LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÊME IOI
ment un sens emblématique aux neuf bougies présentées par le parrain, et que le pope dispose en forme de croix sur la cuvette où l'enfant doit être baptisé.
Revenons au rite romain. Quand le cierge est retiré des fonts, l’officiant adresse à Dieu cette prière : « Que toutes les taches des péchés soient ici effacées ; que la nature créée à votre image, étant rétablie dans la dignité de son origine, soit purifiée de toutes ses anciennes souillures, afin que tout homme qui aura reçu le sacrement de la régénération renaisse à l’innocence d’une enfance nouvelle. »
Le prêtre asperge alors l’assemblée des fidèles avec l’eau bénite des fonts, et l’un des clercs y plonge un vase qu'il retire plein de cette eau, destinée au service de l’église et à l’aspersion des maisons des fidèles.
Jean Beleth (1) nous dit que dans quelques églises on supprima l’aspersion du peuple, parce qu’il y avait des gens assez ignorants pour s'imaginer que c'était là comme un second baptème, effaçant les péchés commis depuis la réception du premier.
Le Cérémonial romain prescrit de préparer un grand vaisseau pour recevoir l’eau bénite destinée au service de l’église. D’après Merati (2), ce récipient devrait être complètement vide, pour que le célébrant le remplisse de l’eau qu’il vient de bémr ; mais le plus souvent, le bassin des fonts est trop exigu pour fournir la quantité d’eau nécessaire aux besoins de l’église et des fidèles. Aussi, plusieurs Cérémoniaux de France autorisent-ils la coutume d’avoir un vaisseau presque plein d’eau naturelle et d'y ajouter une petite quantité de l’eau bénite des fonts, avant qu’on y ait versé les saintes huiles (3).
Une rubrique du Rituel romain défend, sous peine d’excommunication, de faire l’aspersion des fidèles après que le chrême a été mêlé à l'eau. Nous retrouvons cette même défense dans un capitulaire de Charlemagne (4), dans le Sacramentaire de saint Grégoire (5) et dans divers canons ecclésiastiques (6); mais cet usage n’a pas été général autrefois, car l'Ordre romain place l’aspersion des fidèles et la faculté d'emporter de l’eau bénite à domicile immédiatement après l’infusion
(1) De divin. offic., c. ex.
(2) Part. XIV, tit. X, n.2.
(3) Favrel, Cérémon. rom., p. 424.
(4) Lib. VI, c. xvir.
(5) Cap. LXXIHI.
(6) Hérard de Tours, capitul. LIT; Isaac de Langres, tit, Il, c. xt; Concil. Bisunt. (1571); Concil. Wratislaw (1592),
des saintes huiles ; cette coutume est spécialement précisée par saint Grégoire de Tours (1) et par l’auteur anonyme du xr° siècle dont le Traité sur les divins offices a été longtemps attribué à Alcuin.
L'eau mise en réserve pour les usages de l’église sert à remplir les bénitiers et à faire l'aspersion avant la messe solennelle du lendemain. Il ne paraît point qu’on ait jamais fait d’eau bénite aux messes de Pâques et de la Pentecôte, comme c’est l’usage pour tous les autres dimanches.
Autrefois, encore plus qu'aujourd'hui, les fidèles aimaient à approvisionner leur maison d’eau bénite, non seulement pour remplir leurs bénitiers, pour satisfaire leur piété quotidienne, mais aussi pour asperger les champs et leur communiquer par là une plus grande fertilité, pour se préserver de la foudre, etc. Le cardinal de Cusa (2) a vu là des pratiques inspirées par la superstition; s’il avait étudié plus attentivement les prières liturgiques, il se serait bien gardé de formuler un verdict si absolu, se bornant à blâmer certains usages évidemment empreints d'idées superstitieuses (3).
En Italie, après la bénédiction des fonts, le curé ou un autre prêtre, accompagné d’un clerc portant un vase d’eau nouvellement bénite, va asperger toutes les maisons de sa paroisse. En France, c’est un enfant de chœur, ou l’instituteur, où le sacristain, qui remplit cet office et qui, en certaines provinces, se permet d’asperger l’intérieur des maisons avec une branche de buis bénit, ce qui n’est nullement liturgique. En 1835, un curé du diocèse de Bisignano (Calabre citérieure) demanda à la Congrégation des rites si, le samedi saint, un diacre pouvait, avec le consentement du curé, aller bénir les maisons? Il lui fut répondu négativement (4).
En Russie, le samedi saint, il n’est permis à personne de rompre le jeûne avant l’accomplissement de la cérémonie, qui ne se termine que vers quatre heures du soir. Alors, hommes et femmes courent à Péglise, chargés de pots, de casseroles, de jattes, d’urnes, pour faire leur abondante provision; on ne prend son premier repas qu'après avoir bu de l’eau nouvellement bénite, et avoir allumé un cierge qui doit se consumer devant l’image vénérée du saint Patron, décorant la pièce principale du logis (5).
(1) De glor. mart., 1. I, c. xxrv.
(2) Eerct. CAS;
(3) Cf. Collin, Traité de l'Eau bénite, c. x et x.
(4) Analect. Jur. pontif., Juillet 1853, p. 407. (21 H, Dixon, La Russie libre (Le Tour du Monde, t. xxtu, Pr10)s