TRADITION DES INSIGNES MILITAIRES
Les sermens prêtés, l'archevêque revient à l'autel. Le roi y est conduit par les deux cardinaux assistans. 11
se dépouille de sa robe blanche. Il n'est plus velu que d'une camisole de salin rouge galonnée d'or sur les coulures cl ouverle aux places des onctions. Sa Majesté reste debout et l'arcbevêque re'cile une prière qui, tout en pre'parant l'investiture militaire, exprime des vœux pacifiques. Qu'il soit supérieur à ses ewieniis , y est-il dit, mais qu'il goûte les douceurs de la paix.
Le fauteuil du roi elant apporte à l'autel et place' en face de celui de l'archevêque, le roi s'assied et quitte sa chaussure. Pendant ce temps, le grand-chambellan s'est approche, tenant à la main les bottines de velours violet, semées de fleurs de lis d'or, que le grandmaître des cere'monies avait prises .«^ur l'autel; il les met à Sa Majesté. Le grand-maître s'avance ensuite auprès de M. le Dauphin , le conduit près du roi, puis ayant pris les éperons sur l'autel, il les présente à S. A. R., qui les met au roi et les lui ote aussitôt. Les éperons sont reporte's sur l'autel.
A loi s commence une bien noble cérémonie. M. le maréchal duc de Concgiiano , faisant fonction de connélable, après avoir quille son épée, s'avance vers le roi. Sa Majesté monte à l'aulel avec l'archevêque. L'épcedeCharlemagney est déposée dans son fourreau de velours violet garni de perles. lia poignée, les branches, le pommeau , sont d'or massif, enrichi de pierres
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précieuses. Cette e'pe'e se nomme la Joyeuse , à cause rie la solennité d'ale'gvesse où elle sert '. Le prélat bénit le glaive et prie.
Exaucez, dit-il, Seigneur, exaucez nos prières , et daignez bénir de votre main cette épée dont votre serviteur Charles veut être ceint , afin quelle puisse lui servir à défendre et protéger les églises , les veuves , les orphelins et tous vos serviteurs , et pour quelle inspire la crainte à quiconque osera tendre des pièges à notre roi.
La bénédiction aclievée, l'archevêque ceint l'épe'eau roi et la lui ôte aussitôt, puis, l'ayant tirée du fourreau, il la pre'sente à Sa Majesté, en prononçant ces belles paroles , qui rappellent admirablement quel usage les princes ont à faire de la force mise dans leurs mains :
(( Prenez cette epce qui vous est donnée avec la bénédiction du Seigneur, afin que par elle et par la vertu de l'Esprit saint, vous puissiez résister à tous vos ennemis et les vaincre, protéger la sainte église et défendre le royaume qui vous est confié. Picncz celte épée, alin que, par son secours, vous exerciez la puissance de la justice, que vous protégiez avec bonté les veuves et les orphelins, que vous répariez ce qui a été détruit, que
* Elle est aussi appelée Vêpée de saint Pierre , parce que Cliarlemagne la reçut du pape Léon lll.
SACRE DE CHARLES X. aSi
vous conserviez ce qui a été répare , que vous affermissiez ce qui a été mis dans l'ordre. Ainsi , vous couvrant de gloire par la pratique de toutes les vertus et faisant régner la justice , vous mériterez de régner avec celui dont vous êtes l'image. »
Tandis que l'archevêque met l'épée nue entre les mains du roi, le chœur prend part à la cérémonie et chante :
<( Armez- vous de force , et soyez toujours homme de cœur j gardez les lois du Seigneur , votre dieu j marchez dans ses voies ; observez ses préceptes , ses ordonnances et ses jugemens, et que Dieu soit votre appui. »
Cependant, le roi, debout, tient l'épée, dont il élève la pointe.
O Dieu ! dit alors l'archevêque, vous qui réglez avec sagesse tout ce qui se passe dans le ciel et sur la terre , soyez propice à notre roi; que toute la force de ses ennemis soit brisée par la vertu de votre glaiue spirituel; combattez pour lui , et ils seront entièrement détruits .
Sa Majesté baise l'épée et la dépose sur l'autel. Le prélat la reprend et la met une seconde fois entre les mains du monarque , qui l'accepte agenouillé , et la donne aussitôt au vieux guerrier si digne de la recevoir.
Le maréchal blanchi sous les drapeaux ne cesse plus de la porter, la pointe levée, pendant toutes les cérémonies du sacre.
Le roi e'tait toujours à genoux et le pre'lat priait encore. Mais toutes ces oraisons , qui auraient semble' devoir respirer la guerre , sont pleines de l'esprit de paix. Que la concorde soit dans le royaume ; que le monarque soit le protecteur de la patrie ; qu'il ait la douceur de la colombe ; qu'il aime à répandre des grâces ; que toujours aimable et bon, il soit toujours craint et aimé \
Ainsi le chef militaire d'un grand empire se prosternait devant le dieu des armées; ainsi la religion l'armait du glaive en lui donnant des leçons de modération et de douceur. A cet égard , l'esprit du siècle est bien d'accord avec celui de la religion. Quand la force morale de l'opinion est devenue supérieure à la force matérielle des armées, le premier rang pour un monarque est de se placer en tête de la civilisation.
" Il faut dire pourtant qu'autrefois ces prières étaient mêlées d'imprécations contre les hérétiques et les infidèles; qu'on y engageait le prince à perdre les ennemis secrets comme les ennemis découverts du nom chrétien ; qu'on lui inspirait la conquête et l'asservissement des nations attachées à un autre culte religieux; qu'on l'exhortait par dessus tout à doter les églises et les monastères. Cet alliage a été heureusement séparé par M. de Latil , et il n'est resté que la belle morale de la philosophie chrétienne.