‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 11 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

c'est-à-dire la fête de l’eau lustrale. Les Arméniens m’avaient invité à la cérémonie ; voici comme elle se fit. On la célébra dans le monastère de Joulfa qui est la colonie des Arméniens, où l'évêque demeure avec douze ou quatorze vertabiets ou moines de l’ordre de Saint- Basile, d’entre lesquels les moines sont toujours choisis. Il y a‘dans la cour du monastère, au devant de l’église, un réservoir ou bassin d’eau carré, creux de cinq pieds et de huit à neuf de diamètre. On avait posé au milieu, sur un trépied haut de vingt pouces au-dessus de la surface, une fort grande chaudière pleine d’eau. L'évêque, après avoir célébré le service dans l'église, étant revêtu de ses ornements pontificaux, suivi des moines du couvent et de plusieurs autres ecclésiastiques revêtus des habits avec lesquels ils officient, et précédé de la croix, de plusieurs bannières, de plusieurs torches, vint faire trois fois le tour du bassin, chantant, et toute sa suite aussi, mais assez bas et sans - accord. Les ecclésiastiques qui le suivaient tenaient, les uns des petites croix à la main, d’autres des livres, d’autres des bassins de laiton qui sont des instruments pour la musique, dont on touche l'un contre l’autre. Après cette procession de trois tours, l'évêque se mit dans sa chaire qui était posée sur le bord du bassin, et vis-à-vis de la porte de l'église : il ÿ demeura assurément deux grosses heures, à lire et à chanter à diverses reprises; après quoi il se leva, il approcha de la chaudière, trempa et retrempa plusieurs fois dedans une croix d'argent qu’il tenait à la main, puis, à la fin, après une briève oraison qu'il fit d’une voix plus élevée que le reste, il trempa encore la croix dans la chaudière, et les Arméniens qui étaient là autour, au nombre de plus de deux cents, se jetèrent dessus, les uns pour se laver le visage ou les mains, les autres pour y tremper leurs mouchoirs, d’autres pour en emporter de l’eau ; ils se mirent à s’en jeter les uns aux autres, comme pour s’asperger, et enfin ils renversèrent la chaudière; et c’est où la joie et les cris redoublèrent. Ce fut la fin de la fête, et, quoiqu'elle fût achevée dès huit heures, il y avait un grand concours de peuple persan, gens de qualité et autres, poussés de curiosité et de l'espérance de se divertir ; ils ne furent pas trompés, et ils s’en retournèrent plus divertis que nous autres chrétiens ne fûmes édifiés. Ce baptême de la croix se fait dans toutes les églises arméniennes, avant le jour aussi. On l’administre quelquefois sur le bord de la rivière ou des étangs ou des ruisseaux, quand il ne fait pas trop froid. »

BAPTÈME DES CLOCHES. — Les protestants qui défigurent si facilement

les doctrines catholiques, en prétendant les exposer, nous reprochent de conférer un sacrement à des objets inanimés ou tout au moins de profaner le nom de baptême en le donnant à la consécration des cloches (1). Il leur a été péremptoirement répondu que ce terme impropre et populaire n’a ici que le sens de bénédiction et que jamais la liturgie catholique n’y a attaché une idée sacramentelle: Il n’est pas étonnant que, par analogie, on ait vulgairement appliqué le nom de baptême à à une cérémonie qui rappelle plusieurs rites matériels de l’ablution régénératrice, sans en avoir la même signification mystique. Les lotions d’eau bénite n’ont pas d’autre but que de sanctifier l'instrument qui doit être la voix de l'Église pour proclamer toutes les émotions religieuses de la vie ou dela mort ; les onctions et les signes de croix ne constituent qu’une dédicace comme celles qu’on fait de nos temples pour les consacrer-au service de Dieu; les noms qu’on leur impose les placent, comme les églises et les autels, sous l’invocation protectrice d’un saint; les parrains et les marraines sont les représentants des fidèles qui font offrande à Dieu de ces voix d’airain, destinées à donner le signal de la prière; enfin les étoffes blanches dont on les revêt, comme les néophytes, ne sont qu’une marque de ne pour le saint chrême.

M. P. Lacroix (2) dit à tort que «la consécration des cloches ne paraît pas remonter au delà du xiv° siècle», Baronius en place l’origine au x°, en disant que le pape Jean XIII aurait donné le premier exemple de cet usage, lorsqu'il conféra son propre nom à une cloche de Saint- Jean de Latran ; mais cette institution est plus ancienne, puisqu'il en est question dans des documents des vini° etix° siècles, comme les Capitulaires de Charlemagne, le Sacramentaire de Gellonne, le Pontifical d'Egbert, et dans l'Ordre romain publié par Melchior Hittorp, où le cardinal Galli a reconnu le style de Léon le Grand.

En ce qui concerne l’expression populaire de baptême des cloches, elle a passé de très bonne heure dans les écrits des hagiographes (3), des liturgistes (4) et même parfois dans le langage officiel de l Église, puisqu'elle apparaît dans l’ancien Ordre romain. C’est probablement pour réagir contre les superstitions populaires qui pouvaient assimiler

(1) Wolf, Lect. memor., cent. 16; Sleidan, Comment. 1. XXI, p. 388; Bingham, Orig. ECLIES RAIN MER IE CAT 2 Schreites p. 165.

(2) Le Moyen äge et la Renaissance, article Superstitions.

(3) Vit. ven. Anno ap. Act. SS, bened., t. VIL, p. 361; Vita S. Maxim., ibid. t. I

(4) Guillaume Durand, Etienne Duranti, etc.

Page 1