LIVRE IV. = DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
Cujus Christe rector alme Plebis vota suscipe, __ Qui plasmasti protoplastum ° Et genus gigantium.
Mitte sanctum nunc amborum Spiritus Paraclitum
In hanc plebem, quam recentem Fons baptismi parturit.
Hac interna fontis hujus Sacratum mysterium Qui profluxit cum cruore Sacro Christi corpore.
Et lætetur mater sancta Tota nunc Ecclesia Et profectus renascentis Tantæ multitudinis.
Præsta Patris atque Nati Compar Sancte Spiritus, Ut te solum semper omni Diligamus tempore.
Rex sanctorum angelorum, Totum mundum adjuva.
Ora primum tu pro nobis Virgo mater Germinis,
Et ministri Patris summi, Ordines angelici.
Autrefois, quand la procession se mettait en marche vers les tonts, sept sous-diacres s’y trouvaient déjà et, pendant les lectures prophétiques, avaient chanté les litanies septénaires, instituées par saint Grégoire le Grand. Elles étaient ainsi appelées parce que, du temps de ce pontife, les assistants étaient partagés en sept chœurs. Chaque invocation était chantée successivement : 1° par le clergé ; 2° par les abbés et leurs moines ; 3° par les abbesses et leurs moniales ; 4° par les enfants; 5° par les jeunes gens et les hommes célibataires ; 6° par les veuves; 7° par les personnes mariées (1). Plus tard, ces invocations furent reprises trois, cinq ou sept fois par deux chœurs. Depuis longtemps, on se borne à faire répéter par le chœur des fidèles le chant du clergé. L'usage le plus ordinaire, aux xr° et xn° siècles, était de commencer la procession par la litanie septénaire, de chanter la
(1) Walafrid Strabo, De reb, eccles., c. xxVIIr,
litanie quinaire après la bénédiction et de terminer, en revenant au chœur, par la litanie fernaire. Honoré d’Autun (1) explique ainsi le symbolisme de ces trois modes : « On répète sept fois les litanies pour demander au Saint-Esprit de faire descendre ses sept dons dans les fonts sacrés. On les répète cinq fois pendant qu’on baptise les catéchumènes, afin qu’il plaise à Dieu de préserver leurs cinq sens, en sorte qu'ils ne soient pas corrompus par les plaisirs du siècle. Enfin on les redit trois fois après le baptême, afin que les néophytes gardent de tout leur cœur, de tout leur esprit et de toutes leurs forces, la foi dont ils ont fait profession en la très sainte Trinité. »
Le texte des litanies variait un peu selon les diocèses, parce qu'on y introduisait l’invocation de quelques saints plus particulièrement honorés dans le pays. Ainsi dans celles de Soissons, au moyen âge, on voit figurer saint Gervais, saint Protais, saint Remi, saint Anséric, etc. ; dans celles d'Amiens, saint Firmin, saint Fuscien, saint Valery, sainte Ulphe, sainte Austreberte, saint Victoric, saint Quentin, saint Honeste, saint Gratien, saint Honoré, saint Vulfran et saint Riquier.
Avant d'arriver aux fonts, on chante un trait emprunté à un psaume de David (XLI) : « De même que le cerf désire ardemment les eaux de la fontaine, ainsi mon âme, Ô Dieu, aspire après vous. Mon âme a soif du Dieu vivant; quand paraîtrai-je en face de ce Seigneur ! Nuit et jour, je me suis nourri de mes larmes, pendant qu’on me répétait à toute heure : Où donc est ton Dieu? »
Cette comparaison biblique du cerf altéré reparaît dans l’oraison suivante que prononce l’officiant en arrivant aux fonts : « Dieu toutpuissant et éternel, regardez favorablement la dévotion du peuple qui va prendre une nouvelle naissance et qui, comme le cerf, aspire à la fontaine de vos eaux; daïgnez faire que la soif qu’il a de votre foi sanctifie son âme et son corps dans le mystère du baptême. »
L'officiant prélude à la préface par une autre oraison : « Dieu toutpuissant et éternel, soyez présent aux mystères de votre grande bonté, soyez présent aux sacrements et, pour régénérer ces nouveaux peuples que va enfanter la fontaine baptismale, envoyez l'Esprit d'adoption, afin que ce qui doit être exercé par notre humble ministère reçoive l'effet de votre puissance. »
Vient ensuite la préface qui, selon l'expression de D. Guéranger (2),
(1) Gemma animæ, 1. IL, c. cx.
(2) Année liturg., la Semaine sainte, p. 671.