‹ Histoire du sacre de Charles X, dans ses rapports avec les beaux-arts et les libertés publiques de la FranceChapitre 23 sur 32 · MESSE DU SACRE · texte numérisé non relu

MESSE DU SACRE

Imraëdiateraent après le Te Deum , on chante \lntroït. L'archevêque revient avec le cierge assistant , et la grand'messe commence. Pendant qu'on la célèbre au maître-autel, un chapelain de Sa Majesté dit une messe basse au petit autel du trône.

Le Kjrie et le Gloria, chantes en musique, sont de M. Cherubini , auteur de toute la messe , et dont le grand stjle est digne d'une telle solennité. Les plus sublimes beautés de lart se déploient dans ces morceaux. Des masses superbes y contrastent avec les de'tails les plus délicats 3 peut-être même a-t-on à regretter que quelques-uns de ces détails, d'une finesse trop étudiée, se perdent dans l'immensité de la basilique.

Au moment où l'évêque-diacre commence l'évangile, les princes ôtent leurs couronnes, et les cardinaux assistans , leurs mitresj M. le Dauphin va ensuite ôter la couronne à Sa Majesté. Le roi ne pouvant se des-

saisir du sceptre ni de la main de justice tant qu'il est sur le trône, ses mains ne sont pas libres, et pourtant , comme les autres hommes, il doit se découvrir devant Dieu. C'est M. le Dauphin qui lui rend cet office; la couronne est un objet sacre' j celui-là seul a droit d'y mettre la main , qui doit un jour la placer sur sa tête.

Après lëvangile , M. le Dauphin remet au roi la couronne. L'e'vêque-diacre donne le livre des évangiles au grand-aumônier, qui le porte au roi et le lui présente ouvert à baiser.

L'orchestre exécute le Credo, morceau d'un grand caractère, où les intentions si variées du symbole de la foi sont peintes e'nergiquement par la musique. Toutefois, l'étendue du local ferait de'sirer plus d'e'clat dans ces tableaux, et peut-être quelques-unes de ces touches d'instrumens à vent que l'habile compositeur sait si bien employer.

L'offertoire amène une cérémonie imposante. Le roi d'armes et trois he'raults vont prendre les offrandes près de l'autel et les remettent, sur des tavaïollcs', aux quatre chevaliers du Saint-Esprit destines à les porter*.

* On appelle taiaVolle une espèce de nappe en étoffe précieuse, sur laquelle on porte certains objets du culte, tels que le pain bénit dans les grandes fêtes , les châsses des saints , etc.

^ En indiquant la marche du cortège , on a désigné les noms de ces chevaliers et la nature de l'offrande portée par chacun.

Ceux-ci s'avancent au milieu du chœur, montent au trône , et présentent les offrandes au roi. Tous les regards s'attachent avec intérêt sur le duc de la Vaugujon , qui cliancelle sous le poids de l'âge et de l'offrande.

Sa Majesté descend du trône en cortège, et s'avance vers le sanctuaire. Après avoir salué l'autel , elle remet le sceptre à M. le maréchal duc de Dalmatie, et la main de justice à M. le maréchal duc de Trévise; puis elle s'agenouille sur un carreau placé devant l'archevêque, qui est assis sur son siège, le dos tourné à l'autel. Le roi prend les offrandes des mains des chevaliers, et les présente successivement au prélat, en haisant à chaque offrande l'anneau épiscopal. Trois Offertorio de M. Cherubini accompagnent cette cérémonie, l'animeni et la rendent plus pompeuse par la magie d'un art qui colore avec les sons, et qui, semblable à la vie , change et se meut, quand les autres arts demeurent immobiles.

Sa Majesté, ajant repris le sceptre et la main de justice, est remontée à son trône. Jusqu'à la Préface, le peuple avait continué d'entrer dans la nef, et la démonstration de ses transports n'avait été qu'un écho d'acclamations. Mais au Canon de la messe, les portes de l'église se sont refermées ; la circulation a cessé ,

SACRE DE CHAULES X. 2G7

et l'enceinte sacrée est redevenue mystérieuse pour la consommation du plus grand des mystères.

A re'le'vation , la couronne du roi est ôle'e par M. le Dauphin , comme elle l'avait ete' à l'évangile. Ce moment est encore plus auguste, parce que tout y est prosterné devant la majesté divine , comme il sied bien à l'homme de l'être.

Par les chants du Saiictus et de VAgnu.s Dei ^ une musique, qu'on croirait celle des anges, conduit à la be'ne'diction; Tévêque-diacre l'annonce, l'archevêque la donne '.

Alors le grand-maître des cérémonies vient averlii le grand-aumônier d'aller prendre le baiser de paix pour le porter au roi; le grand-aumônier le reçoit de l'archevêque et le porte; le Dauphin et les princes quittent leurs couronnes, et viennent à leur tour le recevoir de Sa Majesté.

Après le Domine Sah'uin^ chanté en faux -bourdon , le roi retourne à lautel. Le Dauphin, ayant quitté sa couronne , ôte encore celle du roi , et Sa Majesté remet de nouveau ses autres insignes à ses deux maréchaux;

' Quand le nonce du pape assiste à une messe solennelle, il a le droit d'y donner la bénédiction au peuple: mais, par un privilège attaché au siège de Reims , l'archevêque , en sa qualité de légat-né du Saint Siège , a de tout temps conservé et exercé ce droit, en présence du nonce pontifical.

elle se rend à son confessionnal , derrière l'autel. Pendant ce temps, on avait pre'parë la sainte table j la nappe de communion est tenue d'un côte par M. le grand-aumônier et M. l'evêque d'Hermopolis , de 1 autre , par- M. le Dauphin et M. le duc d'Orléans. Le roi revient à l'autel, et communie sous les deux espèces".

Toute rassemblée et;t à genoux et dans le plus profond recueillement. Depuis l'instant où Sa Majesté a quitté son trône pour la dernière fois, une marche sacrée, d'un caractère à la fois grave et doux, avait exalté les sentimens pieux dans toutes les âmes, et le génie a bien servi la religion \

Après la communion, le Dauphin vient remettre au

* On distiague entre cette communion et celle qui fut en usage dans l'Eglise d'Orient, pendant les trois premiers siècles. Les fidèles aspiraient le précieux sang avec un chalumeau, tandis que les rois de France le boivent dans le calice , à la manière du prêtre. La communion ecclésiastique leur est accordée deux fois dans leur vie, au sacre et à Tarticle de la mort.

' 11 est temps de payer à tous les musiciens de la Chapelle du Roi un juste tribut d'éloges. Dans un si grand nombre de morceaux si variés de caractère, ils ont montré le plus gTand talent. Si l'on excepte quelques morceaux de plain-chant contre-pointe, sans accompagnement instrumental, où les chanteurs ont quelquefois bronché, faute d'habitude de ce chant d'église, l'exécution a été parfaite , et ce nombreux orchestre , supérieurement conduit par M. Plantade, a soutenu sa haute réputation. La musique française est aujourd'hui la meilleure de l'Europe. Mais prenons garde à nous.

roi sa couronne. Quand Sa Majesté , toujours agenouillée, a prie' pendant quelques inslans, l'archevêque s'approche d'elle et lui ôte la couronne de Charlemagne, qu'il remet à M. le maréchal comte Jourdan , pour la porter devant Sa Majesté j il pose ensuite sur la tête du roi la couronne de diamans. On entonne le psaume Exaudiat, et le prélat apporte le corporal à baiser au roi : c'est là la dernière formalité' religieuse.

Charles x , après avoir repris ses insignes , salue l'autel. Le cortège se leforme , et Sa Majesté s'achemine vers ses appartemens, toujours soutenue à droite par l'archevêque. Des cris de Five le roi partent de chaque tribune , à mesure qu'il passe devant elle. 11 s'arrête quelquefois dans sa marche pour saluer cette élite de la population française; il le fait toujours affectueusement et avec grâce. Lorsqu'il arrive vis-à-vis le trône, tous les drapeaux s'inclinent avec respect, et quand il a disparu au milieu de son corte'ge , sa couronne, qui brille au loin, le fait distinguer encore.

Telle est l'auguste solennité' du couronnement, la même aujourd'hui au fond, presque la même dans la forme qu'au temps de Charlemagne, beaucoup perfectionnée au sacre de Charles x, mais sans être alte're'e, et d'autant plus respectable, que son origine se perd dans la nuit des âges. Celle constance pour les grandes

choses devrait seule nous disculper du reproche de légèreté. La mode n'a point d'empire en France sur ce qui constitue ou intéresse l'héritage des traditions et des souvenirs. Le sacre y est toujours un me'lange de sacerdoce et de chevalerie. L'onction , et par suite de Fonction , la communion sous les deux espèces , la forme sacerdotale des habits royaux, le baisement de l'autel, du livre des e'vangiles ouvert , du corporal, continuent d'y assimiler le monarque à une personne ecclésiastique. Quant à l'investiture des insignes , la forme en est empruntée de la chevalerie j le prince y est, pour ainsi dire, arme roi.

Dire que, dans cette ce'rèmonie, rien n'a manqué, c'est louer par un mot, oii plutôt par un fait, le plan des architectes , dont la disposition a suffi sans embarras à une telle complication de détails; c'est faire encore plus l'éloge de l'ordonnateur général, M. le marquis de Dreux-Brézé, grand-maître des cérémonies j car rien ne prouve mieux avec quelle prévoyance il avait conçu, avec quelle netteté développé, avec quelle précision appliqué son vaste programme.

Le roi était arrivé à huit heures dans la basilique de Reims; il en est sorti à onze heures et demie. On croira sans peine que ce temps s'est écoulé avec une étonnante rapidité. Un étranger, dont les usages sont bien

opposes aux nôtres, et qui , ne' sur les bords africains, a eu en France Tagreable surprise de pouvoir converser dans sa langue avec le premier magistrat de la capitale, Sidi Mahmoud, disait à M. Chabrol de Volvic, en sortant de l'église, que le temps ne lui avait pas paru long.

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