‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 111 sur 283 · LIVRE IV.—— DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV.—— DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME

maux, qui en est le double symbole, nous füt catholiquement présentée avec le titre d’eau bénite. »

Un rituel éthiopien du x’ siècle prescrit, dans la bénédiction de l’eau qui précède chaque baptème, de verser dans le bassin, par trois fois, de l’huile non bénite, puis du baume, en forme de croix (1). De nos jours, les Éthiopiens brülent de l’encens pendant cette cérémonie : mais c’est là un rite d'institution assez récente (2).

La plupart des sectes protestantes ont supprimé la bénédiction de l’eau et condamnent notre usage, parce que, selon eux (3), il n'est point justifié par l'exemple de saint Jean-Baptiste et des apôtres ; parce que l’eau, bonne en elle-même, n'a pas besoin d’exorcisme et que cette pratique semble favoriser l'erreur des Manichéens, considérant l’eau comme appartenant au mauvais principe; enfin parce que l’eau, bénite d’une manière générale par Notre-Seigneur dans linstitution même du baptême, n’a plus besoin d’une nouvelle sanctification. Les Flagellants disaient que chaque goutte de notre eau bénite est comme une étincelle de l'enfer; Luther et Calvin regardaient cette cérémonie comme une profanation du baptème ; Wiclef, comme une pratique de nécromancie ; les Centuriateurs de Magdebourg, comme un rite entièrement païen. Cela n’a point empêché l'Église anglicane de conserver la bénédiction de l’eau pour le baptême solennel; mais on se sert toujours d’eau ordinaire dans les baptêmes domestiques, c'est-à-dire administrés par un ministre au domicile de l'enfant.

L'Église anglicane, de même que les Grecs, les Russes, les Ruthènes, les Maronites, les Éthiopiens, etc., bénit immédiatement avant le baptême l’eau qui doit être employée pour chaque enfant. Le pape Benoît XIV (4) a permis de tolérer cet usage. En Orient, on répand l’eau, qui a servi, à la porte de l'église ou de la maison maternelle. Jadis, les Grecs faisaient une double bénédiction de l’eau aux fêtes de PÉpiphanie : la veille, ils bénissaient l'eau d’aspersion que les fidèles devaient emporter dans leurs maisons; et, le jour même, fête des baptêmes solennels, ils bénissaient l'eau baprismale, immédiatement après les renonciations (5). En Occident, malgré le changement de discipline par rapport aux époques privilégiées du baptème,

Ordo bapt. secund. usum Æthiopum. (Patr. lat., t. CXXXVII, col. 046.) Visconti, De Baptism., 1. [, c. xur.

PÉglise n’en a pas moins conservé aux veilles de. Pâques et de la Pentecôte l'office de la bénédiction des fonts. En cela, elle a voulu perpétuer un grand souvenir historique; d’autre part, elle a reconnu qu'aucun autre temps n'était plus favorable pour rappeler excellence du baptême, la puissance de ses effets et l’importance de ses engagements. D’après un usage immémorial, la cathédrale d’Orvieto ne bénissait pas les fonts la veille de la Pentecôte : la sacrée Congrégation des rites, par une décision du 7 décembre 1844, a déclaré cette coutume abusive (r)}. Parce que Hugues de Saint-Victor (2) paraît supposer qu'on bénissait les fonts chaque fois qu'on administrait le baptême, il ne faut point en conclure qu’on négligeât de faire la bénédiction solennelle des veilles de Pâques et de la Pentecôte; mais, comme dans les époques d'immersion, l’eau bénite, ces jours-là, ne pouvait guère suffire que pour les ablutions du lendemain, on se trouvait forcé de recourir à une bénédiction nouvelle pour les baptèmes d'urgence, faits extra lempora; c'est pour cela que les Constitutions de Sarum, en 1217, ordonnent de renouveler toutes les semaines l’eau baptismale, et que les Statuts de Cambrai (3), rédigés au commencement du xiv° siècle, recommandent également de renouveler l’eau des fonts et d’en faire la bénédiction, chaque fois que cela est nécessaire.

Pour compléter ce que nous avons dit de certains rites particuliers, il ne nous reste plus que quelques mots à ajouter sur le ministre de la bénédiction de l’eau et sur les lieux où elle s’accomplissait. Tant que l'administration du baptême resta un privilège épiscopal, ce furent les évêques seuls qui procédèrent à la bénédiction des fonts, cérémonie exclusivement réservée à leur cathédrale. Quand les églises baptismales se multiplièrent, ce devint l'office de leurs titulaires; mais les évêques continuèrent souvent de célébrer eux-mêmes cette cérémonie dans leur cathédrale. En 1725, un concile de Rome (4) leur recommande de la faire par eux-mêmes, au moins de temps à autre. |

Un Coutumier de Bari, remontant au rx° siècle, nous apprend que l'archevêque de cette ville, après avoir béni les fonts de sa cathédrale, y puisait cinq vases d’eau bénite et qu’il allait les vider dans les fonts des cinq autres églises baptismales de la cité, où il remplissait ces

1) Barbier de Montault, Décrets, etc., n. 6638. 2) Lib. IV De Sacram.

3) Schunnat, Concil. Germ., 1v, 66.

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