‹ Histoire du sacre de Charles X, dans ses rapports avec les beaux-arts et les libertés publiques de la FranceChapitre 25 sur 32 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Réception du corps diplomatique. Cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit.

Le lendemain 3o mai , à dix heures du matin , MM. les ambassadeurs et ministres étrangers ont ete' admis à faire leur cour au roi et à la famille royale. Dans cette réunion , M. le nonce apostolique a complimenté le roi en ces termes , au nom du corps diplomatique :

Sire,

(( Le corps diplomatique , encore ému de l'auguste « cérémonie dont il vient d'être témoin , et de tous les « souvenirs qu'elle rappelle , s'empresse d'offrir à Vo- « TRE Majesté l'hommage de ses félicitations.

« Après de longues traverses, suivies d'événemens si « merveilleux , que vainement on s'efforcerait de les « expliquer par des causes purement humaines , un des (( rois vos prédécesseurs reçut dans cette antique cité a l'onction sainte , qui avait coulé sur le front de « Clovis.

2g3 SACRE DE CHARLES X.

(f Eprouve, Sire, par des infortunes plus grandes, c( mais qui n'ébranlèrent jamais votre âme royale, la « Providence vous a conduit d'une manière non moins « merveilleuse au pied du même autel où Charles vu cr ressaisit cette glorieuse couronne dont vos vertus « relèvent encore Tëclat.

(( En voyant la religion , qui seule affermit les {( trônes , consacrer les commencemens de votre règne, (( l'Europe partage les espe'ranccs que la France en a <( conçues , en même temps qu'elle forme avec elle les H vœnx les plus ardens pour le honlieur de Votre « Majesté, inséparable de la félicité publique, qui « trouve. Sire, la plus sûre garantie dans votre sa- « gesse, votre bonté et votre caractère. »

Le roi a répondu :

« Monsieur le nonce , dans une circonstance si inté- « ressante pour la religion et pour la monarchie, je suis (( heureux de me voir entouré par les représentans de « tous les souverains de l'Europe. Je suis très-sensible « à tout ce que vous venez de me dire au nom du corps « diplomatique. J'ai la ferme confiance que cette au- « guste cérémonie profitera au bonheur de mon pcu- « pie, et je ierai tous mes efforts pour maintenir la « paix et laccord qui régnent heureusement parmi

SACRE DE CHARLES X. agS

« toutes les puissances. J'espère que Dieu Le'nira mes " efforts. Nous ne pouvons rien sans lui. Messieurs, (f faites savoir, je vous prie , à vos maîtres, les sentier mens dont je suis anime', et ma reconnaissance pour f< la part qu'ils ont prise à mon sacre, m

Le même jour, à une heure après midi, ont ete ce'le'Lre'es les ce're'monies de l'ordre du Saint-Esprit, qui ont lieu le lendemain ou le surlendemain du sacre. Elles consistent dans la re'ception solennelle des chevaliers nomme's ante'rieuremenl par le roi.

Dès onze heures du matin , les personnes munies de billets, la plupart en grande tenue, altcndaient aux portes lale'ralcs; la foule est devenue si considérable à midi, au moment où les portes se sont ouvertes , qu'on a eu quelque peine à la contenir. On s'était montre' moins rigoureux que la veille sur le costume, et beaucoup de curieux sont entres en habit bouigeois.

La cathédrale pre'sentait à peu près le même aspect que le jour du sacre. Il y avait eu seulement quelques modifications dans les dispositions inte'rieures. Le trône avait été descendu du jubé et placé au milieu du chœur. Un second trône, où devait se faire la réception des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, s'élevait dans le sanc-

tuaire à gauche sur une estrade de trois marches, devant les gradins occupes par MM. les députes. Le dais , qui , le jour du sacre , était suspendu au milieu du sanctuaire devant l'autel , était aujourd'hui attaché à la voûte de la croix de l'église , au dessus du fauteuil de Sa Majesté. A droite du fauteuil du roi, sur deux tables couvertes de velours cramoisi fleurdelisé , étaient posés sur des carreaux de velours les insignes de l'ordre du Saint-Esprit. A gauche , au bas de l'estrade était la table sur laquelle les chevaliers devaient signer leurs sermens. Vis-à-vis du fauteuil du roi, de l'autre côté de la croix, était le fauteuil de l'archevêque de Reims.

Une frise avait été placée au dessus de la ligne des stalles hautes du chœur, offrant alternativement, dans des compartimens gothiques, la plaque du Saint-Esprit et le blason de chaque chevalier, dont la place se trouvait ainsi désignée. Les deux trônes, leurs dais, les stalles hautes et basses, les marches de l'autel, étaient revêtues de soie verte, ornée des emblèmes des ordres, brodés en or.

La cérémonie de l'ordre du Saint-Esprit a été précédée de la réception des chevaliers non reçus dans l'ordre de Saint-Michel j car il faut être membre de celui-ci pour pouvoir faire partie de l'autre. Cette réception avait été faite au palais archiépiscopal, par M. le

Dauphin , assiste tîe M. le duc d'Oile'ans et de M. le duc de Bourbon. En voici sommaireraent le ce're'monial.

Les chevaliers non reçus se sont rassembles dans la grande salle qui précède les appartemcns du roi , en costume de l'ordre, mais sans autre insii^ne que la croix brodée en paillettes d'argent, qu'ils conservent au côte' gauche de l'habit par devant, et sur le même côte du manteau par derrière.

M. le Dauphin s'etant place dans un fauteuil en avant du dais du roi. Son Altesse Royale a ëte' aussitôt entourée des princes du sang, des deux plus anciens chevaliers de Saint-Michel et des grands officiers. Les récipiendaires ont forme un cercle devant elle et à quelque distance.

Le herault d'armes a fait l'appel des nouveaux chevaliers, six par six. M. le Dauphin s'est levé; il a ôté son chapeau et l'a remis, a tire' son cpde, puis il en a successivement frappe sur les deux e'paules chaque récipiendaire agenouille, en disant : ^a nom du roi, de par saint Georges et saint Michel , je vous fais chevalier. Il a ensuite donne' l'accolade à chaque chevalier, qui, se relevant, lui a fait une profonde révérence et s'est retire.

La re'ception termine'e, M. le Dauphin, précède' des princes du sang , de tous les chevaliers et des grands et

petits officiers , s'est rendu processionnellement clans le cabinet du roi, pour y attendre Sa Majesté et l'accompagner à la cathe'drale.

A une heure, la marche processionnelle de l'ordre du Saint-Esprit s'est faite par la grande galerie couverte, dans l'ordre suivant :

L'huissier des ordres, seul en avant;

Le he'rault seul, derrière;

M. le marquis d'Aguesseau, grand-pre'vôt , maître des ce're'monies de l'ordre, ajant à sa droite M. le comte Desèze, commandeur grand-tre'soricr , et à sa gauche M. le marquis de Villedeuil, commandeur, secrétaire des ordres ;

Le chancelier seul.

Suivent deux colonnes de chevaliers :

Colonne à droite. Colonne à gauche.

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