LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÊME
à Cambrai, jusqu’au xvin° (1). Pierre Damien, cardinal-évêque d’Ostie, au xI° siècle, consulté sur cet usage par le prêtre Ubert, répondit qu'il lui était inconnu et qu’il fallait se borner à verser du chrême dans les fonts (2).
Le prêtre souffle ensuite trois fois sur l’eau, en forme de croix, afin d’unir, pour ainsi parler, la sainte Trinité avec la croix et de signifier en même temps la cause efficiente et la cause méritante de la grâce baptismale. Quelques liturgistes ajoutent que cette triple insufflation, consistant à pousser doucement son haleine sur l’eau (asptrare,anhelare, inspirare, spirare, — disent d'anciens Pontificaux), nous rappelle que le Saint-Esprit opère trois choses dans le baptême : il purifie l’âme des vices, il l’orne de vertus et la couronne de l’éternelle récompense (3). Claude de Vert, qui aime les explications plus réalistes, est enchanté d'en trouver une de son goût dans plusieurs livres liturgiques de France. « Selon l’ancien Missel de Bayeux et de Coutances, dit-il (4), ce souffle ou cette aspiration, comme on voudra dire, n'était autre chose que le son prolongé de la dernière voyelle du mot même aspira qu'on continuait d'exprimer ; la voyelle A n'étant en effet que l’expression du son ou le son même qu’on forme en la prononçant, c’est-à-dire en respirant ou soufflant, la bouche ouverte. Aspira, a, a, a, dicatur ter, portent les Missels. » ,
« Seigneur, continue le prêtre, bénissez vous-même ces eaux pures, afin qu’elles ne lavent pas seulement les corps, mais qu’elles aient encore la vertu de purifier les âmes. »
Le cortège baptismal avait été guidé vers les fonts par le cierge pascal, figure de la colonne de feu qui éclaira les Israélites à leur sortie d'Égypte et les conduisit à travers les flots de la mer Rouge vers la Terre promise ; il vient de guider les nouveaux Israélites qui fuient le royaume de Satan et se dirigent, à travers les eaux du bap- - tême, vers la véritable Terre de promission. Ce cierge, disent les liturgistes, par sa rectitude et sa blancheur, représente Jésus-Christ dont la vie fut si sainte et si pure; sa lumière est le symbole de la résurrection. Son triple plongement dans l’eau va exprimer le baptème du Christ dans le Jourdain et nous enseigner que c’est par le mérite de
(x) Claude de Vert, Expl. des Cér. de PÉglise, t. Il, c. 1, p. 36. (2) Epist. XVIIL. (Patr. lat., t. CXLIV, col. 360.) (3) Analect. jur. pontif., Juill. 1853, p. 400.
(4) Op. cit., t. IL, p. 37.
Jésus-Christ mort, enseveli et ressuscité, que la vertu du Saint-Esprit descend sur l’eau pour produire la régénération des âmes.
À chaque immersion du cierge, de plus en plus profonde, l’officiant chante, en élevant toujours la voix: « Que la vertu du Saint-Esprit descende sur toute l’eau de cette fontaine; » et avant de retirer le cierge des fonts, il fait sur les eaux une nouvelle insufflation, en formant avec son souffle la lettre grecque W, initiale du mot Wuyr, Esprit, et ajoute : « Que cette vertu du Saint-Esprit donne la fécondité à cette eau et la rende capable de régénérer. »
S'il fallait en croire les Actes de saint Maternien, cette immersion du cierge pascal aurait été pratiquée dès le rv° siècle. Il y est dit (1) que ce saint évêque de Reims, accomplissant les cérémonies du samedi saint, laissa choir le cierge allumé qui fut entraîné par son poids jusqu’au fond des eaux, mais qu’on l’en retira bientôt, toujours allumé, et jetant un plus vif éclat que tous les autres cierges.
A Paris et dans quelques autres diocèses de France, on fait tomber dans les fonts, en forme de croix, quelques gouttes de cire du cierge pascal, en priant Dieu de pénétrer les eaux baptismales de la grâce et de la vertu de Jésus-Christ.
L'Ordre romain ne parle que d’un seul cierge, plongé dans l’eau, symbole de la lumière que l’Esprit-Saint répand dans l’âme du baptisé; le Sacramentaire de saint Grégoire en mentionne deux. Dans un certain nombre d’églises, on avait coutume d'accompagner le cierge pascal de deux autres petits cierges qu’on avait allumés au cierge pascal luimême ; c'était, dit un anonyme du xr° siècle (2), l'emblème des apôtres qui, éclairés de la lumière du Christ, l’ont transmise à tout l’univers. D'après Sicard, évêque de Crémone (3), le petit cierge, qui était à droite du cierge pascal, signifiait l'amour de Dieu ; celui qui était à gauche figurait l’amour du prochain. Cet antique usage, conservé à la cathédrale de Pise, n’a pas été improuvé par la Congrégation des rites (4).
Au x siècle, à la cathédrale de Milan, on allumait, pour la bénédiction des fonts, non seulement les deux cierges des chancels, mais les douze lanternes suspendues aux fonts, comme des figures symboliques des apôtres (5). Nous ignorons si les Russes attachent égale-
(1) Boll,, 30 apr., Vita S. Matern., c. 1, n. 0.
(2) Le faux Alcuin, De div. offic., c. De Sabbat sanct, (3) Mitrale, 1. VI, c. xiv.
(4) Analect. jur. pontif., Juill. 1853, p. 401.
(5) Beroldi, ap. Muratori, t. IV, p. 897.