LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
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Des Puits d'église.
L'importance que l’eau remplit dans les rites de l'Église et surtout dans le baptême, a fait établir des puits dans un grand nombre d'édifices religieux, afin que l’eau que devait bénir la liturgie eût par avance un commencement de sanctification, en raison même du sol sacré où elle prenait sa source. Pour augmenter encore le respect qu’on portait à ces eaux pures mentionnées souvent dans les livres liturgiques, on les bénissait parfois avec une oraison spéciale qui, dans les anciens Rituels, est intitulée Benedictio putet (1).
Peut-être y avait-il là un souvenir des catacombes, dont les sources naturelles et les citernes servirent aux besoins du culte. Si quelquesunes subsistent encore de nos jours, comme le puits de la crypte de Saint-Martial et la fontaine du cimetière de Saint-Pontien, formant un large bassin en contre-bas du sol, il en est beaucoup d’autres, comme les puits des cimetières de Prétextat et de Sainte-Hélène (2), qui ont complètement disparu. Dans les églises primitives, on retrouve encore souvent dans le roc, derrière le sanctuaire, des sources d’eau naturelle. Dans beaucoup d’églises du moyen âge, un puits sacré se trouvait percé, soit dans la crypte, soit près de l’autel, tantôt dans la nef cen- ‘trale, dans les collatéraux, sous les tours, dans la chapelle baptismale, ou bien encore dans les murs extérieurs du monument.
C'était tellement l'usage d’adjoindre des puits ou des fontaines, soit près des églises, soit dans leur enceinte, que lorsque la nature du sol s'y refusait, on recourait à l'emploi des citernes. C’est ce que.nous apprend saint Paulin, évêque de Nole, dans la description du temple qu'il fit bâtir en l'honneur de saint Félix : « Peut-être, dit-il, êtes-vous curieux de savoir comment seront remplies tant de fontaines qui embellissent ces lieux, puisque la ville est éloignée et qu’il n'y a près de la aucun aqueduc venant de la ville, pour nous apporter le plus mince filet d’eau ? Je vous répondrai que nous ne nous sommes pas confiés en nous, que nous n’avons pas placé notre espoir dans aucune
(1) Du Cange, Glossar., V0 Puteus in templis. (2) Boldetti, p. 40.
ressource terrestre : nous avons tout abandonné à Dieu et nous avons pensé que le ciel fournirait de l’eau à ces fontaines. Enfin, nous avons construit partout, sous la toiture, des citernes pour recevoir les eaux que Dieu enverra des nues, et des canaux de marbre la verseront en abondance dans nos fontaines. »
Les fontaines dont parle saint Paulin étaient probablement du genre de ces phiales ou bassins d’ablution, construits en marbre dans l’atrium des basiliques, qu’on transporta plus tard sous le porche et enfin dans l’intérieur même de l’église où ils devinrent de simples bénitiers. On se servait préférablement de l’eau de ces fontaines pour les besoins de l’église, comme on le fait encore aujourd’hui en Orient. Dans la plupart des couvents grecs et surtout au Mont-Athos, une fontaine nommée dé s'élève sur le parvis, entre l’église et le réfectoire : c'est ordinairement une cuve circulaire en marbre blanc, protégée par un dôme à huit pans que supportent huit colonnes. L’intérieur de la coupole est décoré de peintures relatives la plupart aux vertus purificatrices de l'eau. Lorsque, dans nos contrées, les fontaines disparurent à l’époque romane, elles furent souvent remplacées par un puits qui ne pouvait guère servir aux ablutions de la piété individuelle, mais qui fournissait au service divin une eau pure, ayant le mérite de provenir d’un sol sacré. >
Les puits pratiqués dans les anciens cloîtres monastiques ou dans leur préau étaient destinés avant tout aux usages profanes de la communauté; il y avait encore des fontaines spéciales où les moines se lavaient les mains avant et après le repas. Il nous paraît fort probable qu'on puisait là aussi les eaux dont on avait besoin pour le service religieux de Péglise. Parmi les plus remarquables de ces puits monastiques, on doit citer celui de l’ancienne Chartreuse de Dijon qu’on appelle le Puits de Moïse, à cause de sa principale sculpture, et la fontaine claustrale de l’abbaye de Saint-Denis, conservée aujourd’hui au palais des Beaux-Arts (1).
La plupart des anciens puits d'église n’offrent point de ces riches décorations ; ce n’est qu'à partir du xim° siècle que la margelle fut souvent surmontée d’un appareil en pierre ou en bois, supporté par des piliers ou des colonnes et destiné à la suspension de la poulie.
Rome a conservé un assez grand nombre d'anciens puits; on en voit à Saint-Barthélemy-en-l’Ile, à Saint-Laurent de Lucine, à Santa-Maria
(1) Alb. Lenoir, Archit, monast., 11, 315.