LIVRE IV.— DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
mêmes vases ; il en bénissait ensuite l’eau qu'il versait dans le baptistère de la cathédrale, voulant démontrer par là l'unité du baptême (1).
Saint Charles Borromée, qui s’attacha à faire revivre tant d’antiques usages, ordonna que la bénédiction des fonts, aux veilles de Pâques et de la Pentecôte, se ferait à la cathédrale de Milan, en présence de tous les curés de la ville, et, dans chaque église décanale, en présence de tous les curés du doyenné, lesquels ne pourraient être autorisés exceptionnellement à bénir l’eau dans leur propre église qu'avec une permission écrite de l’évêque (2).
L’archevêque, à Saint-Maurice de Vienne, et l’évêque, à Troyes, bénissaient les fonts conjointement avec les douze curés de la ville; mais ceux-ci, tout en faisant les onctions et les aspirations, ne devaient toucher ni l’eau du bassin, ni le cierge pascal (3).
A Venise, toutes les églises paroissiales sont aujourd’hui munies de fonts baptismaux, mais la bénédiction de l’eau ne se fait que dans les quatre églises matrices de cette ville; les autrés curés s’y rendent Île samedi saint et en emportent l’eau bénite qui doit servir pour leurs baptèmes paroiïssiaux (4).
En France, quand, après la Révolution, les prêtres légitimes reprirent possession de leur siège, un bon nombre d’évêques décidèrent que s’il se trouvait dans les fonts baptismaux de l’eau dont la bénédiction avait été faite par un prêtre intrus, il fallait la faire écouler dans la piscine et la remplacer, en se servant à cet effet de la formule du Rituel pour la bénédiction de l’eau baptismale hors du temps pascal (5).
Tout ce que nous venons de dire montre quelle importance l'Église a attachée dans tous les temps à ce que le baptême soit conféré avec une eau bénite spécialement pour cet usage : aussi les conciles et les théologiens ont-ils examiné tous les cas où ces prescriptions doivent être ou non maintenues devant des difficultés plus ou moins graves. N'y a-t-il plus d’eau dans les fonts , il faut en bénir exprès pour le baptême qu’on va conférer. L'eau est-elle en trop petite quantité, on peut se contenter d’y ajouter de l’eau non bénite, pourvu que celle-ci reste en moindre quantité. L'eau baptismale est-elle corrompue, il faut vider les fonts, bien approprier leur bassin, mettre de la nouvelle
(1) M. Garruba, Serie critica de' sacri pastori Baresi, p. 11.
(2) Macri, Hierolex., vo Baptisterium.
(3) Moléon, Voy. Liturg., p. 24.
(4) Bernardo di Venezzia, Del Battesimo, annot. 38.
(5) Avis concernant l'exercice du saint ministère dans les circonstances présentes (1796).
eau et la bénir avec la formuie des bénédictions ordinaires, autre que celle des samedis de Pâques et de la Pentecôte (1).
L'usage de l’eau non bénite est tolérée par le Saint-Siège dans les pays de mission, où il est difficile de se procurer de l’eau consacrée avec les saintes huiles. Ainsi, un décret du 16 décembre 1758 permet aux missionnaires de la Bulgarie d'employer de l’eau naturelle là où il ny a point de fonts baptismaux (2).
En 1806, la Sacrée Congrégation de la Propagande répondit au vicaire apostolique du mn de occidental que les missionnaires devaient toujours suivre les prescriptions du Rituel romain, mais que là où il y a impossibilité ou péril de conserver de l’eau fécondée par les saintes huiles, on pouvait se servir d’eau naturelle. Les cardinaux du Saint-Office écrivirent en 1839 au vicaire apostolique de Pondichéry, qu’il valait mieux se servir d’eau non bénite que de celle des fonts qui aurait été corrompue par les chaleurs (3). Aux îles Philippines, où l’incandescence de la température ne permet point de conserver, sans qu’elle s’altère, l’eau consacrée des fonts, on se sert pour la collation du baptême, de l’eau d’aspersion qui a été bénite le dimanche précé-, dent, « pratique, dit la Revue théologique (4), qui est directement contraire au Rituel et à un rite de tradition apostolique. »
De quelle eau faut-il se servir quand on ondoie à domicile? Le Pastoral de Malines recommande d'employer de l’eau des fonts, ou, à son défaut, de l’eau bénite; c’est cette dernière que préfèrent les conciles de Sens (1524) et de Reims (1583). D’anciens Statuts du diocèse de Constance veulent que les sages-femmes prennent et conservent dans un vase décent de l’eau bénite des fonts, avant le mélange des saintes huiles, pour s’en servir dans les baptêmes de nécessité. D’après le Rituel romain, les Pastoraux de Bruges et de Cambrai et l'opinion commune des théologiens (5), le prêtre qui va baptiser à domicile doit emporter de l’eau des fonts; mais un laïque qui remplit cet office doit se servir d’eau ordinaire. Plusieurs théologiens, comme Ferraris, Lacroix, Gobath, estiment que l’eau des fonts n’est nullement nécessaire pour un baptême privé, parce que, disent-ils, cette eau n’est destinée qu’aux baptêmes solennels.
(à) J. Præpos., in TIT part. D. Thomæ, q. LXXI, art. 4, dub. 1; Diana, p. IX, tract. VI, res. 33; P. M. Quartus, De Benedict., sect. 7, prælud. 3.
(2 Ans. jur. pont., 8e série, p. nes
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(4) Ann. 1858, p. 100.
(5) De Hert, Sacr. lit, praxis., t. III, De fonte bapt.