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LIVRE IV.— DE LA MATIÈRE DU SACRÉMENT DE BAPTÊME

« il est néanmoins des localités où l’on se dispense de cette sage pré- « caution ; il peut en résulter des malheurs que l’on aurait à déplorer. « Un de ces funestes accidents, récemment constaté, vient de m'être « signalé. Je me crois donc obligé, Monseigneur, par d'aussi graves « motifs, de réclamer l'intervention de votre autorité auprès de MM. les « curés et desservants de votre diocèse, pour qu’au moins, pendant la « saison rigoureuse de l’année, ils soient attentifs à n’employer que de. « l’eau tiède dans la cérémonie du baptème. Vous jugerez sans doute « convenable de leur en faire une obligation rigoureuse : l'humanité « et la religion elle-même la leur imposent. Il vous sera facile, Monsei- « gneur, de leur faire comprendre l'étendue de la responsabilité qu’une « négligence en matière aussi grave ferait peser sur eux aux yeux des « familles et de la société entière. »

Presque tous les Orientaux, par là même qu’ils baptisent par immersion, se trouvent obligés, par précaution, de faire chauffer l’eau. En Grèce, tandis qu’elle tiédit, les parents y jettent des plantes aromatiques. Un synode d’Amathonte, dans l’île de Chypre, a voulu même faire une quasi-obligation de l’eau chauffée. « Il ne faut point, y est-il dit, baptiser dans de l’eau froide, mais dans de l’eau chaude, parce qu’elle exprime mieux la ferveur de la grâce qu’on reçoit au baptême. Toutefois, en cas de nécessité, on peut se servir d’eau froide. » Quelques Orientaux ignorants ont conclu de là que le baptême par eau chaude est meilleur que l’autre et qu’il confère plus de grâces (1).

Au xvir siècle, les Russes se seraient fait scrupule de faire chauffer l’eau sur le feu; ils se contentaient, surtout pour les enfants malades, de la laisser dégourdir dans un endroit chaud (2). Chez les Maronites, le prêtre prend de l’eau chaude de la main droite, de l’eau froide avec la gauche, et 1l les mêle dans un bassin, en prononçant cette invocation : « Mêlez ces eaux, Seigneur, selon nos humbles prières, par la vertu et l'opération de votre Esprit-Saint (3). ».

Si le mélange d’eau chaude avec l’eau froide n’a jamais été considéré comme une altération, il n’en est pas de même des substances étrangères qu'on mettrait en dissolution dans l’eau, bénite ou non, et qui la dépasserait en quantité. Aussi a-t-on universellement blâmé Richard de Mediavilla (4) de ce qu’il considérait comme matière valide

(1) Gabriel Antoine, De Bapt., Appendix.

(2) Jovet, Hist. des Rel., nu, 55.

(3) Assemani, Cod. liturg., 1. II, c. v, p. 218.

(4) Cardinal de Lauria, 7n IV, disp. XII, art, 2, n, ro.

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du baptême, de l’eau gravement altérée (1). Mais quel est le point précis où l’altération cesse d’être tolérable et devient grave ? c’est là une question pratique souvent difficile à résoudre et dont nous citerons plus loin quelques exemples en parlant des matières douteuses. En 1770, des missionnaires d'Afrique consultèrent le Saint-Siège pour savoir s’ils pouvaient déguiser leur baptême aux yeux de populations hostiles, en se servant pour les enfants moribonds d’une eau mêlée de parfums odoriférants, laquelle serait considérée comme un remède : la Congrégation du Saint-Office répondit qu’on pouvait en agir ainsi, pourvu que l'addition des parfums ne changeât point la substance de l'eau, et que cette composition fût versée sur la tête ou quelque partie du corps et non point administrée seulement comme breuvage (1). Quelques théologiens ont posé le cas assez chimérique de savoir si l’on peut, en l’absence de tout autre liquide valide, baptiser un enfant avec une eau mélangée de poison, dont le contact lui donnerait la mort. On le peut et on le doit faire, d'après Van den Broec, parce que la vie de l'âme est préférable à celle du corps; mais cette opinion est rejetée par presque tous les autres théologiens (2).

" De l’Eau bénite.

L'eau naturelle suffit pour la validité du baptême, mais l'Église a voulu la bénir afin d'inspirer un plus grand respect pour la dignité du sacrement, et aussi pour chasser de cet élément, qui doit servir de canal au Saint-Esprit, les influences perfides du démon qui, dans son triomphe sur l’homme déchu, a conquis de si funestes pouvoirs sur toute la nature. « Les créatures de Dieu, nous dit le Livre de la Sagesse (xiv, 11), sont devenues un objet d’abomination, un sujet de tentation pour les hommes et un piège pour les pas des insensés. » Cette eau, qui participe aux souillures d’une nature corrompue, l’Église, par ses exorcismes, la délivre de son assujettissement aux puissances infernales : elle la sanctifie par ses bénédictions, elle la consacre par ses prières, elle lui communique des vertus particulières qui en font une source féconde de grâces. « Un fait qui nous frappe, dit le cardinal Wise-

(1) Analecta jur. pont., 8 série, p. 1577.

(2) Scot, Gabriel, Soto, Ledesmius, Tolet, etc.

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