‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 104 sur 283 · LIVRE IV. DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÊME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÊME

« nous ramène au berceau de notre foi par la noblesse et l'énergie du style de sa rédaction, par l'autorité de son langage, et par les rites antiques et primitifs dont elle est accompagnée. »

Le prêtre chante sur le ton hiératique de la préface :« Oui, il est digne, juste, équitable et salutaire de vous rendre grâce toujours et partout» Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel qui, par une puissance invisible, opérez les merveilleux effets de vos sacrements. Quoique nous soyons indignes d’être les ministres de si grands mystères, veuillez néanmoins ne pas réserver les dons de votre grâce, mais inclinez vers nous les oreilles de votre bonté. O Dieu, dont l'esprit était porté sur les eaux, à la naissance du monde, pour imprimer, dès lors, à cet élément. la vertu de purifier les âmes ! Dieu qui, en lavant les iniquités d’un monde criminel, avez montré dans le déluge même une image de la régénération, afin que, par un admirable mystère, le même élément fit mourir les vices et naître les vertus, jetez aujourd’hui les yeux sur votre Église; augmentez sa fécondité, vous qui, par l'abondance de vos grâces, réjouissez votre cité,et qui, aujourd’hui,ouvrez par toute la terre la fontaine baptismale aux peuples qui doivent s'y régénérer, afin qu'au commandement de votre Majesté, ils reçoivent la grâce de votre Fils unique par la vertu de l'Esprit-Saint. »

Ici le prêtre, ayant la main étendue, divise l'eau en forme de croix, parce que c’est le mystère de la croix qui communique à ces eaux la vertu régénératrice. « Que l'Esprit féconde cette eau préparée pour régénérer les hommes par l'impression secrète de sa divinité, — arcana sui Numinis admixtione, — afin que cette divine fontaine ayant conçu la sanctification, on voie sortir de son sein immaculé une race toute céleste, une créature renouvelée; que la grâce, comme une mère, produise par un même enfantement ceux qui se trouvent séparés par le sexe ou par l’âge. Qu’à votre ordre, donc, tout esprit immonde s'éloigne d'ici; loin d’ici la malice et tous les artifices du diable! que la puissance ennemie ne vienne pas se mêler à ces eaux, ni voltiger autour en tendant des embüches, ni s’y glisser en se cachant, ni les souiller par sa corruption. »

Le texte latin que nous avons cité au commencement de cette mélopée — arcana sui Numinis admixtione — n’est peut-être pas la version primitive. J. de Sainte-Beuve à constaté (1) qu'on lit Luminis dans l'Ordre romain et dans tous les manuscrits du Sacramentaire de saint

(1) Résolut. de plusieurs cas de conscience, t, I, p. 173.

Grégoire, ainsi qué dans la plupart de nos anciens Missels français et dans le Rational de Guillaume Durand. Quoi qu’il en soit, le terme Numinis n’est pas complètement étranger à la langue ecclésiastique, puisqu'il est employé dans la prose du Saint-Esprit; celui de Luminis serait parfaitement adapté à ce passage, soit qu’on entende par là le Saint-Esprit, ou la vertu du Saint-Esprit qui féconde les eaux, ou cette vertu spéciale qui a pour effet la grâce d’illumination.

Pour purifier les eaux, l’officiant les touche de sa main qu’a consacrée l’onction du sacerdoce. « Que cette créature sainte et innocente, dit-il, soit à l'abri de toute attaque de l’ennemi, et purifiée par l’expulsion de sa malice. Qu’elle soit une source de vie, une eau régénératrice, une onde purifiante, afin que tous ceux qui doivent être lavés dans ce‘bain salutaire obtiennent, par l’opération du Saint-Esprit, la grâce d’une parfaite purification, C’est pourquoi je te bénis, créature d’eau, par le Dieu vivant, par le Dieu véritable, par le Dieu Saint, par le Dieu qui, dans le principe des choses, te sépara de la terre par une seule parole et dont l’Esprit était porté sur toi. »

En ce moment, le prêtre divise l’eau avec sa main, par un signe de croix, en quatre parties, comme les eaux du Paradis terrestre, dont il va rappeler le souvenir, étaient partagées en quatre fleuves, et il en jette vers les quatre points cardinaux, vers les quatre parties du monde, appelées à la participation du baptême. « Je te bénis, s’écrie-t-il, par le Dieu qui te fit jaillir de la fontaine du Paradis, et, te partageant en quatre fleuves, t’'ordonna d’arroser toute la terre; qui, dans le désert, d’amère que tu étais, te rendit douce et potable; qui, plus tard, te fit jaillir d’une roche pour apaiser la soif de son peuple. Je te bénis aussi par Notre-Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique, qui, à Cana de Galilée, par un miracle insigne de sa puissance, t’a changée en vin; qui marcha sur toi à pieds secs; qui, en toi, fut baptisé par saint Jean dans le Jourdain ; qui te fit sortir de son côté en même temps que son sang; qui a commandé à ses disciples de baptiser en toi ceux qui croiraient, leur disant : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom « du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Dieu tout-puissant, regardez favorablement ce que nous faisons pour obéir à ce précepte et daignez répandre ici le souffle de votre Esprit. »

Dans quelques églises du moyen âge, au moment où le prêtre prononçait les paroles relatives aux noces de Cana, il versait un peu de vin dans les fonts ; c’est ce qui se pratiquait à York, au vire siècle, et

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