CHAPITRE VIL
Disposition générale de l'église. Emplacemei)t du trône, premier élément de la distribution. Tribunes, gradins, amphithéâtre.
En toutes choses , le talent doit prendre la raison pour guide ^ dans rarcliitecture, la raison se manifeste par la convenance de l'édifice ou de la décoration avec son objet , et le bon goût n'est que l'art de parer ce qui convient. Les architectes se sont profondement pénétrés de ce principe^ c'est dans Tessence même de la cérémonie qu'ils ont cherché un système d'ornement approprié à cette haute destination.
Le sacre des rois est une fête nationale; suivant un usage ancien et digne de respect , le prince y jure sur l'Lvangile el sur la vraie croix de maintenir la constitution et de faire exécuter les lois du royaume; par la solennité d'un engagement religieux, il semble resserrer les liens du contrat social.
La nation française accourt à ce serment. Quoique à ses yeux le cœur du monarque soit le sanctuaire de la bonne foi et que les droits du peuple n'aient pas de eau-
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lion plus assurée que la parole royale, la nation est heureuse d'entendre prononcer en face du ciel , en face d'elle-même , une promesse qui est le résume de toutes ses garanties, et qui renferme, en quelque sorte, ses destinées futures. Elle aime aussi , comme tous les peuples devenus puissans , à remonter vers son origine, et la plupart des cérémonies pratiquées au sacre révèlent, par de piecieux vestiges, les coutumes antiques j ce sont des monumens qui retracent la naissance des 11berte's publiques, le premier patrimoine d'un peuple.
Dans les douze pairs' qui, jusqu'au sacre de Charles x, ont soutenu sur la tête du roi la couronne rie Charleraagne, nous reconnaissons les douze témoins que les Francs-Germains appelaient à toutes leurs actions civiles'. Ces témoins ne pouvaient, sans les plus graves
' Le nom de pairs était connu dès les premiers temps de la monarchie , quoique \a pairie ne soit devenue une dignité qu'au commencement de la troisième race, et que les pairs ne figurent pas au sacre des rois de France avant celui de Pliilippe-Augnste.
' Cette explication est plus historique , et si elle est elle-même conjecturale, elle est au moins plus raisonnahle que celle qui rapporte le nombre des douze pairs à celui des douze apôtres. 11 y en avait six laïcs et six ecclésia^iques, six ducs et six comtes. Les pairs laïcs étaient les ducs de Bourgogne, de Normandie, d'Aquitaine, les comtes de Toulouse , de Flandre et de Champagne ; les pairs ecclésiastiques étaient l'archevêque duc de Reims, Tévêque duc de Laon, l'évéque duc de Langres, Tévèque comte de Reauvais, Tévêque comte de Chalons et Tévêque comte de Noyon.
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motifs d'excuse, se dispenser d'assister au sacie. A mesure que les grandes pairies se réunirent à la couronne, les pairs laïcs furent remplace's à la cérémonie, soit par d'autres seigtieurs, soit par les princes du sang royal; mais la représentation eut toujours lieu. On tenait même tellement à conserver ce simulacre de l'institution primitive , qu'on vit des femmes faire les fonctions de pairs quand par hasard le nombre ne se trouvait pas suffisant'. On les vit soutenir le diadème, quoiqu'un tel acte de la part d'une femme parût blesser indirectement les principes constitutifs de la monarchie, la pairie ne devant pas plus que la royauté tomber en quenouille. Ces pairs étaient qualifiés yrère^ du roi. Une telle fiction de parenté rattachait le prince à ses premiers sujets , Francs comme lui, et, par eux, au reste de la nation. Par là, un signe sensible montrait la nation formant une seule famille avec sou chef; ce qui est, au surplus, une vérité de sentiment et presque d'instinct chez les Français.
A tous les sacres , excepté celui de Charles x , nous voyons les évêques, avant le couronnement, demander aux assistans s'ils veulent pour roi le prince qu'on va couronner, comme si la volonté du peuple était la source de tous les gouvernemens, aussi bien que son
' Aux sacres de Philippe v et de Charles v.
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bonheur en est la fin', A peine la couronne est-elle posée sur la tête du monarque , qu'il monte sur un trône e'ieve'. Les portes du temple s'ouvrent j le peuple s'y précipite; il contemple son souverain dans toute la majesté royale; l'allégresse publique est au comble; elle éclate de toutes parts, et dans ce concert unanime, les acclamations d'une multitude semblent n'être plus que la voix d'un seul homme.
Ce n'était pas sans dessein que sous les deux premières races et au commencement de la troisième , les
' Le sacre de Philippe 1'='" est le premier sur lequel nous ayons des détails ; c'est par conséquent celui qui , se rapprochant le plus de l'origine , doit le mieux retracer les usages primitifs. Dans cette cérémonie , le clergé , les seigneurs et le peuple se tournèrent vers le roi à l'instant du couronnement, et s'écrièrent : « Il nous plaît, nous le voulons, qu'il soit roi. Laudamus , voîumus , fiât. » Ce consentement était considéré comme nécessaire à la royauté. Les mêmes traditions se retrouvent partout. En Angleterre, le hérault d'armes , après avoir imposé silence au peuple , lui demande à quatre reprises , en se tournant vers les quatre points cardinaux, s'il élit pour roi tel prince, s'il le veut tel et couronné. Le peuple répond autant de fois par ses cris; après quoi, le couronnement a lieu. Ce n'est pas tout. Pendant le festin royal, un champion s'avance dans la salle du banquet, monté sur un cheval bardé de fer, armé lui-même de pied en cap , et jette son gantelet en portant défi à quiconque soutiendrait que le nouveau roi n'est pas le roi légitime. Cette coutume suppose que les droits du souverain couronné eurent primitivement à lutter contre des prétentions rivales, et qu'il fallait plus d'un consentement pour être bien assis sur le trône.
rois faisaient coïncider leur sacre avec une e'poque de plaids geWraux; on sait que les parlemens étaient alors ambulatoires. Le besoin de la justice amenant une population nombreuse aux cours plénières, ce public inte'ressë assistait au couronnement avec la foule des curieux, et le serment monarcbique e'tait prête devant plus de témoins. Il se formait donc une sorte de contact entre le souverain et le peuple, au profit de tous deux, et la journée la plus solennelle d'un règne devenait pour le prince celle de la plus grande popularité; popularité qui se manifestait par une distribution de monnaies frappées à cet effet, et par la distribution plus précieuse de la justice.
Places maigre' eux sous des maîtres , passant de la tutèle des grands officiers à celle des grands vassaux, les rois de France eurent bientôt compris que l'e'mancipation de la couronne dépendait de leur union avec le peuple , et le peuple, de son côte, n'eut pas de peine à voir tout ce qu'il gagnait à ce que son roi fût puissant. Ces rapports mutuels se multiplièrent 5 les communes s'établirent celles se placèrent sous l'ëgide du trône, qui, à son tour, s'appuya sur elles. Chaque couronnement semblait renouveler cette alliance, et il n'est peut-être pas une franchise nécessaire ou utile à la prospérité' na-
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tionale qui n'ait eu dans cette cérémonie son origine ou sa confirmation '.
Un autre fait bien digne de remarque , c'est que l'église de France dut elle-même ses plus nobles prérogalivesaux rapprochemens auxquels le sacre donnait lieu. C'est là qu'elle entrevit la nature de ses droits. Les pairs ecclésiastiques, réunis aux autres prélats assistans, s'entr'cclairaient sur le principe de la monarchie française , sur les limites de la puissance romaine, sur les relations de l'une à l'autre 5 ils reconnurent que les discussions d'intérêt terrestre ne pouvaient qu'affaiblir l'autorité du Saint Siège. De très-bonne heure, cette élite du clergé français , tout en manifestant sa déférence pour les dé-
' Où dont cette cérémonie n'ait été la cause occasionelle , par suite de la prédilection que nos rois ont toujours portée à la ville de Reims. En voici un exemple singulier, par rapport à la liberté d'industrie. Le chœur de la cathédrale était entouré d'une grille en fer, qu'on regardait comme un chef-d'œuvre; Louis xv, passant par Reims, l'avait vue et admirée. L'ouvrier, nommé Ramel, habitait Montpellier; il eut envie de se fixer à Reiras pour ne pas se séparer de son ouvrage : mais il éprouva de la part des maîtres serruriers l'opposition la plus opiniâtre. Le roi en fut informé, et, par lettres-patentes spéciales, il autorisa l'homme habile à exercer sa profession à Reims , malgré le corps , prenant le parti du talent contre le privilège. Ainsi , le grand bienfait de la liberté industrielle, qui a donné au commerce et aux arts un si puissant et si heureux essor, a pris naissance, en quelque sorte, dans la ville du sacre.
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cisions de la cour de Rome en matière de foi ou de discipline , se prononça contre les empie'temens de la puissance spirituelle des pontifes sur le pouvoir temporel des souverains , et dès lors les liberte's de l'e'glise gallicane , si fortement définies par Bossuet , si e'nergiquement soutenues par nos rois et nos évêques , si chères à la nation , commencèrent à poindre'. Il était dans les destinées de la France que l'inauguration de ses rois fût le berceau de toutes ses libertés.
Ainsi, tandis que les annales des autres pays nous présentent les potentats recevant du pape l'investiture par la crosse et l'anneau , nous voyons , dès les premiers temps, le roi de France investi par son droit seul, i-égner par la grâce de Dieu; formule mal comprise ou mal interprétée , mais qui , loin d'indiquer la subordi-
* Philippe £'''■ avait été sacré une première fois, du vivant de son père. L'archevêque de Reims l'ayant proclamé roi, les légats du pape furent admis à le proclamer aussi , mais uniquement par honneur et par amour pour le Saint Siège , après qu'il eut été formellement déclaré que le consentement du pape n'était pas nécessaire. En logS, quoique ce' roi eût été excommunié par Urbain II , ou peut-être même à cause de cette excommunication qui menaçait de reproduire les scandales de celle du roi Robert , les pairs ecclésiastiques et les évêques de Senlis, de Soissons, d'Amiens, etc., renouvelèrent son sacre. Ces prélats, dans cette cérémonie , protestèrent publiquement contre les entreprises du pontife romain , et déclarèrent que les papes n'avaient pas le droit de mettre le royaume en interdit.
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nation de la couronne , en déclare l'indépendance. Chez les Français , jamais de lacune dans la succession royale , jamaisd'inlerrègne ni d'entre- roi. Lemonarque nouveau est de'signe , non par le suffrage des hommes , mais par l'ordonnance du ciel , et la loi du royaume n'est que celle de la nature. Le roi est mort! Vive le roi! tel est le cri monarchique, telle est l'expression de la légitimité'. En France, le prince meurt, mais le roi ne meurt point : le sacre y sanctifie l'avënement ; mais il n'en est pas plus la condition qu'il n'est la ratification du droit de succe'der, et l'absence de ce complément religieux n'en laisse pas moins à la royauté' toute sa plénitude politique. L'héritier de Clovis, comme Clovis lui-même, n emprunte à l'onction sacrée qu'un caractère plus auguste. Saisi du diadème par sa naissance, s'il le dépose sur l'autel pour l'accepter des mains de la religion , c'est afin de l'entourer de plus de respect. La religion ajoute son appareil à l'appareil du pouvoir j mais elle donne au pouvoir la force et non l'existence; en montrant à la nation assemblée l'oint du Seigneur dans l'élu de la loi , elle rend plus sacre'e, plus inviolable la personne du monarque légitime j et c'est pour lui rappeler au nom du ciel, d'une part , les devoirs de la puissance, de l'autre, les droits de l'humanité, qu'elle semble l'escorter sur le trône. Ainsi la disposition du trône était le premier et le
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principal élément du problème que les architectes avaient à résoudre. Il fallait faire dominer ce théâtre d'honneur et de magnificence' , du haut duquel le roi de France paraît devant son peuple , comme ëlevë sur le pavois des Francs. Sans trop resserrer la partie du temple destinée à la solennité religieuse et aux spectateurs d'élite, il fallait cependant réserver au public, qui afflue du dehors à l'instant de l'intronisation, un espace de nef suffisant pour qu'il fut réellement admis dans l'intérieur. Du parti pris à cet égard devait dériver toute la distribution.
Au sacre de Louis xvi , l'enceinte n'avait pas tout le développement de'sirable. Au delà du trône, il y avait peu de places d'où l'on pût voir l'ensemble de la cérémonie j en deçà, elle n'était plus visible. Mais alors la monarchie, quoique tempérée, était absolue, et le couronnement était plus ou moins une fête de cour. Aujourd'hui que tous les Français exercent des droits politiques et participent à l'action du gouvernement, une fraction plus considérable du peuple ayant besoin de contempler l'inauguration de son chef, le champ du sacre, si je puis ainsi m'exprimer, devait s'agrandir, et il s'est agrandi.
' Tel est le titre de l'ouvrage de D. Marlot sur le sacre dos rois.
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Le irône a ete place au tiers environ de la longueur de l'église, vis-à-vis la cinquième arcade; il repose sur une plate-forme haute de seize pieds au dessus du sol, comme dans une région supérieure à la terre. Le caractère de cette masse devait rappeler celui des anciens jubés 'j car lorsque les juLés existaient, c'était en ce lieu éminent que le monarque s'offrait aux acclamations publiques 3 c'était delà qu'il saluait ses sujets rassemblés. Un soubassement solide a donc dû séparer la nef et le sanctuaire, tandis qu'un portique à jour a pu recevoir le fauteuil du roi sous un arc de triomphe \
Cette première disposition arrêtée, il restait entre le trône et la porte d'entrée un espace suffisant pour l'introduction et la circulation du public, après le couronnement.
Quant aux spectateurs assistans, il n'y avait que deux moyens de les placer ; il fallait ou établir des gradins sous les bas-côtés , ou construire des tribunes. Mais , pour peu qu'on y réfléchisse , l'alternative n'occasione pas une longue incertitude.
Supposer que les arcades, en demeurant ouvertes, peuvent donner plus de facilités pour bien voir, c'est
' Aussi appelés amhons.
' Voir la planche 4.
lo.
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se faire illusion. La grosseur des piliers gothiques laisse peu de jeu aux rayons visuels , et pour peu qu'on s'enfonce sous les nefs late'rales , on ne voit dans celle du milieu que devant soi; on cesse de voir par les travées qui ne sont pas en face. Dès que la vue se dirige obliquement , elle est tout à coup arrêtée par ces cylindres de pierre qui se masquent les uns les autres et opposent à l'œil une barrière opaque. Les premiers rangs de gradins jouiront donc seuls d'un horizon libre.
Si vous n'établissez qu'un petit nombre de ces gradins, les places manqueront; si vous en multipliez les e'tages , et que vous les fassiez partir de la grande nef pour les élever jusqu'au fond des bas-côtes, non seulement la perspective sera obstruée , mais les pilieis seront coupes dans leur hauteur et inégalement, de la manière la plus choquante; vous détruirez donc les lignes de l'architecture en paraissant vouloir les respecter. Dans l'une et l'autre hypothèse, comment s'accoutumer à voir les supériorités sociales sur les degrés inférieurs? C'est de bas et de loin que les premiers sujets du prince regardent ce trône dont ils doivent réfléchir la splendeur sur les classes subordonnées. Le roi, de son côté, ne découvre que bien au dessous de lui, obliquement, et dans une sorte de lointain, ceux
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des assistans que leur position dans la liierarcliie de la société doit naturellement rapprocher de sa personne. Quelle disposition serait à l'épreuve d'une telle inconvenance?
D'ailleurs, comment éclairerez-vous ces amphilbcâtres? Laisserez-vous arriver le jour par les croise'es latérales? Toutes les personnes placées en avant sont dans l'ombre et font l'effet de silhouettes profilées en noir. Que devient alors tout ce qui fait le lustre d'une fête? Fermerez-vous les fenêtres pour substituer une lumière artificielle à la clarté du jour? Vous rentrez dans le système des tribunes, mais avec beaucoup de desavantage.
Les tribunes, dit-on , rappellent trop un lieu de spectacle. Mais qu'est-ce donc que la pompe du sacre, si ce n'est le plus auguste des spectacles, le spectacle que tout un peuple a le plus d'intérêt à contempler? Remarquez bien que le motif des tribunes est indique par les conceptions primitives les mieux entendues 3 à Reims, le vaisseau de Sainl-Remi , à Paris, celui de Notre-Dame, ont des tribunes en haut de leurs travées. Dans ces sortes de problèmes, la première solution est presque toujours la meilleure , parce qu'elle satisfait naïvement à tous les besoins. Du moment où la religion vint s'associer aux grands actes de la politique, le
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temple n'avait plus seulement à suffire aux obligations ordinaires du culte, qui se succèdent et se partagent j il fallait que la même enceinte religieuse pût contenir dans le même temps une multitude immense, et pour parvenir à ce résultat , l'idée des tribunes était la plus naturelle et la plus simple.
On retrouve le même principe dans les premières dispositions des sacres , et lors même que l'e'glise de Reims n'e'tait dëcorc'e que de tentures en tapisseries , le parti des tribunes fut adopte. MM. Lecointe et Hiltorf ont dû se rattacher à la donnée e'ie'mentaire, d'autant plus qu'ils rencontraient d'autres avantages. Ils y ont trouve' les moyens d'opposer un fond sévère à l'éclat des parures, d'obtenir un effet d'illumination mystérieuse, de multiplier les abords et les issues, de pourvoir sans embarras à tous les services de détail , de maintenir libres les communications qu'une telle affluence rend si nécessaires au bon ordre et à la sécurité'. Le sj'slème des gradins de'couverls n'offre pas, à beaucoup près, toutes ces ressources, ou il les fait payer par trop de sacrifices. Je vais plus loin , et je dis que les architectes n'e'taient pas maîtres du choix. En effet , on accordera sans peine que deux tribunes distinctes étaient indispensables , l'une pour la famille rojale de France , l'autre , pour les ambassadeurs qui représentent les souverains e'trangers. Or, du mo-
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ment où il y avait nécessite de construire deux tribunes , il fallait en construire dans toute l'e'glisej la loi d'unitë le commandait.
Cela pose et les tribunes admises , le sol de la plateforme du trône a détermine le niveau des plus e'ieve'es, et leur liauteur a permis d'en établir un second étage au dessous. Ainsi deux étages de tribunes régnent dans tout le pourtour. Par là, les premiers rangs sont doubles, et une condescendance officieuse peut achever de remédier , par un échange momentané de places , aux imperfections inévitables du local , tandis qu'avec les gradins de'couverts , aucun mouvement ne saurait avoir lieu sans une apparence de désordre. Ajoutons qu'à l'exception des deux tribunes en tête , qui sont fermées latéralement , toutes les autres ne sont se'pare'es par aucune cloison , c'est-à-dire qu'en définitive, elles ne sont réellement que des gradins, mais des gradins qui n'ont plus les inconve'niens d'un amphilbëâtre.
Sur ces gradins, dans ces tribunes, doivent briller au niveau du trône, les supériorités sociales, la naissance, la fortune, le talent et surtout la beauté, la beauté riche de tous les trésors de l'art comme de tous les dons de la nature. Celte élite de la population placée sur la même ligne d'horizon que le monarque, et seulement à une légère distance, lui présente à lui-
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même le coup cî'œll le plus imposant; le cadre est
digne du tableau et du spectateur.
La tribune de la famille royale, à droite , et celle des ambassadeurs, à gauche (ce sont les deux qui sont en tête), ont un peu plus de saillie que les autres; mais cette différence, prescrite par l'étiquette, est presque insensible, et elle ne nuit pas à l'effet général. Chacune de ces tribunes est précédée d'un salon élégant, éclairé par un lustre; elle communique intérieurement avec une tribune contiguë, en retour sur la croisée du chœur; celle-ci est destinée à la suite de ces hauts personnages.
Le sacre de Charles x présentait une circonstance toute nouvelle; les deux chambres législatives y avaient été solennellement invitées par le roi lui-même. « Je « veux , leur dit ce prince , en ouvrant la session de « 1824, je veux que la cérémonie de mon sacre termine u la première session de mon règne. Là, prosterné au « pied du même autel où Clovis reçut l'onction sainte, « en présence de celui qui juge les peuples et les rois , je « renouvellerai le serment de faire observer les lois de (( l'Etat , et les institutions octroyées par le roi mon « frère. Je remercierai la divine pi ovidence d'avoir dai- « gné se servir de moi pour réparer les derniei s malheurs « de mon peuple , et je la conjurerai de continuer à pro-
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fc tëger celte belle France que je suis fier de gouverner. » Tel fut le discours de Charles x aux chambres assemblées. 11 fallait placer en évidence ces deux grands corps, qui sont les appuis du gouvernement représentatif. Dans les deux branches de la croisée du chœur , deux immenses gradins ont e'te construits en regaid l'un de l'autre, pour recevoir, d'un côté, la chambre des pairs, de l'autre, celle des de'pute's.
L'autel s'élève au milieu du sanctuaire. En avant, à quinze pieds de l'autel, près des degrés qui séparent le sanctuaire du chœur , un fauteuil et un prie-dieu sont préparés pour le roi , sous un dais suspendu à la voûte.
Derrière l'autel , à six pieds au dessus du sol , un vaste parquet forme l'orchestre destiné à la musique du roi.
Le rond-point du fond est occupé par une tribune en pente douce d'où plus de six cents spectateurs, dominant toute la basilique, peuvent embrasser l'ensemble de la cérémonie, et qui termine elle-même le point de vue, de la manière la plus heureuse, par une perspective en amphithéâtre'.
Telle est la disposition de l'église sous le rapport des divisions générales et des principaux espacemens ; le
* Toute la charpente des tribunes , gradins et amphithéâtre , a été ronfectîonnée par M. Alboiiv.
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parti pris est grand, mais bien adapté aux détails; il est hardi , mais réfléchi 5 les coupes sont nettes et bien tranchées 3 on sent que les architectes n'ont été embariassés ni par la complication des données ni par les entraves du cérémonial. La décoration de l'église complète leur système. On va voir que les convenances locales et les indications mêmes de la fête en ont suggéré tous les motifs.
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