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LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÊME

man (1), c’est la grandeur avec laquelle l’Église traite dans ses prières

solennelles toutes les substances visibles ou sensibles, pénétrant leurs

qualités diverses, tirant de là un fonds extrêmement riche d’allusions et d'applications mystiques. Ellesemble croire la nature entière si capable de venir en aide à la grâce, le monde extérieur si soumis au monde spirituel; elle voit si nettement Dieu, son créateur et bienfaiteur, dans

toutes les qualités des choses; elle trouve de si forts motifs d’une reli-

gieuse reconnaissance en toute réglementation des lois de la nature” qu’elle semble vraiment, en rattachant cette sphère inférieure à la foi,

la transporter dans une région plus pure et plus haute où la lumière

divine est elle-même le soleil qui échauffe et fertilise, qui donne la vie et la croissance. »

L'eau bénite a été parfois appelée eau lusirale, eau d’expiation, eau de purification, eau de sanctification, eau d’aspersion, eau exorcisée, eau baptismale, eau sainte, eau sanctfiée, etc. On en distingue de trois sortes : 1° l’eau bénite ordinaire qui sert pour l’aspersion des fidèles et divers autres usages; 2° l’eau grégorienne, bénite par l’évêque pour la consécration d’une église ou d’un autel et pour la réconciliation d’une église ; 3° l’eau baptismale, conservée dans les fonts, après qu’elle a été bénite aux veilles de Pâques et de la Pentecôte. C’est uniquement de cette dernière eau que nous devons nous occuper, pour constater son origine, interroger la tradition, étudier les rites de la bénédiction des fonts, et pour recueillir les témoignages des siècles écoulés sur la nécessité liturgique de l’eau bénite.

Les Protestants qui réprouvent notre usage de l’eau bénite lui ont assigné des origines païennes ou hétérodoxes ; les uns, comme Beausobre, en font une invention des Valentiniens; les autres, comme Bingham, n’y voient qu'une continuation d’un rite superstitieux des paiens. Que l'Église, en instituant la bénédiction de l’eau, ait voulu transformer et sanctifier une coutume antique du polythéisme, nous ne voudrions pas le nier, puisque cet emprunt serait conforme à l'esprit qui l’a dirigée dans beaucoup d'autres institutions. Mais nous devons faire remarquer que l'Ancien Testament nous offre des rites analogues. Le Livre des Nombres {x1x) donne de minutieux détails sur la compos sition de l’eau d’expiation, dans laquelle on trempait de l’hysope, pour asperger et purifier ceux qui étaient souillés de certaines impuretés légales. D'autre part, nous lisons dans le Livre des Rois que les habi-

(1) Mélanges, Ie part,

tants de Jéricho allèrent trouver le prophète Élisée et lui dirent : « Seigneur, les eaux de nos parages sont mauvaises et la terre y est stérile. » Elisée leur répondit : « Apportez-moi un vase tout neuf et rempli de sel. » Et lorsqu'ils le lui eurent apporté, il alla à la fontaine et, ayant jeté le sel dans l’eau, il dit: « Voici la parole du Seigneur : J'ai rendu ces eaux saines, et il n’y aura plus en elles à l’avenir de cause

.de mort et de stérilité. » Et aussitôt, ajoute la sainte Écriture, ces eaux devinrent saines. Il est d'autant plus probable que le souvenir de ce miracle a pu influer sur l’institution chrétienne, qu’il est rappelé dans les prières de la bénédiction des fonts. Mais à quelle époque de notre ère faut-il faire remonter cette bénédiction liturgique ? Laïissons de côté l'opinion de quelques écrivains du moyen âge qui l’attribuent à Jésus- Christ lui-même, hypothèse sans fondement, qu’a parfois traduite le ciseau naïf des sculpteurs, dans les fonts de Pont-à-Mousson, par exemple, où le Sauveur bénit de la main droite les eaux du Jourdain. La plupart des écrivains catholiques, tout en reconnaissant que les formules en usage aujourd’hui ne datent guère que du vi ou vu siècle, croient que l'institution fondamentale remonte aux Apôtres (1) et qu’il faut même, d'après les Constitutions attribuées à saint Clément, en faire honneur à l’apôtre saint Matthieu (2). Disons tout de suite qu’il faut faire ici une substitution de nom : car le cardinal Pitra a démontré (3), d’après l’examen des plus anciens textes, que ces Constitutions apostoliques attribuent la formule de la bénédiction de l’eau, non pas à l’évangéliste saint Matthieu, mais à saint Mathias qui fut élu apôtre à la place de Judas. D’autres érudits croient, comme Walafrid Strabon (4), que ce rite fut institué par le pape Alexandre I#, martyrisé en l'an 119. Enfin, la plupart des historiens protestants le rejettent au iv° ou au y° siècle.

La question serait bien vite tranchée, s’il était avéré que les Constitutions apostoliques datent en effet du temps des apôtres; mais d’après les critiques les plus autorisés, ce recueil n’a été rédigé qu’au 1v° ou v® siècle. Il contient tout à la fois des règlements liturgiques de cette époque et des dispositions plus anciennes dont beaucoup remontent

(1) Baronius, ann. 155; Bellarm., De Cult. Sanct., 1. II, c. 1x; Baillet, Fétes mobiles, 1, 364; Collin, Zraité de l'Eau bénite, c. v. * (2) Marsilius Columna, Hy-dragiologia, sect, I, c. 113 P. Carli , Bibl. liturg., v° Aqua bened.

(3) Juris eccles. grec. Hist. et Mon., t. I, p. 62.

4) Tract, de reb. eccles., c. xxix. à à

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