‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 10 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

loi de l’arcane défendait de divulguer par leur propre nom, et plus spécialement le baptème. On en faisait surtout mention quand le défunt avait reçu ce sacrement peu de temps avant sa mort : c'était pour les parents une consolation suprême de constater que celui qu'ils regrettaient avait quitté la vie dans l’innocence baptismale. Cette sorte d'expression est plus rare dans les écrits des Pères qui n'étaient pas obligés à tant de ménagements; saint Cyprien se sert du mot consequi pour dire qu'on peut baptiser sans retard celui qui manifeste véritablement sa foi.

ARTICLE II

Des Acceptions détournées du mot Baptème

Le mot baptême se prend parfois dans le sens de christianisme parce qu'il en est la marque indélébile. On a appliqué aussi ce nom à la grâce dont nous revêt ce sacrement (1).

Les théologiens donnent le nom de baptême laborieux à la pénitence, parce que ce sacrement, en nous délivrant de la peine éternelle, nous laisse toujours une expiation temporelle à subir, ce qui n’a pas lieu dans le baptême d’eau, où la rémission des péchés entraîne avec elle l'abolition de toutes les peines qui lui étaient dues. Cette expression employée par le concile de Trente a donné lieu à de nombreux commentaires, et il est arrivé parfois que dans certains catalogues que nous nous abstiendrons de désigner (2), on a étourdiment classé ces livres de controverse pénitentielle sous la rubrique du sacrement de Baptême.

Les sens détournés de ce mot sont surtout employés pour désigner certaines cérémonies religieuses ou profanes qui ont quelque analogie réelle ou apparente avec l’un des rites du sacrement. Nous dirons donc ici quelques mots du baptême de la profession religieuse, du baptême

(1) C’est en ce sens que Fortunat dit (Vita S. Martini, 1. Il) :

Qui male polluerint lavacri venerabilis undam Et sua perdiderunt baptismata, crimine mersi.

(2) Il en est ainsi dans le Catalogue manuscrit d’une des plus importantes bibliothèques de Paris.

de la croix, des cloches, des agnus, des navires, de la ligne et du tropique, etc.

BAPTÈME DE LA PROFESSION RELIGIEUSE. — Les scolastiques ont souvent donné le nom de baptême et plus ordinairement de second baptême à la profession religieuse, en raison de certaines ressemblances qu’explique ainsi saint Bernard, dans son livre des Commandements et des dispenses : « Vous désirez savoir pourquoi, parmi les divers états de pénitence, celui de la religion a mérité le privilège d’être appelé un second baptême. C'est,selon moi, parce qu'on y renonce entièrement au monde et qu’on y pratique par excellence les obligations de la vie spirituelle. Cet état incomparablement élevé au-dessus detous les autres, rend ceux qui l’embrassent et qui l’aiment bien différents des autres hommes et semblables aux anges ; car il retrace dans l’homme l’image de Dieu et reproduit en lui la figure de Jésus-Christ, comme fait le baptême. Nous sommes alors comme baptisés de nouveau, parce quela mortification nous revêt une seconde fois de Jésus-Christ et que nous sommes entés en lui dans la ressemblance de sa mort. Parle baptême, nous sommes arrachés à la puissance des ténèbres et introduits dans le royaume de la lumière; par la profession religieuse, seconde renaissance, nous sortons des ténèbres, non pas du péché originel, mais des péchés actuels, pour entrer dans la lumière des vertus, vérifiant ainsi en nous cette parole de lPApôtre : La nuit a précédé et le jour est venu. »

BAPTÈME DE LA CROIX. — En Orient, on donne ce nom à l'immersion de la croix qu’on fait, soit la veille de l’Épiphanie, soit à une autre date, pour la bénédiction solennelle de l’eau. Cette expression semble venir de l’antienne qu'on chante pendant cette cérémonie (1).

Chardin (2) raconte en ces termes les cérémonies du cacha chouran ou baptême de la croix chez les Arméniens :

« Je fais mention de cette fête parce que les Persans y assistent en foule partout où elle se solennise, et parce qu'ils la solennisent euxmêmes et qu'ils la marquent dans leurs almanachs. Quelques-uns de leurs critiques prétendent que c’est en imitation d’une fête des Guèbres qui sont les restes des anciens Perses, laquelle s'appelait abhirtean,

(a) Baptizatur Christus et sanctificatur omnis mundus... Baptizat miles regem, servus dominum suum, Joannes Salvatorem suum. (Pontifical. Rom. in pervigil. Epiphan.) (2) Voyage en Perse, t. IV, p. 190.

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