‹ Histoire du sacre de Charles X, dans ses rapports avec les beaux-arts et les libertés publiques de la FranceChapitre 14 sur 32 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Effet de la décoration. Revue des rois de France. Parallèle historique entre cette décoration et celle de la coupole de Sainte- • Geneviève.

Il n'est personne qui , lisant dans l'hisloire la prise de Rome par le second Brennus , ne se soit représente' ces sénateurs romains assis dans leurs chaises curules, revêtus de la toge consulaire , tenant à la main leur Lâton d'ivoire et attendant les Gaulois. A la vue de ces nobles figures, les vainqueurs demeurèrent saisis d'un respect presque religieux , et l'appareil de la dignité' patricienne suspendit en eux l'ardeur de la victoire. Ces magistrats sans armes , mais armes de leur majesté' et semblables à des dieux, défendirent un instant la patrie par la seule impression que leur aspect produisit sur les barbares. On ne saurait guère concevoir un spectacle plus sublime , et comme c'est dans le premier âge qu'il s'est peint à notre imagination pour la première fois , nous nous le retraçons vivement et sans effort.

Tels paraissent les rois de France dans la me'tropole de Reims. La majesté royale est dans leur attitude; leur physionomie est empreinte de puissance; elle est calme sans froideur, se'vère sans dureté'. Leurs vêtemens, leurs insignes, leurs armes annoncent l'antiquité de leur origine et leur magistrature suprême ; voilà ces monarques qui ont élevé leur nation au premier rang dans le monde civilisé. Quel vénérable congrès! quels augustes comices! De même que le sénat romain préparait lentement et en silence, de génération en génération , la grandeur de la ville éternelle, ainsi nos rois se sont héréditairement transmis et ont continué sans interruption la glorieuse tâche de constituer la monarchie française.

Combien n'a-t-il pas fallu de persévérance politique pour plier au frein ces fiers et fougueux vassaux, sujets malgré eux , pairs en puissance aussi bien qu'en titre, se croyant les égaux de leur roi et n'aspirant qu'à devenir ses maîtres, rivalisant avec lui de prérogatives, comme lui sacrés et couronnés au pied des autels , comme lui ballant monnoie à leur coin, et rendant justice en leur nom sans appel, faisant mouvoir comme lui, au gré de leur ambition ou de leur jalousie, des forces redoutables , et bravant sans cesse le pouvoir royal , qui n'eut pas toujours le moyen de se faire res-

pecter ' î C'est la troisième race qu'il faut surtout remercier de ce succès. Instruits par l'exemple de deux familles dépossédées , les princes de celle-ci conçurent le plan de se faire un point d'appui dans le peuple, et ils l'exécutèrent avec autant de prudence que de longanimité. Entre les e'tablissemens vacillans des Mérovingiens, le colosse incohérent de Charlemagne, l'anarchie féodale de Hugues Capet et la monarchie actuelle , homogène dans ses parties, compacte, indissoluble dans son tout , il n'y a pas moins de distance qu'entre le sort d'un troupeau d'esclaves et la condition d'une nation libre, qu'entre les Français deClovis, enveloppe's sous la rouille de leur siècle , et les Français de Charles x , polices par les lois et les arts. Faut-il s'étonner que le travail de ce long enfantement ait dure quatorze siècles? Monarques puissans et re've're's , grâces vous soient

' Rien ne peint mieux cette lutte que les deux traits suivans.

Le comte de Périgord assiégeait la ville de Tours. Hugues Capet et Robert lui envoyèrent l'ordre de se retirer. Sur son refus , Tcnvové lui dit, au nom des deux rois , Qui vous a fait comte? Qui les a faits Tois? répondit sans s'émouvoir le hardi seigneur; et il continua son siège.

Sous Louis-le-Gros, Eudes, comte de Corbeil, fils de Bouchard, comte de Montmorency, aspirait au trône. Ayant pris les armes contre son souverain, il se fit remettre son épée par sa femme, et lui dit : « Noble comtesse, donne cette glorieuse épée au noble comte : il la reçoit de toi , comte ; il te la rendra aujourd'hui même, roi. >•

rendues; notre reconnaissance est égale à vos bienfaits. C'est à vous, c'est à vos ge'nëreuses veilles, à vos habiles et constans efforts que nous devons noire belle patrie. Pour sentir le prix de la royauté telle que vous nous la files, il suffit de songer à ce que nous avons souffert pour avoir e'té un instant menacés de la perdre.

Le niojen de contempler Louis xvi , et de ne pas songer à cette maxime qu'il adopta comme devise et comme règle de conduite, C'est le bonheur des peuples (fui fait la gloire des j^ois , dogme sacré pour lui, religion dont il fut martyr! Comment ne pas s'incliner de respect en présence de Louis xiv , qui donna son nom à son siècle et conquit à sa nation la suprématie européenne , homme si grand par lui-même , qu'entouré de ses illustres contemporains, il n'est point accablé de leur grandeur, et qu'il ne sied qu'à lui seul de se placer à leur tête? Quel Français n'a tressailli d'amour devant Henri iv , roi des braves pour son armée, grand pour tous les peuples, bon pour le sien , et dont l'avènement au trône est le Iriomphe de la légitimité • ? Un enthousiasme chevaleresque s'empare de nous à !a vue de ce brillant François i*^"^, aimé chevalier par Bayard , qui

' Ce prince a succédé à la couronne comme parent au vingtdeuxième degré.

ne désespère point de la France tant que l'honneur est sauf, qui pre'pare à Louis xiv la palme des lettres, qui conserve celle des arts.

Je te salue, père du peuple. Tu investis les parlemens de cette résistance tutëlalre qui pouvait seule garantir à la France la liberté' religieuse et morale j sous ton règne s'établit l'appel comme d'abus. Econome Louis XII , maigre le fléau des guerres d'Italie et en dépit des railleries de cour , sous toi le peuple a respire. Tu mis ta renommée à enrichir tes sujets des subsides que tu leur épargnas; tu fus ménager du fruit de leurs sueurs; tu as reçu ta recompense; le peuple bénit ta mémoire; absens de nos places publiques, tes traits sont pre'sens dans nos cœurs. Salut aussi , sage et vertueux Charles v, toi , pour qui sapience fut synonyme de gloire et caution de prospérité, toi, qui ne vis le bonheur des rois que dans le pouvoir qu'ils ont défaire le bien. Salut , loyal et infortune Jean, Re'gulus couronne', héros. sur ce fatal champ de bataille où tant de preux, l'ëlite de la noblesse française, un Bourbon, un La Rochefoucault , un Laval, un Duras , pe'rirent autour de toi ; plus he'ros dans les fers , quand tu disais, quand tu prouvais que la justice et la bonne foi , exilées du reste de la terre , devaient se retrouver dans la bouche et dans le cœur des rois.

Si je poursuis ma course clans cette sainte et noble galerie, je continue d'y rencontrer au nombre des monarques français les ve'ritables prolecteurs du peuple. En la personne de Philippe de Valois ' , la légitimité salique remporta sa seconde victoire. Religieux avec discernement, ce prince fut effraye' de voir la puissance ecclésiastique soumettre à ses tribunaux, sous prétexte de charité', les orphelins, les veuves, les pauvres, les malades, et revendiquer, comme ses justiciables, tous les êtres souffrans ou malheureux; il favorisa les efforts du savant et courageux avocat du roi Pierre de Cugnières pour re'sister à un si monstrueux envahissement de juridiction j il avait tente' l'appel comme d'abus bien avant que Louis xii ne l'instituât. Vaincu à Cre'cy après des prodiges de valeur, réduit à mendier un asile, il frappe à la porte d'un château inconnu, au milieu de la nuit, et plus grand à la suite d'une de'faite que d'autres après un triomphe. Ouvrez, dit-il, c'est la fortune de la France.

Louis Hutin porte aux campagnes le tre'sor des franchises dont les villes seules avaient joui , et voulant que , dans le royaume des Francs , la réalité réponde au nom,

' Ce roi fut sacré à Reims, le 2g mai iSaB, dimanche de la Trinité; c'est-à-dire, il y a cinq siècles, date pour date, jour pour jour, et presque année pour année.

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il étend la liberté sur toute la France. Philippe-le-Bel rend le parleraetit sédentaire; le cours jusqu'alors intermittent de la justice , désormais pareil à celui d'un fleuve bienfaisant, devient continu. Quel roi fut assez magnanime pour offrir sa couronne à un sujet plus digne que lui de la porter? le même qui fut assez courageux pour braver les foudres injustes du Vatican , Pbilippe- Auguste. Je chercbe Louis-le-Gros , et je ne le trouve pas j dans une fête de liberté , on regrette de ne pas voir le monarque qui le premier eut horreur de la servitude. Mais son absence, loin de le laisser en oubli , semble le faire briller avec plus d'ëclat. Tout Français rétablira l'image du prince qui inventa l'affranchissement, qui créa les communes, et dont voici les dernières paroles : Souvenez-^ous , mon fils , que la royauté n'est qu'une charge publique , dont vous rendriez un compte très-rigoureux après votre mort '.

' La raison de cette absence serait-elle que Louis-le-Gros n'a pas été sacré à Reims? Mais ce motif est insuffisant. Du moment où une partie de l'enceinte est réservée à un certain nombre de rois non sacrés dans celte ville, Louis-le-Gros devait être du nombre, quand bien même la symétrie ou l'économie générale de la disposition en eût pu souffrir quelque atteinte. De bonne foi , n'y tiendrait-îl pas mieux sa place qu'un Childebert, dont tout le mérite fut de faire bâtir une église (Saint-Germain-des-Prés), moins par piété que par remords;' Et le père de la liberté, n'y a-t-il pas un droit de présence plus légitime que l'artisan de la

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Quelle élévation de sentimens ! que de saillies échappées à l'âme et qui peignent riiommeJ combien de ces mots heureux qui vont au cœur parce qu'ils en viennent! De tels princes honorent l'humanité; ils sont l'orgueil de la France.

Plus grand encore est noire respect, plus pieux noire culte pour ces rois qui , embrassant dans leur pensée le présent et l'avenir, ébauchèrent nos institutions ou les perfeclionnèrent.

Hommage à Clovis! Politique profond autant qu'intrépide guerrier, il fut deux fois législateur; il le fut par ce code salique qu'il rédigea dans la vue de discipliner ses Francs; il le fut surtout par le don qu'il leur fit de celte loi divine qui seule tiendrait lieu de tous les codes, et que nul code ne saurait suppléer, de l'Évangile. Hommage à Charlemagneî 11 remit en vigueur la coutume antique de faire les lois avec le concours des parlemens, avec le consentement de la nation, et ces lois, que les François ont jugé à propos de reconnaître

Saint-Barthélémy? Son exclusion du sacre est d'autant plus singulière, qu'on rapporte à son règne l'usage de déployer dans cette solennité le pourpre et l'azur de nos anciens drapeaux, d'y porter l'oriflamme et la bannière de France. On sait que le premier était gardé dans l'ahbaye de Saint-Denis, et l'autre déposée dans l'église de Joyenval, près le château de Montjoye; d'où le vieux en guerrier, Montjoje Saint-Denis , pour le ralliement des étendards.

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pour lois \ sont les immortels Capilulaires ^ chef-d'œuvre de sagesse, monument de liberté j le même ge'nie qui méditait la jonction de l'Océan avec la mer Noire , comprenait que la vraie puissance des rois est dans la popularité , et que celte popularité doit s'obtenir par la justice. Aussi, quelle attention ne mit-il pas à la faire rendre, à en surveiller lui-même l'administration , à éclairer la conduite de ses délégués , à recevoir les plaintes de ses sujets ! L'homme qui avait rempli la terre de son nom et de ses exploits, professe hautement que la force ne sert qu'à vaincre , et qu'il faut des lois pour gouverner. Dans un temps de barbarie , il protégea les sciences^ V Université est son ouvrage; les bases de son gouvernement furent la religion et la justice^ l'instruction et la liberté en fuient les ressorts.

Hommage à Louis ix! Brave entre les braves, cest à la législation qu'il s'attache j le héros de Taillebourg et de Damiette abolit le duel judiciaire et substitue à la preuve par le sang la preuve par litres ou par témoins j il pourvoit à la défense de l'accusé et l'absout dans le doute, droit étant toujours plus près d'absoudre que de condamner; il institue l'appel des jugemens seigneuriaux au tribunal du roi , et il achève de détacher les Français de la glèbe , en montrant le centre de la puis- ' Expressions de Charles-le-Chauve.

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sance où est le principe de la justice. La justice est tout à ses jeux j pour lui la solitude des bois en fut souvent le sanctuaire j le roi de France, jugeant sous un arbre, semble êlre un magistrat d'Israël jugeant sur un tribunal de gazon , et le cbêne de Vincennes , doublement protecteur, a peut-être vu Louis prononcer la célèbre sentence contre le comte d'Anjou , son frère, en faveur d'un simple gentilliomme. L'affrancliisscment des communes, prépare, commence par plusieurs rois, fut l'objet constant de sa sollicitude. Choisi pour arbitre entre le monarque d'Angleterre et ses barons, roi , s'il soutient l'autorité royale, ami des libertés publiques, il stipule le maintien de la grande charte. Aucun souverain ne fut plus habile que le fils et l'e'lève de Blanchela-Sainte à concilier les intérêts de la religion avec ceux de la politique; Louis fut constamment un modèle de patiiotisme et de piété. Quand on considère sa dévotion, l'ascendant du Saint Siège et l'esprit du temps, on est confondu de tout ce qu'il fallait de sagesse et de courage pour réprimer les abus de la puissance ecclésiastique, sans porter atteinte aux droits de l'Eglise, et pour opposer aux envahissemens du pouvoir pontifical une barrière de lois. Aussi, quoique les Etablissemens soient un prodige de génie, la Pragmatique- sanction paraît plus étonnante encore. A une époque demi-bar-

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Lare, il sent tout le prix du savoir j la première bibliothèque publique ouverte en France , le fut par ce prince". Ainsi, comme l'illustre fils de Pépin, saint Louis voulut régner par la religion et la justice, par l'instruction et la liberté.

Hommage à Louis xviii ! îl complète l'œuvre de ses pre'dècesseurs ; la France constitutionnelle est sa cre'ation. Son long exil, si pénible pour l'homme, a profite' au roi. Le monarque fugitif a vu les villes et les mœurs de plusieurs peuples. Semblable à l'artiste habile, pour qui la parfaite beauté est la nature choisie , mais qui écarte de ses productions tout ce qui n'est pas dans la nature, Louis a discerne dans les institutions étrangères ce qui convient à sa patrie , et son expérience rejette prudemment tout ce qui n'est qu'idéal. Psious lui devons le système représentatif, ce rêve de Charlemagne , ressort vital des gouvernemens modernes, lorsque l'élection libre le met en mouvement et que la presse libre le seconde. Nous lui devons la Charte, la loi des lois. Sage à la manière des anciens dont il fit sa constante étude, il remonte à la source des mots qui désignent les institutions, et y attache toute la force du sens étymologique. La religion étant, comme son nom le fait entendre, un second lien, il

* A la Saînte-Chapeiie de Paris.

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a vu que pour être tel, ce lien doit différer de celui de la loi civile, c'est-à-dire, que l'un étant impose, l'autre doit être libre, sans quoi la loi religieuse perdrait sa garantie morale, puisqu'elle ne serait qu'une loi civile de plus. Pénètre de cette conviction , en nous rendant l'héritage de nos libertés monarchiques, il y ajoute la plus précieuse de toutes, celle de la conscience.

Pour bien juger les chefs d'empires, on doit commencer par faire la part du siècle; il faut avant tout rapporter leur histoire k l'époque où ils vécurent, et comparer les actes de leur vie avec la civilisation de leur temps. Le mérite est tantôt de devancer la civilisation , tantôt de ne pas être dépassé par elle. Clovis fut supérieur à son siècle; Charlemagne et saint Louis marchèrent en avant du leur, à pas de géans; Louisle- Désiré fut à la bauteur du sien , ce qui est l'éloge du siècle et du monarque. Déjà les arts ont exprimé à leur manière ce jugement de la postérité. Reportez-vous en idée sous le dôme de Sainte-Geneviève. Lorsque la peinture dut y écrire lliistoire de France en quatre cliapitres, et que, se souvenant qu'elle est une poésie, elle sut la tracer eu (quatre chants ' , c'est entre ces quatre monarques que l'artiste partagea son poème; ' Paroles adressées à M. Gros par M. Gérard , son illustre émule.

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ce sont ces rois législateurs qui remplissent la pieuse

e'popee.

Groupes sur les nuages autour de la' céleste bergère, Clovis, Cliarlemagne et saint Louis, avec leurs nobles épouses , Louis-le-Dësiré , avec son auguste nièce et le royal enfant, abaissent leur sceptre devant la houlette. Ce n'est pas de ces lauriers moissonnes par toute la terre , ce n'est pas de ces armes conquises sur tous les peuples, qu'ils se glorifient devant la sainte; ils laissent à leurs pieds ces trophées de la valeur pour montrer ceux de la sagesse. Les anges de lumière, ministres de la scène mystérieuse , portent en triomphe la Loi Salique , les Capitalaires , V Université , les Etahlissemens , la Charte , sous les auspices de la religion et de la croix, c'est-à-dire, ce qui a éclairé la nation française, ce qui a établi ou ramené dans son sein la légitimité, en un mot, ce qui l'a fait libre. L'histoire de France est vraiment là.

Ce premier monument de Charles x , présage de splendeur pour son règne, fut rendu public le jour de sa fête ', et Paris vit se renouveler dans ses murs les transports d'admiration qui avaient éclaté dans Rome , quand le grand Michel-Ange y montra la merveille de la chapelle Sixtine. Mais qu'on ne croie pas qu'un

' Le 4 novembre 1824.

tel enthousiasme ait ëte uniquement Teffet des hautes qualités de'veloppe'es dans l'ouvrage; quelque puissante que soit celte cause, la nationalité du sujet dut en être une plus puissante encore. Les Français furent fiers de contempler leurs inslilulions rendues visibles par un nouveau miracle de l'art, et leurs libertés consacrées par d'ingénieux emblèmes dans le plus saint des édifices; ils furent heureux de voir le triste crêpe des révolutions replongé dans les gouffres infernaux, l'ange de la paix rappelé sur la terre, et nos derniers Bourbons souriant dans le ciel. C'est l'auteur de la Charte qui a opéré ces merveilles, et les martyrs couronnés semblent se complaire dans la pensée que leur pardon ne sera pas stérile.

En figurant ainsi par des symboles notre législation constitutionnelle, en attachant ces symboles à un lieu que la religion rend sacré, l'artiste a donné à l'art sa vraie destination, celle que les anciens lui donnaient toujours, celle qui assure aux chefs-d'œuvre un succès justement populaire et une véritable immortalité. Aussi, lorsque Charles x fit au peintre l'insigne honneur de visiter son tableau , et que les jeux du monarque, à la vue de tant de douleurs, de tant d'espérances , se furent mouillés de larmes , après l'éloge sans prix renfermé dans ce signe d'une'vive et pro-

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fonde émotion , rien n'était mieux senti et ne pouvait être plus noblement exprime que ce suffrage royal : '< M. Gros, il y a plus que du talent dans tout cela, « il y a du génie; c'est un monument que vous élevez « à la France. »

Avec la même franchise, la même noblesse et la même grâce dont on le vit complimenter le sublime décorateur du dôme de Paris, Charles x s'est avance dans la métropole de Reims; là, les portraits dont la basilique est oiiiëe lui otit offert un reflet de la coupole; exe'cute'e dans un système pareil, cette de'coratoin a fait entrer l'âme du monarque dans des sentimens analogues , mais sans y réveiller de douloureux souvenirs. Entre ses nombreux devanciers, Charles a distingue' les législateurs , et c'est eux surtout qu'il va prendre en témoignage, comme pour imprimer un caractère plus positif au nouveau serment du royaume.

Les pontifes qui furent en divers temps, en divers lieux, la gloire et l'édification de l'église gallicane, forment un second rang d'augustes témoins. Considérez parmi eux un d'Amboise, qui fut, comme Sully, le ministre et l'ami de son roi; un Richelieu, qui acheva de mettre nos souverains hors de pair; un La Rochefoucault, !iom autour duquel se rassemblent tous les genres d'illustration; un Belzunce, le héros de l'huma-

nitë; un MassilJon , un Flechier, l'honneur de l'cloqiience e'vangëlique; un Bossuet, 1 éloquence môme; un Hardouin de Pëiëfixe , digne instituteur d'un do nos rois; un Fënëlon , immortel mentor de tous les rois. Arrêtez-vous devant ces images, et dites ce que tant de prëlals fameux, prësens à la cérémonie , y ajoutent d'autorité.

Cortège imposant et majestueux! vënërable et saint appareil ! A la vue de toutes ces suprëmaties, le spectateur est saisi d'un profond recueillement, et toutes ses réflexions deviennent graves. Si cette ^ftnpression est due à la solennité même, elle est fortifiée par le génie des architectes, qui ont su tirer leur poësie de l'histoire. C'est un concile d'ëvêques, c'est un aréopage de rois, rëunis pour la première fois sous ces voûtes, où pour la première fois aussi rayonnent les fleurs de lis , accessibles au seul regard des hommes , inaccessibles à leurs atteintes.

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