LIVRE IV: — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
cement, et à son Esprit très saint et bon, auteur de la vie, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
L’officiant, après avoir soufflé trois fois sur le vase d’huile que tient le diacre, y fait trois signes de croix en disant tout bas la prière suivante : « Dominateur, Seigneur, Dieu de nos pères, qui as envoyé aux habitants de l'arche de Noé une colombe tenant à son bec un rameau d'olivier, symbole de réconciliation et de salut contre le déluge ; qui as accordé le fruit de l'olivier pour l’accomplissement de tes saints mystères ; qui, par lui, as sanctifié et ceux qui étaient dans la loi de l'Esprit-Saint, et ceux qui sont dans la grâce des parfaits; toimême bénis aussi cette huile, par la vertu, par la puissance et par le souffle de ton Saint-Esprit, de sorte qu’elle devienne une onction d’incorruptibilité, une arme de justice, un renouvellement d'âme et de corps, un repoussoir de toute énergie diabolique, pour débarrasser de tous maux ceux qui en sont oints dans la foi et aussi ceux qui s’en servent pour ta gloire et celle de ton Fils unique et de ton Esprit très saint, et bon et vivifiant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. »
En chantant l’Alleluia trois fois avec les assistants, le prêtre fait trois croix dans l’eau avec l'huile et dit ensuite à haute voix : « Béni soit Dieu, illuminant et sanctifiant tout homme venant en ce monde, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. » C’est alors qu'on apporte l'enfant qui doit être baptisé et que le prêtre procède à l’onction de l’huile des catéchumènes (1).
C'est probablement à l'antique liturgie grecque que sont empruntées les étranges formules du Missel gothique pour la bénédiction du baptistère. Dans ces fragments traduits dans un latin barbare, plus ou moins altérés par les copistes mérovingiens, on ne peut plus aujourd’hui qu’entrevoir les poétiques beautés de la rédaction primitive : « Debout, y est-il dit, debout bien-aimés frères, aux bords de la fontaine cristalline ; amenez de la terre des hommes nouveaux, amenez du rivage les hommes de trafic qui veulent des échanges. Que tous, voguant sur l’eau, frappent la mer nouvelle, non de la rame, mais de la croix, non de la main, mais du cœur, non par le bois, mais par le mystère. Le lieu est étroit, mais plein de grâces. L'Esprit-Saint, de son souffle, a bien dirigé la course. Prions donc le souverain Maître, notre Dieu, qu’il sanctifie ces eaux. »
(1) R. Bezolles, Science des Religions, p. 30.
En Russie, le pope fait le signe de croix sur l’eau, en soufflant dans une plume qui a été trempée dans l'huile sainte. En Géorgie, le papas verse de l’huile de noix dans la cuve où se trouve leau tiédie- En Arménie, le prêtre bénit l’eau par cette prière : « Toi, Seigneur, qui, par ta puissance suprême, as fait la mer, les continents et toutes les créatures de la terre; toi qui as séparé et resserré les eaux supérieures du firmament au milieu des armées brillantes du ciel, chantant perpétuellement tes louanges; toi, Seigneur Jésus-Christ, qui as envoyé tes saints apôtres en leur ordonnant de prêcher, de baptiser, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, toutes les nations, et en déclarant par ta parole véridique que les âmes régénérées dans l’eau et l'Esprit entreront seules dans le royaume de Dieu, parole qui effraye ton serviteur et qui fait que, désireux de la vie éternelle, il vient volontairement au baptême de cette eau spirituelle; nous te prions donc d'envoyer ton Esprit-Saint dans cette eau, de la bénir et de la purifier comme celle du Jourdain, afin qu'elle serve à la rémission des péchés, à la réception de l'Esprit-Saint, à l’adoption du Père céleste et à l'héritage du royaume éternel. »
Les Arméniens, ainsi que les Éthiopiens, mettent du sel dans l’eau baptismale, ce que nous ne faisons que pour l'eau d’aspersion. Un écrivain anglais qui a confondu ces deux bénédictions, s’est imaginé d'expliquer la prétendue immixtion du sel dans les fonts baptismaux. Nous allons reproduire, à titre de curiosité, sa fantastique interprétation d’un rite qui n'existe pas, en souhaitant à nos lecteurs de pouvoir la comprendre : « Quant à l’administration du- baptême, dit ce nébuleux auteur (1), nos saints Pères en ont combiné la cérémonie de manière à la rendre également figurative, soit de la lotion aérienne qui seule peut faire vivre l'enfant nouveau-né, soit de la vivification que reçoit l’enfant-créateur au moment que notre eau prolifique apparaît sur sa tête. Ils ordonnèrent en conséquence d’incorporer dans l’eau, dont nos fonts baptismaux seraient remplis, une substance de sel pour représenter tout à la fois le sel-nitre invisiblement contenu dans l’eau du ciel, et le sel humain, nécessairement inclus dans l’eau générative. Nous savons que cette dernière eau nous a fait tous exister, que l’autre nous conserve la vie. Par là, toutes les deux ayant mérité l’universelle bénédiction des vivants, il était juste que celle de nos fonts baptis-
(1) Les Mystères du Christianisme approfondis radicalement et reconnus physiquement rais Londres, 17713 AI pr 990.