‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 107 sur 283 · LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME

Dans le rite romain, après l’aspersion des fidèles, l'eau est plus spécialement consacrée pour le baptême par la triple As on des saintes huiles. Le célébrant répand d’abord, en forme de croix, dans l’eau exorcisée, de l'huile des D unenes: en disant: « Que cette fontaine soit sanctifiée et fécondée par l’huile du salut, pour donner la vie éternelle à ceux qui renaîtront de ses eaux. » Prenant ensuite l’ampoule du saint chrême, il en verse dans le bassin en prononçant ces paroles :

Que Pinfusion du chrême de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du Saint-Esprit consolateur s'opère au nom de la Sainte Trinité. » Enfin, il verse à la fois le contenu des deux fioles, en formant trois signes de croix, et 1l ajoute cette prière : « Que le mélange du chrême de sanctification, de l’huile d’onction et de l’eau baptismale s'opère pareillement au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. » Après ces paroles, le prêtre mêle avec la main ces diverses substances et, après s'être essuyé les mains, recouvre et ferme à clef le baptistère. On retourne ensuite au chœur, au chant des litanies, pour commencer la messe.

Jadis, alors que les communications étaient difficiles, surtout dans les pays de montagnes, il arrivait fréquemment que les paroisses éloignées de l’évêché ne pouvaient pas recevoir, le samedi saint, les saintes huiles consacrées par l’évêque le jeudi précédent. Dans plusieurs diocèses (Évreux, Saint-Brieuc, Tarbes, etc.), avant de vider les fonts, pour bénir de l’eau nouvelle, on y puisait un vase de l’ancienne eau exorcisée, pour les baptèmes qui pouvaient se présenter prochainement. On procédait ensuite à la bénédiction des fonts, et l’on réservait l’infusion des saintes huiles pour le jour où on les recevrait.

Un décret de la Congrégation des évêques et réguliers (20 mars 1590) autorise les curés, en cas de nécessité, à se servir des anciennes huiles. Pendant les dernières guerres civiles d'Espagne, alors que les évêques dispersés ne pouvaient procéder à la consécration des saintes huiles, les curés se trouvaient fort embarrassés pour la bénédiction des fonts. La Congrégation des rites consultée à ce sujet, répondit qu'on devait infuser dans les fonts les huiles de l’année précédente et non pas remettre à plus tard cette partie essentielle de la cérémonie (1). Un nouveau doute lui fut soumis, le 12 août 1854, mettant la décision précédente en opposition avec un décret du 12 avril 1759. La Congrégation répondit que les cas n'étaient point de même nature ; que dans

(1) Barbier de Montault, Décrets, etc., n. 6457, 23 sept. 1837.

le premier, le plus ancien, on supposait que le retard durerait peu de temps, tandis que dans le second, on constatait l'impossibilité de se procurer les saintes huiles soit de l'ordinaire, soit des diocèses voisins (1). On le voit, il reste toujours à ce sujet matière à controÿerse. « Je continue à croire, dit M. l'abbé Craisson (2), que lorsqu'on n’a pu, le samedi saint, recevoir les saintes huiles consacrées le jeudi auparavant, on peut toujours, si on a les anciennes, faire avec elles la bénédiction des fonts baptismaux ; car, bien que ce décret du 12 avril 1755 dise que, dans le cas qui avait été proposé à la Sacrée Congrégation des rites, les curés pourront, lorsqu'ils les auront reçues, infuser privatim les saintes huiles dans l’eau baptismale, ce décret ne dit pas qu’on soit absolument obligé d’en agir ainsi, et ne défend pas d’infuser les anciennes le samedi saint, lorsqu'on n’a pu avoir les nouvelles pour ce jour-là. A la vérité, le décret du 12 août 1854 dit que, dans cette absence des huiles nouvelles, le samedi saint, on doit se régler d’après les circonstances et suivre le décret du 12 avril 1755, quand on espère avoir bientôt les huiles nouvellement consacrées. J’admets cette décision; on doit, dans ce cas, suivre le décret du 12 avril 1755, mais ce décret n’ôte pas rigoureusement la liberté de faire l’infusion avec les huiles anciennes; celui de 1854 ne l’ôte pas non plus, et la différence entre ces cas et celui où l’on est dans la nécessité d’attendre longtemps les nouvelles huiles, c’est que, dans ce dernier cas, on n’a pas la même liberté, et que l’on doit faire avec les anciennes huiles la bénédiction des fonts, le samedi saint ; cette manière de voir me paraît confirmée par le décret du 19 septembre 1850. »

La nécessité d’infuser des huiles saintes dans l’eau baptismale aurait paru jadis tellement obligatoire que les évêques en auraient jeté parfois même dans les fleuves où ils baptisaient. C’est du moins ce qui résulterait d’un passage de la vie de saint Eucaire, écrite au xrr° siècle par le moine Goldcher, où il est dit que le saint apôtre de Trèves répandit de l'huile dans le cours d’eau qui traverse cette cité et où il baptisait la foule des convertis. Ou bien l’auteur a transporté au in siècle un usage pratiqué de son temps, ou bien c’est de sa part une supposition toute gratuite que lui aura suggérée la prétendue étymologie de ce ruisseau, nommé OJeyia, dont le nom lui paraît provenir d’Oleum.

Cette obligation liturgique paraît tellement grave aux Nestoriens de

(1) Analect., 2e sér., p. 2202.

(2) Rev. des sciences ecclés., t. XXI, p. 266.

Page 1