranceChapitre 11 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De rarchitecture d'église en général. Description de la cathédrale de Reims; peinture de la voûte'.

C'est dans les monumens consacres à la religion que lo ge'nie des arts a déployé toute sa puissance ; il fallait que le temple, dans ses dimensions lii^itees, re'pondît ne'anmoins à l'idée de l'être infini qu'on devait y adorer. L'étendue de l'édifice , l'harmonie des proportions , la richesse des ornemens , tels furent les moyens dont l'artiste se servit pour atteindre à la plus haute conception de l'esprit, pour satisfaire le plus noble besoin de l'ame. Les cathédrales à voûtes ogives construites en Europe du xii'^ au xvi^ siècle, sont le produit de cette combinaison. L'impression en est merveilleusement appropriée aux solennités du christianisme. Grande, élevée, myste'rieuse , on peut dire de cette architecture, qu'elle e'tait, en quelque sorte , re'serve'e au culte chrétien.

• Pour les détails spéciaux sur cette église , j'ai principalement consulté un ouvrage riche en recherches et en documens positifs , intitulé : Description historique de l église métropolitaine de Reims. L'auteur est M. Povillon-Piérard, citoyen de cette ville.

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On comprend difficilement l'abandon presque de'daigneiix où nossavans et nos artistes avaient laisse pendant si long-temps l'arcliitecture du moyen âge 5 mais celte indifférence ou ce dédain fut moins l'effet de l'ouLli que delà prévention. A l'aurore de la renaissance, on se passionna pour les ouvrages grecs et romains. Les barbares qui les avaient outragés ayant été , sous le nom général de Goths , enveloppés dans une proscription commune, la qualification générale de ^o</H'çMe, donnée aux anciennes églises, dut jeter sur elles une sorte de défaveur : mais cette qualification était très-impropre. Les barbares, comme un torrent dévastateur, détruisaient tout et ne construisaient rien. On est revenu à des idées plus saines 5 la génération actuelle s'est justifiée du reproche d'apathie; elle a tourné son attention versées vénérables édifices ; elle les a étudiés soit en euxmêmes et pour l'art seul , soit pour l'histoire de la civilisation européenne, et l'esprit, en tout temps frappé de ce qu'ils ont de grand , commence à reconnaître ce qu'ils ont de beau '.

' Entre autres ouvrages sur cette architecture, il convient de citer , en première ligne , celui de M. Sulpice Boisserée , 8e Stullgard, correspondant de l'Institut de France. Sous le titre spécial de Cathédrale de Cologne, il embrasse généralement l'architecture des anciennes cathédrales. Il est écrit en français et en allemand ; de magnifiques gravures l'enrichissent. Il s'imprime à Paris , chez

Nous sommes étonnes aujourd'hui de ces constructions gigantesques; nous avons peine à concevoir comment nos ancêtres parvinrent à élever ces masses imposantes et à en couvrir la surface de la France. Les moyens nous échappent et le résultat nous confond ; il fallait des fonds immenses; il fallait une prodigieuse puissance d'exécution; mais le zèle de la religion ne laisse rien d'inexplicable.

Sous le rapport financier, la charité des fidèles était

Firmiu Didot , format grand-monde , aux frais de l'auteur , et de M. J. J. Cotta , libraire , de Stuttgard. On n'est point étonné de voir le nom de M. Cotta associé à cette spéculation désintéressée ; on sait que ce capitaliste savant et généreux se plaît à consacrer une partie de sa grande fortune à des entreprises honorables, mais peu lucratives, et telles que des particuliers, même ricbes , sont rarement disposés à en faire les fonds.

On doit citer aussi avec éloge deux traités écrits en anglais; Tun est intitulé , Spécimens of gothic architecture , sclected frovi varions ancient édifices in Engîand : l'auteur est M. Pujin , savant architecte français, depuis long-temps établi à Londres, et qui coopère à presque tous les grands ouvrages qui se publient sur son art. L'autre a pour titre , The histnrj and antiquities of the cathedral churches in England, par John Britton : il se compose des monumens gothiques les plus remarquables de l'Angleterre , et se recommande surtout par ses superbes gravures.

H est fticore convenable de mentionner l'ouvrage de MM. Nodier, Taylor et de Cailleux, qui se publie par livraisons, sous le titre de Voyage pittoresque et romantique dans T ancienne France, et qui renferme de belles estampes lithographiées, d'après les principaux monumens gothiques de la France septentrionale.

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sollicitée par des quêtes; on la provoquait en portant processionnel lement les reliques des saints dans toute une province; des indulgences étaient attachées aux pieuses largesses; on allait jusqu'à vendre les ossemens sacres; mais le Lut louable de ce trafic semblait le disculper de simonie. Par les tributs ainsi leve's sur la de'votion des peuples, on se procurait des sommes considérables. Ce mode est trop loin de nos moeurs pour ne pas nous paraître inconvenant; mais peut-être y aurait-il une sorte d'ingiatitude à en faire l'objet de nos railleries, puisque nous lui devons ces e'dificesqui sont l'ornement et la gloire de nos villes. L'antiquité nous a transmis elle-même plus d'un exemple de ce genre. Parmi les temples qui paraient l'ancienne Grèce, et dont nous admirons les imposans débris, plusieurs des plus célèbres durent leur e'rection à ces sortes de voies et moyens '.

Quant à la main-d'œuvre, elle nous étonnerait encore plus, si nous en jugions d'après nos idées et nos habitudes actuelles. Mais il existait alors des confréries connues sous le nom de Loges des tailleurs de pierre. Kegulièrement organisées el spécialement vouées aux grandes basiliques qui s'élevaient dans l'Europe septentrionale, ces associations garantissaient l'achèvement de

' Entre aulrcs, le temple d'Ephèsc.

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ces travaux séculaires. Le premier de leurs statuts était de terminer le bâtiment tel qu'il avait e'te' commence. Ainsi, en gênerai, et sauf l'influence de circonstances imprévues et malheureuses , ce qu'un principe unique avait dispose, une action unique l'exécutait.

C'e'tait une opinion presque universelle que les anciennes églises en arc pointu avaient leur type primitif dans les forêts. On conjecturait que cette architecture, née dans le nord , y avait été originairement une imitation des bois sacrés où les druides célébraient leurs mystères. A certains égards, cette dérivation n'était pas dépourvue de vraisemblance historique. Le christianisme , en s'établissant sur les ruines de l'idolâtrie, s'était approprié ce que l'ancien culte avait d'auguste et de pittoresque ; il avait cru pouvoir adopter ce qui parlait aux yeux et à l'âme sans altérer les doctrines , et plusieurs de nos cérémonies sont extérieurement une image des pompes religieuses de l'antiquité. Il était encore généralement admis que les monumens contruits en Europe par les Maures avaient eu leur part d'influence sur le système primordial , et que la vue des villes d'Asie , à l'époque des Croisades , n'y était pas non plus étrangère; on croyait reconnaître dans cette multiplicité de découpures et d'aiguilles, les traditions de l'Orient. Il n'y avait pas jusqu'aux vitraux peints qu'on ne supposât

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originaires des mêmes lieux. Seulement, on pensait qu'en Europe, où les inventions se perfectionnent, cette décoration avait etë employée avec plus d'art , à peu près comme les bordures des tissus indiens, en conservant dans nos fabriques la richesse de la broderie asiatique et la vivacité des teintes orientales, ont reçu de notre industrie des formes moins capricieuses et des dessins de meilleur goût. Ces illusions avaient leur charme , et on y tenait. Le dirai-je? tout cet échafaudage idéal est à peu près renverse. A la suite de longues et profondes recherches, d'une exactitude de'sespe'rante, M. Boisseree a détruit un système qui ne laissait pas de plaire. L'e'rudition desenchante la philosophie, quand l'imagination y a plus de part que la science, à peu près comme la physique fait évanouir les merveilles dans l'univers. M. Boissere'e prouve que les premiers temples chrétiens érigés dans la France septentrionale, en Allemagne, en Angleterre, sont conformes aux lois de l'architecture bysantine-romaine; il retrouve l'application de ces lois dans la distribution du plan , dans l'usage d(; l'arc à plein cintre, dans celui des coupoles et des demicoupoles , dans tous les ornemens architecloniques qui donnent à l'édifice sa physionomie. Le temple de Sainte- Sophie, à Constantinople , les basiliques de Sain t-Pierre , à Rome , de Saint-Marc, à Venise, la cathédrale de Mes-

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sine, l'église de Monte-Reale , près de Palerme , la chapelle du palais du roi dans cette capitale, plusieurs restes de monumens de la même époque et du même caractère en Sicile , voilà les exemplaires originaux et les ve'ritables modèles. Plusieurs de ces types , apporte's par les premiers missionnaires apostoliques avec les dogmes de l'Evangile, parurent d'abord aussi s^icre's que la doctrine même. C'est le style architectural du Bas-Empire qui dirigea l'ordonnance des églises construites dans la Germanie encore ge'ne'ralement idolâtre; quelques-unes remontent au vii^ siècle, et sont appelées dans les monumens contemporains, Opus ro~ manum.

Mais la forme byzantine-romaine dut naturellement se modifier chez des peuples portes à l'exaltation religieuse et domines par le besoin de rendre sensible aux yeux la sublimité de leurs croyances, à l'aide de temples élance's vers le ciel. Cette disposition était favorisée par un climat où l'abondance des neiges forçait d'élever les combles sous un angle très-aigu , dans une contrée où le bois , principalement employé pour la construction , déterminait les longues lignes effilées et les amortissemens en pointe : dans un siècle où l'Europe se hérissant de donjons féodaux, la maison de Dieu ne devait pas rester inférieure à la demeure des hommes.

D'un autre côte, l'invention des cloches avait produit, dès le ix^ siècle, un changement notable dans les proportions et dans la. distribution de l'édifice sacre. Il ne faut pas croire que ces machines sonores aient eu seulement pour objet d'avertir les fidèles du moment où l'Eglise recommence ses saints cantiques 5 l'accent mélancolique du timbre et l'uniformité des tons produisaient aussi sur les sens une impression profonde ; des sons pleins et majestueux, remplissant l'air d'une harmonie religieuse et frappant l'oreille à mesures égales par des ëbranlemens semblables , préparaient l'esprit à la méditation et au recueillement , l'âme à la modération et à la piété.

Pour recevoir les cloches , on construisit des tours ; il fallut mettre le corps du bâtiment principal en rapport avec ces masses, afm que celles-ci ne parussent pas des hors-d'œuvre , et de telle manière que la forme verticale du clocher pût être en harmonie avec la forme oblongue du bâtiment. On chercha des mojens de construction adaptés à celle fin , et dans la série des combinaisons par où l'esprit dut passer, l'ogive se rencontra, ou plutôt, on remarqua la possibilité de faire un emploi systématique de cette courbe déjà connue '. L'ogive

• 11 est certain que l'arc pointu fut employé dans Tantiquité. On voit à Tusculum une voûte de cette forme, mais à joints hori-

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fut d'un merveilleux secours pour l'objet qu'on se proposait 5 elle permit d'exhausser les voûtes, de resserrer les espacemens des arcades, de faire varier de plus en plus le rapport entre la largeur et la hauteur. La re'volution fut complète , et dès le xii^ siècle , cette tendance vers le haut, qui avait toujours e'të en croissant, parvint au dernier degré.

C'est alors qu'un homme de génie s'empara de ces ëièmens et qu'il en vivifia l'application par une pensée originale et féconde. Architecte-poète, il imagina de de'corer par les beautés de la nature le temple e'rige' à son auteur, et il fut certainement inventeur à cet e'gard , n'ayant pas cotmu ni pu connaître l'antiquité. C'était saisir dans la religion une de ses plus nobles données, et peut-être la plus gracieuse de toutes. Chez les nations d'origine germanique, très-sensibles aux images champêtres , c'était pre'senter aux fidèles le spectacle le plus propre à les attacher et à les émouvoir. Tout ce que le sentiment a de plus délicat , l'inspiration de plus sublime, concourant à cette innovation, elle réussit j les rians tableaux du printemps s'associèrent aux céré-

zontaux. On trouve à Catane une porte de tombeau qui a la forme ogive et dont les claveaux sont de véritables voussoirs à joints ronvergens. Le premier de ces monumens se rapporte au temps de Cicëron ; le second appartient à une bonne époque des arts chez les Romains.

monies saintes, et la faveur du genre nouveau devint universelle. De là ces fûts de colonnes multiplies dans un même faisceau et qui rappellent par leur assemblage les troncs serres de la forêt ; de là ces filets innombrables, pareils à des tiges d'arbrisseaux , ces arcs et ces arêtes de voûtes s'entrecroisa nt comme les brancbes dans un bosquet de verdure j de là ce luxe de fleurs et de feuillages indigènes, cette pompe de la végétation reproduite dans toute son élégance et dans toute sa grandeur^ conception d'un artiste unique, qui anima par un simulacre d'organisation l'architecture cbre'tienne. De ce moment le système végétal devint, avec l'ogive, un des caractères fondamentaux de celte architecture , et ce stjle, si favorable à la religion , fut en même temps une riche conquête pour l'art.

Telle est l'opinion de M. Boisserèe; j'ai cru devoir en offrir ici l'analyse, parce que c'est le dernier ëtat de la science sur l'art en ce point, et que la cathédrale de Reims est un des plus sublimes produits de l'art. Quoique l'auteur ait beaucoup resserre l'espace où l'imagination s'égarait, on voit qu'il laisse encore à l'idéal un champ assez vaste. Cependant il ne marche jamais qu'appuyé sur des autorités 5 tout ce qu'il avance, il le prouve historiquement ou philosophiquement. Si donc il restait encore quelque chose d'incertain dans cette

question , il faudrait sans doute n'en accuser que l'excessive complication du problème, et la mutilation ou l'imperfection des monumens. 11 est quelquefois aussi difficile de découvrir dans ce qui en reste les types originaires de l'art, que de discerner dans la civilisation perfectionnée le caractère primitif des races humaines. Mais ce qui demeure bien établi, c'est que le triangle equilate'ral et l'ordonnance pjaamidalc sont , dans les élévations de cette architecture , les formes élémentaires et dominantes; c'est que la tendance vers le haut en est l'essence; c'est que ces formes et cette tendance influèrent sur le plan; c'est enfin que ce système ne fut complet que lorsque l'ogive eut acquis tout le développement dont elle était susceptible.

Les choses en étaient à ce point , quand la cathédrale de Reims fut entreprise. Deux autres églises avaient successivement précédé celle-ci , toutes deux élevées , comme elle , sous l'invocation de la Vierge. Trente ans avant que le concile d'Ephèse eût consacré plus spécialement le culte de Marie , saint Nicaise , évêqne de Reims, prévenant la décision du synode, avait dédié à la mère de Dieu la première de ces basiliques. Il avait édifié le temple sur l'emplacement de la citadelle, comme si la protection de Marie devait tenir lieu de tours. L'édifice tombant en ruines sous Ebon , cet ar-

clievêqne obtint de Louis-le-Debonnaire la permission (le le rebâtir avec une partie des murs qui formaient l'enceinte de la ville. Cette nouvelle de'termination était une suite de l'exemple donne' par saint Nicaise , et la pieuse confiance du prélat fut partagée par les habitans , qui consentirent avec joie à ce que leur cite' fût démantelée, comptant plus sur la sauve-garde de la Vierge que sur le secours de leurs remparts '. Mais celte catbëdrale, richement orne'c depuis par l'archevêque Hincmar , fut entièrement de'vore'e par les flammes, en 1210.

En 121 1 , une nouvelle basilique fut commence'e par les soins de l'archevêque Albëric de Humbert. C'est l'ëglise actuelle'. L'art e'tait alors à son plus haut point de prospérité. Aussi la me'tropole de Reims passe-t-elle à juste titre pour un chef-d'œuvre du genre et pour un des temples les plus augustes que l'homme ait e'ieve's à Dieu^

' De là ces deux mots placés de temps immémorial au dessus de l'écu des armes rémoises : Custodia cœlo.

" En 1481 , un autre incendie exerça ses ravages sur le nouvel édifice. Plusieurs parties considérables, entre autres le clocher du milieu de la croisée et la charpente des deux tours, devinrent la proie des flammes. Telle fut la violence du feu, qu'il fondit les cloches et toute la couverture de l'église, qui était en plomb. La ville de Reims fut menacée d'un embrasement général.

^ L'auteur du plan et le directeur des travaux est Robert de Coucy , fameux architecte de Reims ; il fut aidé par Jean Leloup ,

Elle a la forme d'une croix latine 3 elle consiste en une nef principale , très-allongëe et très-haute ' , qu'accompagnent deux bas-côtes e'troits et peu e'ieve'sj elle est, pour ainsi dire, toute en nef; peut-être même y aurait-il à reprendre là un défaut de proportion , s'il n'e'tail évident, par toute l'économie du plan, que la disposition des lieux a e'te originairement adaptée à la destination de l'édifice et à la solennité du sacre; car la pre'rogative de Reims était aussi bien établie de ce temps qu'elle l'est de nos jours. Dans le spacieux vaisseau du milieu , la pompe de la cérémonie pouvait se développer majestueusement sur une longue ligne et sans s'éparpiller , tandis que les bas-côtés étaient suffisans pour recevoir au besoin des constructions provisoires, et pour admettre un grand nombre de spectateurs.

Gaucher de Reims, Bernard de Soissons , et Jean d'Orbais, maîtres des ouvrages. On voyait autrefois leurs portraits avec des inscriptions au centre et aux quatre angles d'un labyrinthe tracé en marbre noir sur le pavé de la nef. Les églises de Notre-Dame, de Saint-Nicaise et de Saint-Remi, prouvent que l'école des beauxarts, à Reims, ne fut pas inférieure à celle des sciences et des lettres , sur laquelle nous avons précédemment jeté un coup d'œil. En ï7g3, on était sur le point de soumissionner la cathédrale pour la démolir; un Rémois proposa d'y établir la société populaire : cette motion adoptée sauva l'édifice,

' Du grand portail à l'extrémité du rond-point, la longueur est de 448 pieds (42 pieds de plus qu'à Notre-Dame de Paris): la hauteur de la grande voûte est de 118 pieds sous clef.

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Extëiieureraent , depuis le portail jusqu'à la croisée, l'édifice est soutenu par une suite de piliers-Loutans, perce's à jour dans la partie supérieure, surmontes de niches à colonnes avec des statues d'anges, et termines en obélisques auxquels une croix sert d'amortissement. Les autres piliers et arcs-boutans qui environnent le chevet de l'église sont conçus dans un autre système , mais toujours en rapport avec l'ordonnance ge'ne'ralej plus simples de forme , ils sont encore très-ornes. Une belle galerie, du travail le plus délicat, entoure le toit de l'ëglise, comme une bordure de dentelle.

Le portail pre'sente une masse qui s'élève par étages en retiaite , et sensiblement plus large en bas que vers le haut, flanquée de deux tours égales et parallèles. L'entrée de la nef est une grande arcade ogive, qu'orne, sous l'intrados, une rose en vitraux peints, et dont le fronton s'élance jusqu'au centre de la rose supérieure. De chaque côté sont deux autres arcades de grandeur moindre, mais de même forme; deux frontons pleins, moins hauts et plus étroits , forment les ailes et terminent , à droite et à gauche , cette ordonnance. Parmi ces divers étages, tous occupés par des sculptures, il faut distinguer la belle galerie du Gloria, ainsi nommée parce que le dimanche des Rameaux , le Gloria laus est chanté en ce lieu par des musiciens, et répété parle

cierge sur le parvis. C'est là qu'on voit le Baptême de Clovis , en sept figures de haut-relief, debout et droites , dans un style architectonique, d'un caractère mâle et d'un effet sévère.

Les tours ont de la solidité et de la grâce. Carrées en bas, elles sont à pans coupes dans le haut, c'est-àdire que la partie supérieure est octogone. La beauté des matériaux n'est surpassée que par fart avec lequel ils sont mis en œuvre. Chaque face est percée d'une longue fenêtre , partagée en deux par un meneau délié. 11 en résulte quatre surfaces à jour, qui permettent au spectateur placé en avant de voir, entre les longs appuis de cette maçonnerie transparente, les compartimens postérieurs delà tour elle-même, les pyramides des contreforts , les arceaux des arcs-boutans , les trèfles et les rosaces dont leurs rampans sont ornés , la ciselure de pierre artistement évidée, mais dont la délicatesse présente toujours des masses et n'a rien de mesquin : enfin , l'azur du ciel, qui paraît entre les intervalles et qui semble se jouer à travers cette sublime découpure. Si quelque nuage voltige dans l'atmosphère , ce spectacle acquiert un nouveau degré d'intérêt par mille accidens lumineux et par le contraste de ces vapeurs mobiles avec l'immobilité de l'architecture.

Il est exact de dire qu'on ne saurait ici épuiser

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l'eloge'. On ne peut trop admirer une conslriiclion si noblement élégante, ce grand parti de contreforts , ces deux galeries à jour qui régnent au dessous de chacun des pignons extrêmes de la croisée, et qui couronnent l'ogive des roses latérales; ces figures variées de pose et de mouvement, qui forment des portiques du meilleur goût. Dans un si vaste ensemble, les lignes sont quelquefois compliquées , mais elles ne sont jamais confuses; l'œil se perd dans leur dédale, sans que l'esprit s'y égare; mille effets de perspective piquans, inattendus, saisissent le spectateur surpris et charmé; rien de bizarre ou d'incohérent ne le blesse, et partout la loi d'unité se montre à découvert'. Un célèbre écrivain allemand, Schlegel , comparant une cathédrale gothique à une cristallisation ,

* Ce monument , par sa beauté seule et indépendamment de sa destination , devait intéresser la sollicitude royale : aussi plusieurs de nos monarques en firent l'objet de leur munificence. Pbllippe- Auguste , Louis XI , Charles YIII et Louis xill , furent particulièrement ses bienfaiteurs.

' L'observation de cette loi ne se prononce nulle part avec plus d'évidence que dans la charpente de l'édifice, aussi remarquable par son extrême propreté que par sa régularité et son étendue. C'est une forêt de châtaignier. On dit que ce bois a la propriété d'éloigner les araignées par l'odeur qu'il exhale et qui est assez forte pour être perceptible à l'homme. D'autres prétendent que les araignées ne tendent pas leurs toiles dans ces lieux élevés, parce que les mouches , qui leur servent de pâture , ne volent pas à une si grande hauteur.

en donnait la plus juste idée ; c'est un tout à la fois divers et unj les accessoires n'y prennent point la place du principal; ils y sont toujours ce qu'ils doivent être, subordonnés; l'unité dans la variété, tel est son caractère , qui est au surplus celui de toute œuvre du génie.

L'intérieur est , comme le dehors , décoré de statues ; beaucoup se font remarquer par la beauté des groupes , la naïveté des expressions , la justesse des mouvemens , le jet large des draperies heureusement combiné avec la finesse des plis. Une foule de motifs nobles et simples distinguent la plupart de ces compositions. Rien de plus grand et de plus original que ces nombreux étages de sculptures pratiquées dans le massif du mur de front de la nef, et logées dans des niches que de simples festons séparent. C'est une muraille sculptée en rondebosse du haut en bas. On dirait l'ouvrage d'un Pharaon.

La décoration végétale, essentielle à l'architecture gothique, devait se développer dans la cathédrale de Reims; elle en est aussi la parure. Nous devons donc doublement applaudir au zèle de ce jardinier qui, dans les premiers jours du printemps, imagina d'offrir à Charles x une miniature de l'église du sacre, imitée en fleurs et en feuillages'. Un ais de bois léger sert de

' M. Tamponnet, jardinier-fleuriste, à Paris. Foirle Moniteur du i4 mars 182 5.

fondement à l'e'difice, une feuille de carton en fait les parois, un fil de fer la charpente; un peu de mousse, des feuilles d'arbres verts, quelques pe'tales roses ou blancs de camélia , quelques fleurs indigènes, prémices de la saison nouvelle , sont les moyens d'ornement ; quelques fragmens de verre colore figurent les vitraux ; une estampe de quelques pouces est l'e'pure. Avec ces e'ie'mens, le fleuriste-architecte , guide par un heureux instinct, poursuit sa riante entreprise; il l'achève; il est admis à présenter au monarque ce chef-d'œuvre d'industrie printannière; il a le bonheur de le voir agrée comme un présent de bon augure. Ainsi , l'inspiration du sentiment lui a prépare un double succès : en faisant éclater son amour pour le roi, elle l'associe, à son insu , à l'inventeur d'un art sublime.

Nul doute qu'en somme, cet inventeur ne se soit proposé de donner une existence matérielle à un grand nombre d'idées mystiques et de réaliser les illusions d'une piété exaltée; qu'il n'ait voulu inspirer, tantôt le recueillement , tantôt l'enthousiasme , ravir l'âme en extase par l'impression communiquée aux sens, et la transporter dans les régions de l'infini. Si le mystérieux semble être l'essence de l'architecture chrétienne, cet effet doit être attribué en partie au demi-jour des vitraux peints , qui dessine les masses sans les éclairer,

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accLise les détails sans les faire saillir, et laisse chaque chose dans une sorte de vague : c'est comme une gaze favorable qui amortit une trop vive lumière et met tout à son véritable ton. On peut dire que les vitraux peints sont le complément de cette architecture.

M. Boisseree retrouve l'ide'e première de ces vitraux dans la Jérusalem céleste ^ dont chaque fête de dédicace remettait l'emblème sous les yeux des fidèles. Pour rendre ce symbole sensible et palpable, on imagina de couvrir avec la mosaïque en verre les murailles et les voûtes des temples chrétiens. Bethléem, Byzance et Rome en ont conserve des vestiges j les restes les plus imposans sont dans l'e'glise de Monte-Reale et dans la chapelle royale de Palerme'. De ce revêtement coloré , la

* Cette remarque et toutes les observations de ce chapitre sur l'application des monumens de la Sicile à la théorie de M. Boisseree , appartiennent à M. Hittorf. Les amis des arts doivent désirer vivement que cet architecte publie son Voyage dans cette île. A en juger par un mémoire qu'il a lu à l'Institut, ses découvertes doivent être du plus haut intérêt pour la connaissance de l'antiquité artielle.

Je souligne ce dernier mot, parce qu'il n'est pas encore admis dans la langue ; mais le besoin s'en fait sentir si fréquemment , que son admission est indispensable. Nous avons l'adjectif scientifique , l'adjectif littéraire; il nous faut bien l'adjectif artielle. Qu'il me soit donc permis de le souligner ici pour la dernière fois. M. Quatremère de Quincy l'a employé, et c'est lui qui l'aura introduit dans le dictionnaire. Ce savant écrivain, le Quintilien des arts, a bien acquis le droit de faire un mot.

transition aux vitraux peints était toute naturelle 3 mais long-temps l'emploi en fut limité aux ouvertures étroites qui entrent dans l'ordonnance bjsantine. Selon le savant archéologue du moyen âge , c'est là queles Arabes , copistes des Bysantins, ont emprunté l'usage de ces vitraux pour leurs petites fenêtres. Il n'y avait que le développement de l'arc pointu qui pût étendre cet usage et rendre praticable en grand l'application des vitraux peints. On vit alors sélever de toutes parts, non plus ces montagnes artificielles qui, semblables au Chéops égyptien , fatiguent le sol de leur masse j mais ces édifices aériens et diaphanes qui figurent admirablement la cité spirituelle bâtie de pierres précieuses et resplendissante de clarté^ ces nefs à k fois légères et gigantesques, hardies et majestueuses, solides et fantastiques, qui semblent réunir tous les contrastes j ces constructions qui n'admettent la pierre qu'en filets déliés; ces murailles, en quelque sorte, perméables à la lumière , et qui laissent voir à travers leurs réseaux la couleur du ciel , modifiée par mille teintes éblouissantes; miracle d'industrie, s'il en fut jamais, où, sans le caractère grand et religieux du tout ensemble, la baguette des fées semblerait avoir plus de part que la main des hommes. Disons-le avec confiance et avec un juste orgueil, les monumens de nos ancêtres égalent

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par l'étendue ceux des bords du Nil j par 1 élégance du travail, par les prestiges de la lumière, par la magie des couleurs, ils les surpassent; ils ont une sorte de vie, qui tient à une religion essentiellement vivifiante. Que ne m'est-il permis de m'e'tendre sur ce sujet autq^nt qu'il le mérite ? de décrire , entre autres merveilles , ces deux admirables roses , dout l'une resplendit au dessus de la porte d'entrée comme un astre ëtincelant , et dont l'autre, place'e dans la croisée méridionale, se distingue par les plus liantes qualités artielles '? de détailler ces sculptures architecturales et ces peintures qui sont les ouvertures mêmes par où le jour passe? Je dirais comment la doctrine du christianisme se déploie tout entière dans ces images. Je montrerais le Cre'ateur tirant l'univers du néant par sa parolej Adam et Eve

' On y lit cette inscription :

NICOLAS DERODÉ l58l.

Le bel art de la peinture sur verre paraît avoir fini avec cet artiste, qui a fait dans cet ouvrage un véritable chef-d'œuvre. On admire surtout le médaillon représentant les douze apôtres, où l'auteur s'est peint lui-même sous la figure d'un d'entre eux : c'est au bas de ce portrait qu'il a écrit son nom. Peu d'années après , un accident funeste l'enleva à sa famille , et comme il n'avait alors que des enfans en bas âge , il ne put transmettre son talent à aucun d'eux. Ce peintre habile est un des ancêtres de l'auteur du projet de jonction de la Vesle avec l'Aisne.

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heureux dans le paradis terrestre; leur désobéissance et leur chute j les deux coupables bannis d'Eden par un ange arme' d'un glaive de feu; Adam condamné au travail , Eve à la souffrance , et tous deux trouvant déjà des consolations dans les plus doux senlimens de la nature; le sacrifice de Gain , celui d'Abel; le premier meurtre; Dieu apparaissant à Gain et lui demandant ce qu'il a fait de son frère. Je dirais comment l'Eternel prépare au monde un libérateur; ce grand mystère annoncé à Marie; toute la vie de Jésus, la sainte Gène, le Sauveur expirant sur la croix, la nouvelle Eve soutenant le corps inanimé de son fils, le Ghrist s'élançant du tombeau , sa divine mère enlevée au ciel au milieu des chœurs d'anges. Je peindrais la résurrection générale, emblématiquement figurée par un tronc de chêne vieux et pourri, d'où repoussent des feuilles vivaces et des fruits fertiles; les morls quittant leurs monumens au son de la trompette fatale; le jugement dernier; les bons récompensés et les médians punis. Je ne puis qu'effleurer ce texte; mais il me semble que cette iconographie de toute la foi chrétienne a quelque chose de grand et de poétique à la manière d'Homère. En parcourant ces tableaux et ces bas-reliefs, on se rappelle involontairement ces chantres de l'Iliade ou de l'Odyssée, qui , inspirés par les muses, chantaient sur la lyre

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l'origine des choses , le pouvoir des Dieux , les devoirs de l'homme , les délices de la vertu.

Excepté peut-être la cathédrale de Cologne, je ne sache pas qu'aucune église gothique l'emporte sur celle de Reims pour l'intérêt de sa décoration. C'est ce luxe tout religieux qui a suggéré à MM. Lecointe et Hittorf l'heureuse idée d'en continuer le système , en y adaptant, par un retour aux anciens principes, la mosaïque à fond d'or, et en peignant la voûte. C'était là, eu effet, le mode décoratif employé primitivement dans les édifices chrétiens : l'architecture était peinte, la sculpture l'était aussi , et sans sortir de Reims on en a la preuve. A la cathédrale, dans plusieurs statues du grand portail, dans plusieurs de celles qui ornent les entrées latérales , dans les niches de ces statues , à Saint- Remi , sur les piliers mêmes de la nef, on trouve des vestiges de cette décoration. îl est certain que dans les anciennes basiliques , comme dans les temples de l'antiquité , toutes les parties achevées furent peintes ; mais ces peintures ont été recouvertes par des couches de chaux colorée , à Faide desquelles on a prétendu rafraîchir l'architecture. De tout temps , il s'est trouvé des artistes barbares qui ont gâté sous prétexte de réparer , et ce n'est pas d'aujourd'hui que nos églises ont eu des badigeonneurs.

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Pour le sacre, la voûte de celle de Reims a cle peinte en Lieu avec des fleurs de lis d'oj . Ces fleurs de lis ', ce Baptême de Clovis seul pie sur le portail, ce même sujet re'pëlë sur les vitraux, indiquent suffisamment la noble destination de cette cathédrale'. Cependant, j'ai entendu plusieurs habitans de Reims exprimer le vœu que le trône de l'inauguration restât dans la nef à demeure fixe, comme un indice encore plus apparent et plus caractëiisë. Je ne partage pas leur sentiment. Partout aujourd'hui, toutes les fois qu'on le peut, on transporte

' Suivant une ancienne tradition , Clovîs , après son baptême , reçut du ciel les fleurs de lis , par l'entremise des anges. La chose se passait à Montjoye, et c'est en mémoire de ce fait que le monastère de Joyenval (Joye en a al) a, dit-on, été bâti. Etienne Pasquicr, dans ses Recherches, suppose que Clovis , pour rendre son royaume plus miraculeux , se fit apporter par un eimite, comme par avertissement du ciel , les fleurs de lis. Sans doute ce prince était homme à ne pas se faire scrupule d'une pieuse fraude, s'il la jugeait utile à sa politique; mais ces origines sont repoussées par la critique , et il est aujourd'hui reconnu que les trois fleurs de lis ne sont autre chose que trois fers de lance.

^ On a marqué une ville pour la sépulture des rois, comme une ville pour leur sacre. Serait-ce afin d'établir un contact entre ces deux extrêmes de la destinée royale ? 11 est rare que la religion laisse échapper ces rapprochemens. Je voudrais que le temple sépulcral de Saint-Denis eût sa voûte peinte comme le temple glorieux de Reims , et que la basilique du tombeau fût caractérisée par des emblèmes comme la basilique du trône. Le violet n'est-il pas déjà pour nos rois la couleur du deuil comme celle du triomphe?

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dans les chapelles les monumens de sculpture ou d'architecture, dont un usage blâmable ou un zèle irréfléchi avait obstrué les uefs. Cette masse interposée dans la longueur de Tédificc affaiblirait à jamais l'impression de sa grandeur. Il ne fiUU pas que, pour une circonstance dont nos vœux éloignent toujours l'époque, la cathédrale de Reims perde de son immensité. Toute relation de mesure étant originairement prise en nous, pour qu'une chose soit grande à nos yeux, il faut que nous nous sentions petits en sa présence; mais comme cet aveu coûte à notre amour-propre, nous ne le prodiguons pas, et quand il nous échappe, l'étendue matérielle des dimensions y a ordinaiiement moins de part que la longue continuité des lignes. C'est par cette raison qu'à Paris, tout monument serait déplacé dans le vaisseau de Notre-Dame. Quoique celte église n'appartienne pas à la meilleure époque de l'architecture chrétienne, elle vous fait éprouver tout d'abord un saisissement involontaire; en y entrant, vous frissonnez d'un trouble solennel; cette immense unité vous fait paraître chélif à vous-même; il semble que votre orgueil rentre en terre, et le seul aspect du temple vous humilie devant l'Etre infini qu'on y adore. Respectons bien cette vieille métropole; c'est ce qu'il y a de plus grand, de plus imposant, de plus religieux à Paris,

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N'allerons point ce beau résultat du génie cl de la piété de nos pères. Qu'aucune masse étrangère à l'ordonnance n'en vienne rompre les lignes ou troubler les proportions. Tout monument, quel qu il pût être, ferait mal dans cette nef si complète , et ce liors-d'œuvre architectural ne serait disculpé ni par l'intention , ni par le but, ni même par le talent '.

Quant à la cathédrale de Reims , on doit regretter que les fleurs de lis qui devaient être d'or et en relief, n'aient que la couleur de ce métal , et. que les nervures de la voiite , qui , comme les autres lignes de construction, attendaient des ornemens dorés, soient seulement peintes en couleur jaune , zonée de rouge. Ce n'est plus la même chose pour l'œil ni pour l'esprit. Orner un temple avec les substances les plus précieuses , c'est faire profession d'un haut lespcct pour la divinité qui I habile. Où je cherche l'outremer et l'or en bosse, je ne trouve pas sans quelque déplaisir des substances

' On a quelque temps eu la crainte de voir élever dans la nef de Notre-Dame le monument voté par la douleur publique à M. le duc de Berry. Etrange manière d'honorer la mémoire d'un prince ami des arts , que de les outrager ! Mais M. le comte de Chabrol a rassuré les Fran(;ais vraiment sensibles à tout ce qui fait la gloire de leur pays. Ce magistrat, pendant la dernière session, a dit à la tribune des députés, que le cénotaphe de Sou Altesse Royale serait placé dans un édifice spécial.

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communes. C'est le manque de temps seul qui doit être cause ici du me'compte^ car il ne nous est pas permis de supposer que ce soit le manque d'argent. Il y a une mesure dans l'économie , et certains calculs de budjet sont inadmissibles, quand il s'agit de construire ou de de'corer un grand monument public. A des hommes aussi habiles, aussi expérimentés que MM. Lecointeet Hittorf , donnez de l'or, de l'outremer, et vous aurez une de ces voûtes italiennes , imposantes , mystérieuses , spécialement chrétiennes, que M. Granet nous a fait connaître dans ses beaux Intérieurs. Au reste , ces artistes n'ont point innové j ils ont seulement tenté de remettre en honneur un procédé tombé en désuétude j ils ont remonté aux exemples anciens, et en ont euxmêmes donné un qui sera suivi '. On fera quelque jour à Reims ce qu on n'a pas pu y faire d'abord j car la basi-

' On aura désormais une grande facilité à le suivre, par l'invention d'un échafaud mobile , qui s'adapte à toute espèce d'église, se transporte sans peine d'un point à un autre dans la même nef, et n'interrompt pas le service divin, parce que aucune charpente ne pose à terre et que l'appareil semble suspendu à la voûte. J'ai vu plusieurs fois manœuvrer cette machine dans l'église métropolitaine; j'en ai admiré le mécanisme simple, ingénieux et hardi. La peinture de la voûte est l'ouvrage de MM. Ciceri et Lebe Giguin, chargés de l'entreprise générale de tous les travaux de peinture. On doit des éloges à M, Contant, leur substitut permanent à Reims, qui a dirigé les travaux avec beaucoup de talent , de zèle et de courage.

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liqiie est rendue pour toujours à son auguste destination. Cette métropole verra sans doute s'achever une belle chose bien commencée. La France y doit mettre sa gloire; pour elle, la ville du sacre est une seconde capitale. *

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