SERMENS
A la fin du cantique , le pre'lat s'avance vers le fauteuil royal. Les deux cardinaux assistans de Sa Majesté sont près d'elle , et portent , l'un , le livre des évangiles , l'autre, le reliquaire de la vraie croix. L'archevêque prend la relique et la pose sur le livre. Charles x, assis et couvert , appuie sa main droite sur ces deux objets ve'nëres, et d'une voix ferme et sonore, il lit les sermens suivans :
Serment du royaume.
« En présence de Dieu , je promets à mon peuple de « maintenir et d'honorer notre sainte religion , comme « il appartient au roi très-chre'tien et au fils aine de « l'Eglise; de rendre bonne justice à tous mes sujets; u enfin , de gouverner conformément aux lois du (( royaume et à la Charte constitutionnelle, que je jure « d'observer fidèlement; qu'ainsi Dieu me soit en aide « et le saint évangile. »
Les mots de Charte constitutionnelle ont rempli toute l'église; ils ont e'te' prononces avec l'accent de l'âme, et la parole royale a retenti dans tous les cœurs. Quel comm.en taire n'affaiblirait l'impression d'un moment
aussi solennel! L'article 74 de cette charte sacrée ne pouvait être mieux accompli '.
Aux prece'dens sacres, avant le serment royal, on demandait au peuple s'il acceptait le prince pour son roi, et le consentement de l'assemblée se manifestait par un respectueux silence. Celle formalité' supprimée me semble regrettable. Quand les coutumes anciennes ne sont pas nées de l'ignorance, elles le sont presque toujours du bon sens. 11 était raisonnable que dans une cérémonie où l'on montre cent fois la source divine du pouvoir, on en montrât une fois la source humaine, qui est bien aussi quelque chose dans l'organisation sociale. C'était d'ailleurs une tradition , un souvenir des temps primitifs. Dans cette déférence aux usages antiques, on ne pouvait voir qu'une concession faite à la raison , sans danger pour le principe de la légitimité.
Autrefois un serment spécial était prêté, avant tout autre, en faveur des églises et des évêques. Aujourd'hui le serment du royaume commence par un hommage à la religion , sans laquelle un peuple ne pourrait pas avoir de lois; mais il ne contient plus l'expression d'un privilège ou d'une suprématie pour ses ministres; le clergé ne doit plus ambitionner le premier rang que
* Plusieurs de nos rois ont signé le serment de leur sacre, et l'ont envoyé par écrit aux cours de justice.
dans la vénération des peuples, par des exemples de
désintéressement et de vertu.
Maigre' l'ëdit, ou plutôt, le traite' de Nantes , le serment du royaume contenait un arrêt de proscription contre les he're'tiques ; aujourd'hui , s'il y a encore des he're'tiques aux yeux du monarque très-chre'tien , il n'y en a plus, grâce à la Charte, aux yeux du roi de France.
Le monarque jurait encore de maintenir les ëdits contre le duel. On a fait sagement de supprimer celte partie de la formule. Fléau des socie'te's modernes , le duel n'en est pas moins enracine' dans nos opinions et dans nos mœurs. On ne peut plus le qualifier de crime.
Serment du roi, comme chef et soiwei'ain grand-maître de V ordre du Saint-Esprit.
« Nous jurons à Dieu le cre'ateur de vivre et de « mourir en sa sainte foi et religion catholique, aposto- « lique et romaine; de maintenir l'ordre du Saintu Esprit, sans le laisser déchoir de ses glorieuses pre'- « rogatives, d'observer les statuts dudit ordre, et de les « faire observer par tous ceux qui y sont ou seront reçus; « nous réservant néanmoins de régler les conditions « d'admission selon le bien de notre service. »
Ce serment a aussi e'té modifie dans le sens de nos institutions nouvelles. Autrefois, pour être admis dans l'ordre du Saint-Esprit, il fallait être gentilhomme et justifier de trois quartiers paternels. Celte condition ne peut plus avoir lieu quand , hors de la chambre héréditaire, il n'y a plus de noblesse transmissible, et depuis que Louis xviii a dit que chaque soldat avait dans sa giberne un bâton de maréchal de France.
Serment du roi, comme chef souverain et grand -mai Ire de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis et de l'ordre rojal de la Légion- d'Hoimeur.
« Nous jurons solennellement à Dieu de maintenir « à jamais, sans laisser déchoir leurs glorieuses pré- <( rogatives, l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et « l'ordre royal de la Legion-d'Honneur; de porter la c< croix desdits ordres, et d'en faire observer les sta- (( tutsj ainsi le jurons et promettons sur la sainte croix « et sur le saint évangile. »
La chevalerie a pris naissance dans les temps d'anarchie et d'oppression ; par une providence merveilleuse , le remède se trouve toujours à côte' du mal, dans l'ordre de la société comme dans celui de la nature. Mais il ne s'agit pas ici de cette institution qui faisait
courir le monde à de généreux aventuriers, pour défendre la vertu ou la beauté opprimée. Il s'agit de celte espèce de noblesse personnelle qu'on acquiert ou qu'on obtient par soi-même, et qui , une fois acquise ou obtenue, n'est plus revocable.
Les grands ordres, tels que la Jarretière, le Saint- Esprit, la Toison-dOr, n'ont pas d'inconvénient social, parce que, pour aspirer à en faire partie, il faut, ou avoir rendu d'èminens services au pajs, ou jouir de la plus hante faveur auprès du souverain , quand on n'est pas soi-même assis sur un trône. Ces ordres-là se soutiennent toujours et d'eux-mêmes darts une région élevée: il est dans leur essence de ne pas déchoir.
Mais lorsqu'une décoration se multiplie , qu'elle passe dans tous les rangs de la société, et que, la même partout, elle devient, au même titre, le signe de tous les genres de mérite, en y comprenant sans doute celui de l'honneur, il n'y a qu'un moyen d'empêcher un tel signe de déchoir j c'est de le placer où l'opinion le place. Reste à savoir alors s'il est au pouvoir du souverain de tenir son sermenl.