‹ Histoire du sacre de Charles X, dans ses rapports avec les beaux-arts et les libertés publiques de la FranceChapitre 22 sur 32 · INTRONISATION · texte numérisé non relu

INTRONISATION

On a déjà vu qu'au sacre de Louis xvi, le trône était, à peu de chose près, une continuation de l'ordonnance générale; mais les colonnes n'ajant pas été accouplées, le résultat était encore moins satisfaisant; les masses s'y étaient appauvries; l'aspect du tout était devenu plus mesquin , et peut-être n'en était-il ainsi que par suite des efforts mêmes auxquels on s'était livré pour faire mieux.

Que présentait en effet le trône de Louis xvi ? Une plate-forme entourée d'une balustrade commune, un portique surmonté d'un couronnement sans forme et

sans caractère, le fauteuil du roi sous un halclaquin trivial j huit lustres d'ope'ra suspendus au plafond , un passage pratique sous le plancher de la plate-forrno et conduisant au chœur par une entrée de maison hourgeoise. Tel était pourtant l'objet sur lequel tous les regards devaient se porter dans le moment le plus auguste et le plus.solennel. Au milieu des tribunes publiques et y attenant, c'était moins le siège e'minent d'un souverain , qu'une tribune plus en évidence que les autres. Le dessin mis sous les jeux du lecteur (pi. 5) donne l'idée de celte indigence. Mais, je le repèle, on ne pouvait pas alors faiie autrement. Lorsqu'un artiste est sous l'empire d'une fausse direction , il ne peut produire que dans Ig sens de l'impulsion ge'ne'rale.

Au sacre de Charles x , la disposition du trône a e'ie conçue dans un tout autre système'. Un arc de triomphe en est le motif. Celle seule idée est déjà caraclëi istique et appropriée; car la ce're'monie actuelle est le triomphe de la lëgitimilë, qui se manifeste pour la première fois avec tant d'éclat. Mais à la différence des arcs de triomphe ordlnaiies, sous lesquels on passe et qui ont presque toujours trois arcades, celui-ci n'étant qu'une construction de fêle et un monument de gloire, n'est forme que d'un seul arc , sous lequel est place le fau-

' Voir !a planche n". .{.

aSo SACRE DE CHARLES X.

leuil. Quant aux parties latérales, elles se composent de pilastres et de colonnes isole'es avec leur entablement. L'importance et le mérite de ce morceau demandent une description de'taille'e. On ne saurait trop faire connaître ce qui peut servir de modèle sous le rapport de la convenance et du style. Examinons d'abord quelle était la donnée.

En laissant le passage ne'cessaire pour se rendre au chœur, il fallait éviter que la décoration rappelât une porte d'habitation , fût- elle celle d'un palais; de plus, en perçant le soubassement, il fallait conserver à la masse, malgré ce vide, l'apparence de la solidité, le premier besoin du trône. La vue du dessin (pj, 5) rend très-sensible celte double difficulté. Voici par quelle combinaison MM. Lecointe et Hittorf ont réussi à la vaincre.

Sur chaque face , à côté du passage, deux caryatides de proportion colossale, majestueuses d'aspect, solides de forme , graves d'ajustement, supportent les corniches architravées sur lesquelles l'étage supérieur s'élève j des feuilles de chêne et de laurier en or bordent leurs draperies. Ces figures sont emblématiques. Dans la branche et la couronne de laurier que tient l'une, dans la couronne de chêne et la branche d'olivier que porte l'autre, on reconnaît les récompenses destinées au mé-

SACRE DE CHARLES X. aSi

rite militaire et civil. Ainsi, nous voyons du côté de la nef celles qui attendent les nobles patriciens de la Chambre des pairs et les honorables ëlus de la Chambre des députes, comme nous retrouvons du côte' du chœur la palme du guerrier , que le magistrat peut aussi quelquefois cueillir. Heureuse allusion à une grande ide'e de Charles x , qui voulut que dans la basilique de Saint- Denis, au milieu de la pompe funèbre de son auguste frère , le catafalque fût entoure' par le président de la Chambre des pairs , par celui de la Chambre des députes , par celui de la Cour de cassation et par le plus ancien des mare'chaux de France. He'las! ainsi la mort vient se mêler à nos fêtes. En peignant ces bergers de la liante Arcadie qui s'acheminent vers le plaisir et qui rencontrent un tombeau, le Poussin a trace l'histoire de la vie humaine.

Le problème du passage ainsi re'solu, il en est re'sulte un beau porche, d'un style ferme, d'un caractère mâle, assez large pour laisser à l'œil la liberté de voir par dessous le trône ce qui se passe au delà , et d'embrasser, à travers son ouverture , toute la longueur de la basilique.

Le cere'monial exigeait , du côte du sanctuaire , deux escaliers latéraux pour monter au trône et pour en descendre. Us ont e'ië places de part et d'autre de la plate-

forme. Au niveau du palier, règne un stjlobate ge'ne'ral. Les cliamps que celle disposition laissait , du côte de la nef, entre les piédestaux des colonnes, sont occupe's par des bas-reliefs peints. Au milieu, on voit Charles x sur son trône, recevant les Arts, l'Agriculture et le Commerce, et leur assurant sa protection. Ce sujet nous reporte à laurore de son règne, où de grandes douleurs furent adoucies, de grandes espérances conçues. Sur les côtes, deux.^eintures du même genre rappellent le double bienfait de ces visites si touchantes, l'une a l'Hôtel-Dieu , qui consola la souffrance, l'autre aux Invalides, qui fit tressaillir la valeur. Les piédestaux des colonnes sont aussi oine's de bas-reliefs en or, où des génies sont représentés écrivant l'histoire.

Douze colonnes et huit pilastres, surmontés d'un entablement, et couronnés dans la partie du milieu par un berceau circulaire, constituent l'arc de triomphe. Celte pallie de l'édifice est d'ordre corinthien. Riche dans tous ses détails, elle rappelle le sljle de la renaissance. Pour les occasions du genre de celle-ci, le sljle de cette époque des arts est presque toujours préférable j moins sévère que l'antique, il n'en exclut pas la pureté; il permet plus d'élégance, plus de richesse; il se prête aux ornemens emblématiques, et, à cause de

tout cela , il convient plus spe'cialement à la décoration monumentale.

Les fûts (les colonnes ainsi que les pilastres sont couverts d'inge'nieux arabesques. Le chiffre du roi et les armes de France 5 les insignes royaux qui, dans la ce'rëmonie du sacre, jouent un rôle si important j les croix des diffe'rens ordres français que la libéralité du prince accorde au mérite en tous genres, et dont la distribution solennelle est un des beaux épisodes de la fête j la plaque du Saint-Esprit , la croix de Saint-Louis, celle de la Le'gion-d'honneur et celle de Saint-Michel, entrelacées de laurier et d'olivier, tels sont les orneraens qui se dessinent en or sur le lapis-lazuli. L'alliance de ces couleurs est aussi ancienne que la gloire des Français, qui adoptèrent pour e'cusson le lis d'or sur le fond d'azur. Les chapiteaux et les bases sont aussi en or.

Sur la frise de l'entablement, règne un bas-relief où des génies couronnent le chiffre royal. Les quatre colonnes, entièrement isolées, et qui forment avantcorps sur chaque face, sont surmontées par quatre figures de ronde-bosse, entièrement dorées j ce sont encore des génies ; ils portent les insignes de la royauté, le sceptre , la main de justice , la couronne et l'épée.

Au dessus de cet ordre, s'élève le grand arc. L'ar-

chivolte en est ornëe de riches enroulemens en or. Au milieu de sa courbe, est une clef architecturale, sur laquelle se détache en relief le heaume à la rojale; c'est la plus noble pièce de l'armure du chef guerrier et souverain; la visière en est toujours levée; inaccessible à la crainte, le monarque doit tout voir, tout entendre , tout ordonner. Deux renomme'es qui enrichissent le tympan , attachent à cette clef les guirlandes du laurier français.

La frise supe'rieure porte l'inscription Domine salvumfac regem. Au dessus de cette frise, qui surmonte le monument, règne une corniche qui, dans une circonstance ordinaire, pourrait le terminer. Mais c'est la fête de la France, c'est la Religion qui la célèbre; la Religion et la France devaient dominer toute l'architecture.

Le monument continue donc; un couronnement général, composé d'écussons au chiffre du roi, aux armes de France et de Navarre, qu'encadrent des lauriers, que réunissent des guirlandes de feuillage, se dessine tout autour de la corniche. Une plate-forme termine la masse, et là, les deux figures emblématisées se groupent, environnées de tous les symboles de la prospérité publique. Elles soutiennent le diadème royal au dessus du chiffre du roi , que supporte un

gcnie. Ainsi , la France et la Religion le couronnent de concert, triomphantes sur ce monument de gloire '.

Du centre de la voùle, descend un somptueux baldaquin j sa forme circulaire a motive un tore de laurier. Ce tore est surmonte' d'aigrettes et de panaches , Manche et mobile parure , qui, comme uu premier diadème, entoure la coupole, au haut de laquelle s'élève la couronne royale.

Des rideaux en velours violet, parsemés de fleurs de lis d'or, forment le pavillon du trône. La chute de ces draperies est noble , la courbe en est gracieuse. Des pentes de même étoffe, brodées de même, et d'une coupe élégante, complètent ce baldaquin. Le velours

* Ces figures , celles des génies qui surmontent les colonnes et les caryatides du porche , sont de M. Guersant.^xécutées en moins de quatre mois, elles ont, «ous le rapport du modelé, tout ce qu'on pouvait désirer dans une sculpture architecturale; elles ont surtout le mérite, plus rare qu'on ne pense, d'être en harmonie parfaite avec rensemble de la décoration. Les premiers statuaires d'une école dédaignent trop souvent ces sortes de travaux, ou quand ils s'en chargent, ils y voient trop un travail isolé dans une composition générale, s'attachant à une seule figure, lorsqu'il faudrait tout embrasser. Dans une composition architecturale , la sculpture n'est qu'accessoire, et le sculpteur, pour bien faire, doit nonseulement entrer dans l'idée de l'architecte qui a conçu le monument, mais même subordonner son ouvrage à l'architecture. C'est ce que M. Guersant a senti, et p^r cette condescendance bien entendue , il a réussi à faire , dans un temps très-court , une fort belle chose.

violet fleurdelisé recouvre les appuis de la plate-forme. Un drap de nuance pareille, orne de fleurs de lis, marque le chemin du roi sur l'escalier j le violet est la couleur royalej les e'ioffes emploje'es dans le reste de la décoration sont du plus riche ton cramoisi.

Ce magnifique ensemble est e'claire par douze candélabres en or, de forme antique; quatre entre les colonnes, quatre en dehors et quatre en avant', portant des girandoles où le feu brille dans le cristal et dans l'or.

Tel est le trône de Charles x : il ne pouvait être que de l'ëpoque actuelle; et tandis que les ornemens de la me'tropole appartiennent au xii^ siècle, ceux du jubë et de son portique appartiennent au nôtre. Les architectes y ont de|)loyë toutes les ressources modernes; tout y est finement profile' , heureusement proportionne', cadence avec harmonie ; on peut y prendre une idée de la perfection où les arts sont parvenus de nos jours : et ce n'était pas sans doute une médiocre difficulté' de faire que ce monument du xix^ siècle, tout en montrant le style le plus pur dans les lignes architecturales, dans les ornemens, dans les sculptures, se mît en harmonie avec la vieille basilique de Clovis.

* Ces beaux candélabres sortent de la fabrique de bronze doré de M. Feuchère.

C'est à ce trône, digne siège d'un monarque puissant , que le roi monte par les degre's du côte de l'Evangile. Tout le juhe' présente le plus brillant coup d'œil; les mots ne peuvent donner qu'une faible idée d'une telle magnificence.

Sur l'estrade même, à droite du roi, les princes 3 à gaucbe, les deux cardinaux assistans. Au dessous de l'estrade, en avant et à droite , le grand-chambellan ; un peu plus en avant, sur le côte', le premier chambellan , maître de la garde-robe. Tous ces personnages occupent des plians.

Sur des tabourets, au milieu, le connétable tenant l'e'pe'e nue et toujours escorte' des deux huissiers massiers ; à sa droite , un peu en avant , le chancelier ; à sa gauche , parallèlement au chancelier , le grand-maître de France.

Les capitaines des gardes , le capitame-colonel des gardes à pied et le major-gëne'ral de la garde royale, se tiennent derrière le roi , sur les côte's. Le mare'chal marquis de Lauriston , le comte de Cosse et le duc de Polignac, font face à un petit autel construit sur la plate-forme du trône, à droite du roij du même côte, le grand-maître des ce're'mouies est debout au haut des degrés du trône.

Trois gardes de la manche sont rangés de distance

en distance sur chacun des escaliers; au bas, les chapelains portant la croix et la crosse de l'archevêque; à droite et à gauche, le roi d'armes et les heraults d'armes.

Le roi s'arrête devant le fauteuil , sans s'y asseoir. L'assemblée, jusqu'alors recueillie et silencieuse, salue Sa Majesté par des acclamations; les cris de FzVe le roi! long-temps retenus, éclatent de toutes parts.

Tourne' vers l'autel et tenant toujours le roi, l'archevêque prononce ces paroles :

« Demeurez ferme et montrez-vous dans la place que vous avez occupée jusqu'ici comme ajant succède à vos pères , et qui vous a ete transmise par droit d'héritage, par l'autorité du Dieu tout puissant '. »

Puis, après avoir recite' une oraison , où il pre'sente à un roi de la terre, entoure' de toutes les pompes et de toutes les gloires , l'image du Roi du ciel étendant, ses mains sur la croix , il fait une profonde révérence à Charles x, le baise et dit à haute voix à trois reprises :

' Telles sont les paroles françaises. Le texte latin contient encore celles— ci , El per prœsenlem tradilionem nostram. Ces mots ont mal à propos effarouclié certains esprits. On ne doit attacher aucnne importance à leur conservation en latin, puisqu'ils n'ont pas été traduits , et que n'étant plus en harmonie avec le reste du livre, ils n'ont pu qu'échapper aux corrections faites à l'ancien rituel.

SACRE DE CHARLES X. aSg

F^wat in œtemum. Les cris de P^ive le roi! se renouvellent.

M. le Daupliin et les princes quittent leurs couronnes, les posent sur leurs sic'gcs, s'avancent vers le roi, et chacun d'eux en reçoit l'accolade, en disant, Fiv'at in œtemum. Au moment où M. le Dauphin veut fle'chir le genou devant son auguste père, Sa Majesté lui tend les bras, et presse pendant quelques instans contre son cœur un fils qui a de'pose' des lauriers sur ses cheveux blancs. 11 serre aussi dans ses bras M. le duc d'Orle'ans de la manière la plus cordiale, et embrasse très-affectueusement M. le duc de Bourbon. Cette pre'cieuse concorde entre les princes de la famille royale, gage d'un avenir paisible pour la France, a excite' les plus doux transports. Les acclamations recommencent, et la musique, jusque là grave comme la ce'remonie, dans les trois Oratorio de M. Lesueur exécutes depuis le malin, la musique, qui ne peut demeurer en reste dans cette effusion de sentimens, s'associe à l'allégresse universelle par un FiVaf en chœur, de la composition du même maître.

Au son de cette symphonie de triomphe, aux cris redoubles de Fiuc le roi! au bruit des fanfares, les portes de l'église se sont ouvertes ; le peuple s'y est pre'cipite'. Une foule empressée , âges, sexes, rangs confondus, inonde la nef; elle s'e'tend jusqu'au parvis exte'rieur.

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qu'elle couvre de ses vagues anime'es , avide de voir l'exaltation de son roi. Les nouveaux spectateurs recommencent encore les acclamations et les prolongent. Le chœur s'unit à la nef; au pied du trône, les drapeaux se balancent dans les mains des chefs qui les portent 3 sur le trône , les dignitaires élèvent leurs chapeaux entoure's de plumes j dans les tribunes, les femmes agitent leurs mouchoirs blancs. Place entre son peuple et son armée, Charles x a une idée de sa puissance par l'amour qu'il inspire et par les preuves qu'il en reçoit. L'enthousiasme est au comble. Dites maintenant, froids politiques, s'il n'est pas à la France ce trône du roi qu'elle entoure et qu'elle est prête à défendre ; dites si elle n'est pas au roi cette France qui se presse, qui a besoin de se presser autour du trône 3 dites seulement s'il j a là deux choses? Non , j'en atteste tous ces monarques dont les images représentent la France de tous les siècles , il n'y a là qu'une seule chose , et , dans cette union vitale , séparer serait mutiler.

Trois décharges de mousquelerie se succèdent sur la place mêmej trois fois l'artillerie des remparts y répond; les tambours battent, les cloches s'ébranlent. Mais que sont ces salves, comparées aux applaudissemens et aux transports de tout un peuple?

A ce moment , un grand nombre de petits oiseaux

qu'on tenait captifs, s'échappent de leurs cages'; les prisonniers aile's prennent leur essor vers les voûtes du temple ou viennent avec confiance se grouper sur le baldaquin qui ombrage le trône. Cette vive image de la liberté n'est pas un vain simulacre. Jusqu'aux derniers sacres, toutes les prisons de la ville s'ouvraient en même temps que les portes de l'église , et tous les de'tenus sortaient sans distinction. Au sacre de Charles x , et même dès celui de Louis xvi, un sage discernement a pre'side' à l'exercice de la cle'mence royale et régularise le bienfait sans ratlënuer\

* Autrefois, à l'entrée des rois et des reines dans la ville de Paris , les marchands d'oiseaux établis sur le Pont-au-Change étaient obligés d'en mettre en liberté deux cents douzaines, de diverses sortes , au passage même de LL. MM. , comme un signe des grâces qui allaient se répandre. Le sacre étant une occasion de grâces, cet usage dut naturellement s'introduire dans cette solennité ; mais c'est une coutume qui ne remonte pas à l'origine : il n'en est pas question dans le formulaire des anciens couronnemens.

' Voir page 86. La délivrance des prisonniers remonte à Clo- \is , qui, par les conseils de saint Rémi, donna chez nous le premier exemple de cette miséricorde. On lit dans la Bible , au livre des Rois, que Saiil fit rémission à tous les coupables qui avaient encouru la peine de mort. Ce prince s'exprime ainsi : Non occideiur quisrjuam in die liac , quia hodièfecit Doniinus salut eni in Israël, C'est d'après ce texte qu'on faisait grâce indistinctement à tous les prisonniers de Reims, quelque crime qu'ils eussent commis. Le progrès de la raison ne permet plus ces interprétations abu sives qu'un âge moins éclairé donnait aux divines écritures.

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Avec cette majesté qui convient à la puissance souveraine, Charles x conserve sur son trône celte bonté qui lui gagne tous les cœurs et cette sëre'nite' qui manifeste le calme du sien. Les princesses de la famille royale ne perdent pas de vue le roi un seul instant. M'"^ la Daupliine surtout suit tous les mouvemens de son auguste père 3 attentive, immobile, elle respire à peine, et les personnes place'es dans son voisinage ont vu des larmes s'e'chapper de ses jeux. O larmes bien différentes de celles que la princesse versa dans l'exil, non sur les maux qu'elle endurait (elle fut toujours supérieure à la souffrance), mais sur les douleurs dont elle e'tait témoin , qu'elle partageait et qu'elle ne pouvait soulager! Naguère tant d'adversités et aujourd'hui tant de gloire! un tel triomphe après un tel abaissement! tous les extrêmes de la bonne et de la mauvaise fortune! Mais les vicissitudes de la destinée royale attendent leur historien. Ce récit appartient de droit au noble pair qui, en peignant les scènes imposantes de la nature, le tumulte orageux des passions et les merveilles du christianisme , se préparait à faire le tableau des plus grandes catastrophes humaines. M. le vicomte de Chateaubriand assistait au sacre.

L'admission du public dans l'intérieur de la nef a eu lieu avec beaucoup d'ordre. On faisait arriver plusieurs

centaines de personnes à la fois , mais groupe par groupe , de manière qu'il n'y eût jamais ni encombrement ni foule. Cette circulation a continue' pendant la première partie de la messe du sacre, et chaque fois qu'il entrait de nouvelles masses de peuple, le Vivat recommençait. Des médailles d'argent, frappées pour la circonstance', ont etc' jete'es à la multitilude par les he'raults d'armes, du haut d'une estrade établie dans le passage pratique sous le juLe'.

L'archevêque de Reims , retourne' à l'autel, est obligé d'attendre pendant assez long-temps que l'ardeur des acclamations soit calmée. Après avoir entonné le Te Deimi , il reporte à la sacristie le reliquaire de la sainte

' La médaille est du plus petit module ; elle représente le buste de Charles x , avec celte inscription , Carolus x rex Fran~ cicc, et au revers, le moment de son couronnement, avec cette légende , Coronavi favenle Deo suscipit. Une autre médaille , d'un grand module, offre, d'un côté, le portrait du roi en buste, avec cette inscription , Carolus X rex christianissi'mus , et , de l'autre , le moment de sa consécration, avec cette légende, Piex celesti uleo unctus. C'est cette dernière médaille qui a été donnée aux personnes invitées à la cérémonie. Sur toutes deux, l'exergue est Remis XXIX die mail MDCCCXXV. La gravure fait honneur au talent de M. Gayrard.

" Ainsi, le trône représente exactement l'ancien pavois, du haut duquel le souverain exalté jetait lui-même des monnaies au peuple. Il est à désirer que cette forme de distribution soit remplacée par un mode plus régulier, moins tumultueux, moins dangereux et plus décent.

ampoule. Le cantique d'actions de grâces est exe'ciité par les musiciens de la chapelle, sur la partition de M. Lesueur. On j remarque plusieurs inspirations heureuses, de l'élan, de l'énergie, et les cris d'allégresse, appuyant ces mâles accens, en fortifient l'effet.

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