‹ Histoire du sacre de Charles X, dans ses rapports avec les beaux-arts et les libertés publiques de la FranceChapitre 24 sur 32 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Retour du roi à l'archevêché. Description de la couronne. Réception du clergé. Festin royal.

Le roi retourne à l'archevêché' par la galerie couverte. Sa Majesté se remontre au dehors, non plus sous cette e'toffe d'argent si peu digne de la grandeur royale , mais parée de tout ce que le luxe , dirigé par le goût, a pu inventer et réunir de plus somptueux. La couronne surtout attire et fixe les regards. C'est le plus excellent morceau qu'ait produit l'art de mettre en oeuvre la plus précieuse des substances , et le diamant qui la surmonte est lui-même le chef-d'œuvre de la nature fossile.

Ce diamant unique, connu sous le nom de Régent', ornait la couronne de Louis xvi j mais placé au milieu du bandeau , dont il ne servait guère qu'à marquer le devant, il était peu visible , et , pour ainsi dire, absorbé. La couronne de France s'enorgueillissait encore de plusieurs autres brillans célèbres, tels que le Sancy , le

' Il est aussi appelé le Pitt.

SACRE DE CHARLES X. ayS

Miroir de Portugal , les Mazarins, aujourd'hui dispersés ou perdus. Mais ces trésors japidaires ne tiraient presque aucun relief de leur mise en œuvre; leur mélange avec des pierres de toutes couleurs formait une sorte de mésalliance; aussi, quoique la forme de la couronne fût gracieuse et même élégante, la combinaison mal entendue de ses élëmens nuisait à son effet, et lui ôtail une partie de sa valeur. Il faut ajouter que la monture à jour e'tait alors dans l'enfance, et que la joaillerie e'tait presque privée de cette ressource. Cependant, quel art doit plus à la main-d'œuvre que celui-là, puisque sans elle le diamant lui-même ne serait rien ?

Dun autre côté, le roi n'était pas assez riclie en pierres précieuses pour qu'on pût lui composer une couronne entière dans un seul système; on réunissait donc tout ce qu'on avait de pierreries; le rubis , l'émeraude, le saphir, la topaze, les perles s'associaient au diamant par nécessité". Mais Sa Majesté possédant aujourd'hui une collection bien assortie, l'artiste a saisi l'occasion de confectionner un joyau colossal , en se conformant au principe d'unité, qui est la loi de tous les arts. L'artiste est M. Bapst, joaillier de la couronne, dont le talent est depuis long-temps en première ligne.

* La couronne élait démontée après chaque couronnement; on en faisait servir les diamans et les pierres à d'autres usages.

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La couronne de Charles x se compose de diamans et de saphirs d'Orient d'un excellent choix et d'un prix , en quelque sorte , inestimable. Le saphir est , après le diamant , la plus précieuse des pierres gemmes , ou du moins, celle qui a le plus de caractère. Les anciens en ornaient les statues des dieux, et comme il était un attribut de la souveraineté plus qu'une parure de la beauté , Jupiter le revendiquait. Son bleu sévère , d'un ton ferme sans dureté, s'oppose bien à la blancheur adamantine; il en interrompt la brillante monotonie, et loin de former à côté du diamant une bigarrure colorée, il fait valoir celui-ci par le plus riche contraste. D'ailleurs, ces deux couleurs sont celles de l'écu de France, association que la fête de la monarchie devait montrer partout.

La nouvelle couronne est formée d'un cercle d'or qui en constitue le bandeau. Là, sont les principaux saphirs, enchâssés dans des ornemens d'un goût simple, entre deux rangs de beaux chatons. Sur le bord supérieur du bandeau , s'élèvent huit fleurs de lis formées de solitaires d'une grosseur relative à l'étendue de chaque fleuron; c'est une règle adoptée pour la construction de la couronne que les fleurs de lis n'y soient qu'en diamant, pour imiter la blancheur du lis français. Elles alternent avec autant de petites fleurs d'ornement en

Lrillans et en saphirs. Du sommet des fleurs de lis, partent huit branches composées de saphirs et de sohlaires , qu'enchaînent l'un à l'autre des rinceaux de feuillages courans. Ces longues bandes vont en se rëtre'cissant vers le hautj elles s'y recourbent et s'y rapprochent pour fermer la couronne '. Un cercle de forts brillans, embrassant comme un collet les huit branches infléchies , les lie en un faisceau j leurs extrémités se replient en dehors, elles forment, par leur e'panouissement, une espèce de champignon, sur lequel repose, ou plutôt, dans lequel s'implante le superbe ornement terminal. C'est une fleur de lis à quatre faces, dont le compartiment supe'rieur est occupe' par le Régent seul. La grandeur de celle pierre, le travail parfait*de sa taille, la pureté de son eau, sa transparence, la vivacité et l'éclat de son jeu , assignaient au phénix mine'ral la place d'honneur. En effet , il domine la couronne.

Toutes ces pierres sont montées à jour, aussi légèrement que pouvait le permettre et le volume de chaque pierre en particulier et celui de la couronne même. Partout la solidité devait se concilier avec la délicatesse. Plus de cinq mille cinq cents pierres sont adroitement

' Autrefois , la couronne de l'empereur était seule fermée : le diadème du roi était ouvert et évase à sou bord supérieur : c'est François i*' qui ferma le premier la couronne royale.

serties clans un réseau d'or universel ' , dont le tissu délicat, croise en tous sens , rappelle les nervures d'une feuille. La niasse est élastique et tremblante 5 on croirait que les branches se sont naturellement affaissées sous le poids de la fleur de lis te'tragone, et que la couronne doit sa courbure à ce poids; mais on peut la saisir et la manier sans accident. L'art a su faire avec tant de molécules diverses un tout parfait; avec des e'ie'mens rigides, invariables, il est arrive à des proportions régulières, à une forme pure, à un galbe élégant, et la plus grande simplicité s'allie à la plus grande richesse \ Si donc cela est beau , ce n'est pas par cette richesse seule, triste supplément de la beauté comme de la vertu , mais pdt l'emploi qu'on en a su faire.

J'ai long-temps contemple ce chef-d'œuvre; je me suis complu à y voir jaillir la lumière en éclairs rapides , scintiller la couleuf en mobile arc-en-ciel, et par un jeu inattendu , l'iris des diamans se refléter dans le miroir des saphirs; la prairie e'tincelante de rose'e aux premiers rayons du soleil n'est pas plus vive et plus éblouissante. Cependant, la parfaite limpidité des pierres m'a plus

' Dans le poids total de la couronne, qui est de 5 marcs 2 onces et 3 gros, celui des diamans entre pour 2 marcs et i gros. Le Régent seul pèse i36 karats ~.

' Dans le prix total de la couronne, estimée 16 millions, le Régent seul entre pour 12 millions.

c'tonnë que cet éclat 5 on dirait de l'eau solide. Ainsi , le rapprochement entre l'eau et le diamant était sous la main ; mais il n'appartenait qu'à Newton de rapprocher ces deux limpidités par la proprie'te' combustihlc, et de dire, <.< Voilà les corps qui brûlent le mieux , » lorsque cent ans après encore, le reste des hommes ne vojait dans l'un qu'une substance inattaquable au feu , et , dans l'autre, une substance qui l'éteint'.

Sa Majesté, rendue au palais archiépiscopal, traverse, au milieu des dames de la cour et d'une foule de personnes qui ne faisaient point partie du coj te'ge , la salle des Rois. Celte grande pièce gothique, construile en avant de l'archevêché' sur toute sa longueur , et que je n'ai qu'indiquée en le décrivant, va bientôt appeler plus particulièrement notre attention ] elle sera le théâtre d'un des beaux épisodes de la fête, du Festin rojal. En arrivant dans l'intérieur de ses appartemens, le roi, après avoir jeniis son sceptie et sa. main de justice aux

• J'avais fait dessiner et graver cette belle couronne ; mais la gravure au simple trait, quoique traitée avec beaucoup de soin , n'a pu par^^enir à rendre l'effet. D'ailleurs , pour intéresser par un parallèle entre ce dessin et celui de la couronne de Louis xvî , il aurait fallu enluminer les pierres , ce qui sortait de mon plan. J'ai donc supprimé la planche. On se fera une juste idée de cette merveille de la joaillerie, en jetant les yeux sur le portrait du roi, par M. Gérard.

deux maréchaux qui avaient de'jà porte ces insignes, se déshabille en partie; la chemise et les gants qui avaient touche l'onclion sainte, devant être brûles, sont remis à M. le grand-aumônier.

Peu d'inslans après , M. l'archevêque de Reims , tous les prélats invites au sacre et le chapitre métropolitain furent reçus en audience par Sa Majesté. M. le cardinal de Clerraont-Tonnerre, à la tête du cierge', porta la parole en ces termes :

Sire,

(( L'auguste ce're'monie du sacre de Votre Majesté « a répandu la joie et le bonheur dans tous les cœurs « français. Elle est encore le triomphe de la religion.

« Pour la première fois depuis un demi-siècle, cette « religion sainte vient de consacrer , d'une manière so- (( lennelle , les destinées de la France.

« Le digne fils de saint Louis a reçu l'onction sainte « des mains du pontife du Seigneur : Votre Majesté i( a reconquis tout son héritage.

« Le clergé de votre ro yaume , Sire , dont j'ai l'hon- « neur d'être l'organe , a offert au Dieu qui régit les « empires, les vœux les plus ardens pour la prospérité

« du règne de Votre Majesté 11 les exauce, Sire;

M ils sont inspirés par l'amour, le respect, le dévoue-

« ment le plus entier Ils sont formes pour un roi dont

« la foi est aussi vive qu'elle est vraie.

« Votre Majesté veut la religion ; nous la seconde- « rons de tous les efforts d'un zèle prudent et éclaire'.

« Puisse la sagesse de Votre Majesté ne trouver au- « cun obstacle dans l'exe'cution de ses desseins , pour ac- « corder à 1 église de France une bienveillante protec- (( tion que sollicitent les besoins des peuples confies à « notre sollicitude pastorale.

(( Permettez, Sire , à un vieillard que sa longue car- (f rière a placé à la tête de l'épiscopat , de déposer dans « le cœur de Votre Majesté les vœux du sacerdoce « français, qui se confie entièrement dans les senlimens « religieux de Votre Majesté.

« Sire, jebe'nis le Seigneur qui m'a donne' de voir l'a u- « rore des beaux jours de la religion : plus heureux que « les patriarches de l'antique Israël, je puis saluer de « près d'aussi belles espe'ran ces. Pe'netré d'un si conso- « lanl espoir, j'avance avec confiance vers la céleste « patrie qui est le but et le terme des rois et des « sujets. »

Le roi a répondu , entre autres choses : « Tout ce que je ferai pour la religion , je le ferai pour le bonheur de mon peuple. » Ces sages paroles, d'un tact

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exquis, circonscrivent les privilèges de la religion dans les limites delà raison publique; elles montrent l'esprit de discernement uni à l'esprit de tolérance.

La foule des spectateurs avait suivi Sa Majesté dans ses appartemens. Au bout d'une heure , les maîtres des ce're'monies avertirent que la réception était terminée. Le public se retira , et il ne resta plus dans la salle des Rois que les officiers de service et le très-petit nombre de personnes admises à voir le Festin royal.

La salle dont il s'agit a la forme d'un carré long. Primitivement elle avait celle de la lettre ï, ce qui l'avait fait surnommer le Tûcv. A gauche en entrant, s'élève, au fond , une haute cheminée , au dessus de laquelle est la statue de saint Rémi; les portraits de Clovis et de Hugues Capet sont un peu plus bas, à droite et à gauche. Le manteau de celte cheminée est orné de blasons, au milieu de pampres et d'entrelacs gothiques sur un fond fleurdelisé. Ces armoiries sont celles du cardinal Briçonnet, archevêque de Reims, qui fit ajouter cette salle au palais archiépiscopal, en i^QQ- L'écu est surmonté par le chapeau de cardinal, où pendent de chaque côté des cordons à dix houpes, et accolé d'une croix à simple traverse, avec la légende Ditat seivata Jides \

' Le cardinal Briçonnet avait une aulre devise en français , Humilité m'a exalté.

Celte salle, depuis l'ëpoque de sa construction , a toujours servi au banquet rojal , pour lequel on établissait auparavant de vastes appareils en charpente, formant tlieatre dans la cour du palais, car le festin d'apparat est un des ele'mens constitutifs de la cérémonie; il remonte à la première origine.

Imposante par son étendue', plus imposante par ses souvenirs, cette pièce exigeait qu'on lui conservât sa physionomie primitive et son caraclère antique. Guide par ce motif, Thabile restaurateur du palais a repeuple cette enceinte , et des prélats qui l'ont habitée , et des monarques qui l'ont visitée. M. Mazois a mis à profit les dispositions existantes, non pas pour en rétablir intégralement l'ordonnance première, mais pour en faire une des salles gothiques les plus riches et les plus élégantes qu'il soit possible d'imaginer.

Une irrégularité grave déparait ce local. A l'extrémité en face de la cheminée, et d'un seul côté de la porte , se trouvait un contrefort destiné à retenir la poussée d'une voûte de décharge. Ce pilier sans pendant, et dont la masse irrégulière ne se rattachait à rien, faisait disparate. Ici la difformité a donné nais-

' Sa longueur est de 98 pieds , sa largeur de 4^ , sa hauteur de 22 jusqu'à la naissance de la voûte, et de 82 jusqu'à la clef. Le duc de Guise , archevêque de Reims, en avait fait sa salle des «gardes.

sance à une beauté. A l'aide d'une autre saillie sjme'triquement imitée, ce poteau est devenu le soutien d'une magnifique tribune qui a dëcorë le fond de la pièce. Gomme une partie de la cliemine'e en face était bien conservée, ces restes précieux , tout en fournissant les donne'es nécessaires pour la restaurer elle-même et pour l'embellir , ont procure quelques-uns des éle'mens dont on avait besoin pour mettre la tribune en harmonie avec le reste. Gracieuse dans ses formés , légère dans ses détails , agréablement capricieuse dans sa décoration , mais sans être bizarre , entourée d'un balcon de pierre à jour très-ëlegant, cette tribune montrerait seule combien de ressources fbomme de goût peut tirer des difficultés mêmes. Comme tous les ornemens sont trës-dëlicals , leur multiplicité' ne nuit en rien à l'apparence svelte de l'ensemble. C'est bien là le caractère de l'architecture gothique.

Des fenêtres cintre'es éclairent la salle par des vitraux peints. Neuf solives transversales à baguettes d'or servent de tirans ' ; à chacune d'elles sont suspen-

' Ce sont ces poutres récëpées sur place dont il a été parlé à la description de l'archevêché {voir page 91 )• J'ai tâché d'y donner une idée de la restauration par une peinture de la dégradation. J'ajoute ici que cette salle a seule employé cent vingt-cinq milliers de plâtre au moins, c'est-à-dire, plus que toute la province n'en consomme en plusieurs années.

(lus deux lustres qui s'attachent à des viroles d'orj sept lustres plus ëlevës pendent à la voûte même. Cette voûte, ëlance'e en ogive, forme une concavité' immense; peinte en bleu tendie, elle offre l'aspect d'un ciel d'azur parsème' d'e'toiles d'or. Ce firmament est l'ouvrage de M. Mazois.

11 ne fallait pas perdre de vue que la majesté royale serait pre'sente , c'est-à-diie que le système d'embellissement devait prendre un caractère assorti à la grandeur de l'hôte royal. Le beau parti pris à cet e'gard a e'ie' emprunte à l'histoire. Au dessus du soubassement, sont représente's les monarques français signales à notre respect, à notre admiration et à notre amour par les titres de Saint, de Juste , de Grand, de Bon, de Bien- aimé ; les deux Dieudonnés y figurent'. Ces portraits'', qui occupent la longueur de la salle visà-vis des fenêtres, y alternent avec de riches panneaux à fond blanc fleurdelisés en or. Le relief de ces pein-

' Philippe Auguste et Louis xiv.

' Ce sont eux qui ont fait donner à cette pièce le nom de Sal^e des Rois. Ils sont au nombre de quatorze , et chaque tableau a huit pieds de haut sur cinq et demi de large. L'auteur est M. Gosse. Le même artiste a peint avec le même talent, pour le plafond de la chambre à coucher du roi , dans le palais archiépiscopal , un tableau de quatorze pieds sur huit et demi, représentant l'alliance de la Religion, de la Royauté et de la Justice, figurées par des anees.

tures, que j'ai critique dans les portraits mosaïques de l'e'glise', étant motive ici, se trouve à sa place et ne me'rite que des e'ioges. L'exécution en est hardie et brillantej la couleur, viye et fraîche; le mat de la détrempe les fait paraître au premier coup d'oeil comme de belles tapisseries des Gohelins. L'artiste a conserve' à ces rois la physionomie transmise par les monumens. Tout cela est bien entendu, et si l'effet artiel est heureux, l'effet moral ne l'est pas moins. Appelés à ce banquet rojal comme témoins d'une grande solennité, après y avoir ete autrefois acteurs eux-mêmes, ils semblent ajouter à la majesté présente celle des temps passe's, et garantir la gloire du règne qui commence par celle des règnes glorieusement finis.

Au dessus de la corniche , à la naissance de la voûte, règne dans tout le pourtoui- une riche dentelle ornée de médaillons qui représentent en buste seize archevêques. Tous ces prélats ont occupe le sie'ge de Reims. Je ne les passerai point en revue. Mais l'image du cardinal de Tallejrand-Perigord peut-elle ne pas rappeler i| les touchans adieux qu'il adressait à cette me'tropole, en la quittant pour celle de Paris? « Adieu, église de ■ Reims, s'e'criait-il , berceau de la foi des Français j adieu , ville royale et célèbre , témoin de tant de magni-

' Voir la note page i65.

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ficence et de majesté. Puissiez-voiis renaître à la joie, en revoyant l'iierilier de Clovis, de Cliarlemagneet de saint Louis recevoir dans vos murs cette onction sainte , qui, sans rien ajouter à la souveraineté des rois , la rend par la grâce plus favorable aux peuples et moins dangereuse pour les princes ' ! » Le vœu de ce vénérable pontife est accompli.

Au fond de la salle, contre la cheminée, s'élève sur trois marches une estrade recouverte d'un des plus riches lapis qui soient sortis de la manufacture de la Savonnerie, si célèbre par la beauté de ses ouvrages. Le trône du roi, place sur celte estrade , est surmonte d'un dais en velours cramoisi , semé de fleurs de lis d'or et d'ornemens en bosse. A gauche du trône, une tribune tendue en velours et en soie , est destinée à recevoir les princesses , l'étiquette ne leur permettant de prendre part au festin que comme spectatrices.

Devant le trône, est la table du roi, à laquelle doivent s'asseoir M. le Dauphin , M. le duc d'Oj léans et M. le duc de Bourbon.

De chaque côté de la salle, sont quatre tables magnifiquemenl servies , savoir : à droite du trône , la table des ambassadeui s , puis celle des pairs; à gauche , la table des grands-officiers de la couronne, puis celle des députés.

• Mandcmcnl de M. l'archevêque de Paris. ''

Au bas de la salle, vis-à-vis la cheminée, la table des eccle'siastiques termine et clôt la série des tables , en barrant la salle par le travers. Mais comme on avait besoin de laisser un passage libre pour l'entrée et la sortie du roi et de ses convives , cette table avait ële se'pare'e en deux parties sur roulettes , en sorte que , dès que le cortège serait passe , on n'eût qu'à les rapprocher pour les re'unir. Après le repas , elles se rouvrirent , et livrèrent de nouveau le passage au roi et à sa suite.

La table du roi était servie en vermeil j mais la crainte d'élever entre Sa Majesté et les convives une sorte d'obstacle à la vue, avait fait écarter de son couvert les magnifiques surtouts, les candélabres et une | partie de la vaisselle d'or qui devait l'orner. En cela , M. de Cosse mérite des remercîmens. Rien ne devait intercepter les regards de satisfaction et d'amour qu'échangeaient les convives avec l'hôte auguste qui les admettait au banquet de famille, à ce banquet où , pour la première fois , le monarque appelait ses peuples en la personne de leurs députes.

Lorsque Iheure du festin fut arrivée et que les princes, qui s'étaient retires un moment, furent rentre's, le premier maître-d'liôlel du roi alla prendre ses ordres. Alors , le grand-maître des ce're'monies sortit pour aller chercher les députes. Le premier maître-

dliôlel les reçut à la porte de la salle , et les fit placer à leur table, debout et tournés de manière à voir le roi , lors de son passage. On observa le même cérémonial pour les pairs de France et pour les ambassadeurs élrangeis.

Ces dispositions faites , le premier maître-d'hôtel , suivi de tous les officiers de la bouclie et du gobelet , revêtus de leurs riches uniformes , se formèrent en cortège , précédés par la musique des gardes-du-corps , et suivis par douze pages du roi. Ils allèrent chercher dans cet ordre le diner de Sa Majesté , qui fut apporté, suivant l'antique usage, au bruit des fanfares '.

Quand le dîner fut servi , le cortège alla chercher le le roi et les princes , au son d'une musique militaire. Sa Majesté était en costume rojal, la couronne de diamans sur la lêtej et comme ce costume rappelait en beaucoup de points celui du temps de François i^i, ou eût (Ht le Père des lettres dans une salle du palais de

* Autrefois, les plus grands seigneurs de la cour, montés sur des chevaux couverts de drap d'or, aidaient à porter les mets el à les poser sur la table. Ce service équestre s'explique par la disposition du banquet, qui était exhaussé sur une espèce de théâtre. Une autre coutume singulière était de faire des pains bis de la grandeur d'une assiette; les convives du Festin royal en faisaient usage en guise d'assiettes, et à mesure qu'on desservait, ces pains étaient distribués aux pauvres.

Fontainebleau. Salue en passant par les députes, par les pairs et les ambassadeurs , elle se plaça sur son trône. Les insignes royaux furent dëpose's sur la table , qui fut servie par les grands-officiers et officiers de Tbôtel. Les marecbaux de France étaient debout près du roi.

Le premier aumônier récita le Benedicite , puis il alla prendre place à la table des eccle'siastiques 5 les grands-officiers de la couronne se placèrent aussi à celle qui leur était destinée.

Les princes avaient sur la tête la couronne ducale en or ' ; tous les convives étaient assis et couverts ; les cardinaux, arcbevêques et evêques, en chape et en mitre. Aux extrémités de la table e'piscopale, deux acolytes portaient, l'un la crosse, et l'autre la croix de l'arclievêque de Reims.

Pendant le premier service, l'orcliestre fit entendre les airs les plus mélodieux, et presque tous pris dans les tlièmes nationaux et populaires les plus analogues à 1 la circonstance. Cette sorte de musique allégorique, en rapport avec les sentimens de cbacun , avait infiniment de charme. -à

Il n'y eut deux services qu'à la table du roi ; le second fut apporté avec les mêmes cérémonies que le premier.

On ne saurait décrire la majesté de ce banquet,

* Autrefois , les six pairs laïcs étaient ainsi couronnés.

moins remarquable encore par la porcelaine, l'argenterie , le vermeil , riches produits de nos arts et de notre industrie, que par l'ordre admirable du service. L'ordre est une magnificence , a dit Jean-Jacques Rousseau. Cette belle ce're'monie le prouvait.

Le repas dura une demi-heure. Le premier maîtred'hôtel aj'ant pris les ordres du roi , une fanfare annonça la fin du banquet. Un des maîtres-dhôtel était venu chercher à sa table M. l'archevêque de Reims j ce pre'lat récita les grâces au roi, après que l'aumônier de service et M. le Dauphin eurent présente' à laver à Sa Majesté '.

Le roi descendit de son trône aux cris de T'ive le roi! En se retirant , il s'arrêta devant chaque table , salua les convives, et leur adressa de ces paroles aimables qu'il sait si bien dire , et qui ont tant de prix quand elles s'e'chappent d'une bouche royale.

Jamais ce're'monie semblable n'eut plus de vraie dignité. C'était la première fois que les distinctions he're'dilaires de castes disparaissaient en se confondant avec les distinctions de l'Etat, les seules qui soient un appui

' L'aumônier, qui était M. l'abbé de la Cbapelle , directeur des affaires ecclésiastiques au ministère des cultes, présenta au roi une serviette mouillée sur un plat d'or, et M. le Daupbin lui présenta une serviette scclie , pour s'essuyer les mains.

2go SACRE DE CHARLES X.

solide et constant pour le trône, parce qu'elles ne sont rien sans lui ; c'était la première fois que le peuple français voyait s'asseoir à côte de son roi les de'posiîaires de sa liberté' Ic'gale, devenus les interprètes de son amour. Aussi , jamais roi de France ne parut dans cette occasion, comme dans toutes les ce're'monies du sacre, plus grand ni plus puissant que Charles x j car presque toutes ces ce're'monies furent des solennite's imposantes, parce qu'aucune classe de la société' n'en fut exclue ou îsok'cj la société tout entière était là, dans ses sommite's comme dans ses suLdivisions : je ne crains pas de le re'pèter, sûr de faire plaisir à tous les Français; c'e'lait une fête de la grande famille, une véritable fête de la France'.

' Les aris sont donc là dans leur vrai domaine. Indépendamment du tableau du Sacre, commandé par le roi à son premier peintre , il doit paraître une collection de peintures représentant ' les principales cérémonies. Voici la liste des sujets et les noms

des artistes :

MM

ies deuii. cardinaux venant chercher le roi.. Chabord.

Le roi se rendant à Vci^Usc Leniaslc.

Le Serment Délavai.

La Consécration Gaillot.

Le Couronnement Debuffe.

L'Intronisation Tliomas.

Les Offrandes Champmartin.

La Communion Rouget.

Le Festin royal Souchon.

Cette entreprise est dirigée par MM, James Vere et Lemasle.

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