‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 12 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

la bénédiction des cloches au sacrement de la régénération, que Charlemagne, dans son capitulaire de 789, défend de baptiser les cloches CHE Ce terme disparut bientôt des Pontificaux et fut même interdit par plusieurs rituels, entre autres par ceux de l'Église de Laon. Un grand nombre de ceux qui furent publiés aux xvi° et xvn° siècles ordonnent aux curés de bien avertir les fidèles que cette cérémoie n’est pas un baptème, mais*une simple bénédiction (2), et le Rituel de Paris, en 1015, fait remarquer qu'on ne doit pas appeler les cloches Marie, Jacques, Georges, etc., mais cloche de Notre-Dame, cloche de sainr Jacques, cloche de saint Georges, etc., pour bien montrer que les cloches n’ont pas reçu un vrai nom de baptême, mais qu’elles ont été mises sous l’invocation spéciale d’un saint, afin qu’il protège les paroissiens qu'elles doivent convoquer.

BAPTÈME DES AGNUS. — A Rome, on donne vulgairement le nom ÿ) de battesimo à la bénédiction des Agnus Dei, parce qu’on y emploie de l’eau bénite et du saint chrême.

BAPTÈME DES NAVIRES.— On donne ce nom'à la bénédiction des Vaisseaux, parce qu'autrefois on leur imposait presque toujours le nom d'un saint, sous la protection duquel on les plaçait. Le marquis de Paulmy (3) dit ne connaître que deux vaisseaux du xvr siècle qui n'aient point porté de noms hagiographiques, le Ferdinand-Magellan parti de Séville en 1510, et le Dragon parti de Plymouth en°1577. Les prières de cette bénédiction apparaissent pour la première fois dans le Rituel romain de Paul V; mais l’usage de bénir les vaisseaux était pratiqué dès le temps des croisades, et l’on en trouve déjà un exemple au vu siècle, dans le Pré spirituel de Moschus. Le Christianisme n’a fait que consacrer une coutume des marins de la Grèce et de Rome, qui plaçaient leurs navires sous la protection du Ciel. Il est à noter que le baptème des navires est usité dans plusieurs pays protestants.

BAPTÊME DE LA LIGNE ET DES TROPIQUES. — Quand quelqu'un traverse l’'Équateur ou les Tropiques pour la première fois, les matelots lui font subir une aspersion plus ou moins désagréable qu’on appelle le baptême de la Ligne et le baptéme des Tropiques. Les personnages travestis

(1) Ut cloccas non baptizant. N. 18, ap. Baluze, t, I, P. 244.

(2) Rituels de Reims (1585), d'Angers (1626), Beauvais (1637), Chartres et Rouen (1640), Clermont (1656), Meaux (1662), Bourges (1666), Alet (1667), etc.

(3) Mélanges tirés d’une grande bibliothèque, t. XXVI, p. 210.

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qui se font les acteurs de cette plaisanterie traditionnelle sont le Père la Ligne, un diable, un courrier, un perruquier et un meunier. Les récits de nos navigateurs normands laissent supposer que cette antique coutume a pris son origine chez les anciens matelots danois et norvégiens qui faisaient ide. le droit de passage en doublant le cap de Kullen, au nord d'Helsinborg. Les Anglais pratiquent le même genre d'immersion forcée, en traversant le détroit de Gibraltar, ces colonnes d'Hercule que les anciens ne franchissaient jamais sans répandre du vin dans la mer, pour se rendre favorables Thétis, Neptune et Nérée.

Comme ces sortes d'épreuves entraînaient des vexations et même des dangers, les codes maritimes les ont tantôt réglementées et tantôt supprimées. Le code de Charles XI, en 1667, abolit le baptême de la Ligne; celui du Tropique fut interdit en 1784 par le Conseil général du Cap.

Quand un vaisseau traverse pour la première fois la Ligne équinoxiale ou les Tropiques, il subit un baptême analogue à celui des passagers.

BAPTÊME MAÇONNIQUE, — On donne ce nom, mais le plus ordinairement celui de protectorat où d'adoption, à la cérémonie par laquelle une loge de francs-maçons prend l’engagement de protéger l’enfant d’un de ses membres actifs ou honoraires.

BAPTÊME D’ARTISTES. — Au xvn° siècle, les artistes étrangers qui se trouvaient à Rome offraient à chaque nouvel arrivant, condamné à en faire les frais,un repas plantureux qui s'appelait /a festa del battesimo, parce qu’on baptisait d’un nouveau nom le récipiendaire. C’est dans une de ces réunions que Pierre de Laer reçut le nom de Bamboche (Bamboccio) qui lui est resté (1).

Nous terminerons cet article en rappelant quelques autres significations des mots bapliser et baptême. Par extension, on donne ce dernier nom à la suite des personnes invitées à la cérémonie sacramentelle; à F argent que le parrain et la marraine donnent à la sage-femme ; à toute la pâtisserie d’un repas de baptême.

Pris au AE ce mot est synonyme de consécration, d'initiation : c'est ainsi qu’on dit le baptême du feu dans les batailles, le baptême du

(1) Ch. Blanc, Hist, des peintres, Ecole holl., Pierre de Laer.

malheur, le baptême de l'instruction, le baptême de la civilisation, le baptême du repentir, etc. Sous la féodalité, on baptisait un héraut, un poursuivant, en leur versant sur la tête une coupe de vin et en leur imposant un nouveau nom. Dans l’ancienne pratique, on baptisait son appel, quand on déclarait devant quels juges on voulait porter son appel; oh 6apfisait possession contraire, quand on s’attribuait contradictoirement la possession d’un bien revendiqué par un autre.

On dit familièrement : Baptiser du lait, du vin, etc. ,quand on y ajoute de l’eau ; Baptisé au nom de sa femme, en parlant d’un homme plus connu sous le nom de sa femme que sous le sien; Voilà un enfant bien difficile à baptiser, pour : Voilà une affaire qui rencontre sans cesse de nouveaux obstacles. Baptiser est encore fréquemment employé dans le sens de donner un nom, un sobriquet :

Baptisant son chagrin du nom de piété,

a dit Boileau dans sa dixième satire.

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