‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 116 sur 283 · LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTEM! DATE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTEM! DATE

seignements bien précis. On sait toutefois que ces hérétiques initiaient aux mystères de leur association par un baptême d’eau-de-vie, auquel ils joignaient, dit-on, la pratique de la circoncision (1).

. Feu. — Un passage de saint Matthieu, interprété à tort dans son sens littéral, a fait considérer le feu, par certains hérétiques, comme matière du baptême, ou du moins comme lun des éléments cérémoniels de son administration, « Pour moi, dit saint Jean-Baptiste (MATTH., UT, 11), je vous donne un baptême d’eau, afin que vous fassiez pénitence, mais celui qui va venir après moi est plus puissant que moi; c'est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu. » Cette dernière expression a été comprise de diverses manières. Origène (2), saint Ambroise (3) et saint Hilaire (4) s'appuient sur ce texte pour dire que le baptême d’eau ne nous donnant pasun degré de purification assez levé pour entrer dans le Ciel, Jésus-Christ lui-même, au jour du jugement, nous purifiera par le feu. Saint Grégoire de Néocésarée (5) fait tenir ce langage à Notre-Seigneur parlant à saint Jean : « Baptise- « moi, moi qui dois baptiser les croyants, d’eau, d’esprit et de feu ; « d’eau, pour laver la fange des péchés ; d'esprit, pour animer et faire « revivre les morts; de feu, afin de pouvoir brûler et consumer les € épines des péchés. » Ce feu dont parle saint Jean, c’est, pour Eusèbe de Césarée (6), l’ardeur de l’Esprit-Saint; pour saint Jean Chrysostome (7), la surabondance des grâces ; pour Lactance (8), ce sont des flammes que les justes traverseront sans s’y brûler ; pour saint Augustin, ce sont les exorcismes qui précèdent le baptême (0), ou les tribulations qui éprouvent ici-bas les fidèles (10) ; pour saint Jérôme (11) et le plus grand nombre des commentateurs, c’est la descente du Saint-Esprit en forme de flamme, et le feu de charité qu'il doit répandre dans l’âme des fils adoptifs de Dieu.

(1) Bernard Picart, Cérém. relig., 1v, 163.

(2) Homil. XXIV in Luc,

(3) Zn psalm. CXVIIL, 11.

(4) In psalm..CX VIII, n. 3 et 12,

(5) Orat. in Epiph.

(6) Teophaniæ fragm. CXIII, ap. Maï, 1, 140.

(7) Hom. XI in Matth.

(CREVIL EE. Rx,

(9) In ps. LXV, 1.

(10) Serm. LXXT de verb. Matth., n. 1Q.

(11) 1n Matth., TL, 11,

D'après Ansaldi (r), une tradition des Juifs affirmait qu'Élie

apparaîtrait avant le Messie et qu’il annoncerait sa venue par les miracles qu'il opérerait au nom du Saint-Esprit et par le feu, signe d’un

nouveau pacte d'alliance entre le Christ et les Juifs. Saint Jean répond aux Juifs qu’il n’est point cet Élie qu’ils attendent vainement, mais que bientôt va venir le Messie qui baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu, c'est-à-dire qui restituera à son peuple le don des prophéties et des Dnrneles, qui construira le nouveau temple où le feu divin descendra, comme jadis, sur l'autel des sacrifices. Le Précurseur promettrait donc ici la restitution des dons et des faveurs du premier temple, que les Juifs espéraient vainement d Élie ; ce serait une prophétie relative à l? Église et qu’ils appliquaient au nouveau temple. Ce feu, ce serait la Bloine: du Seigneur qui brilla dans l’étoile des Mages, dans les lueurs qui illuminèrent le Jourdain au moment du baptême, dans les splendeurs dela Transfiguration, dans la lumière céleste qui térrassa saint Paul sur le chemin de Damas, dans les langues de feu qui descendirent sur les Apôtres, au jour de la Pentecôte, dans les flammes vengeresses qui détruisirent la coupable Jérusalem.

D’après d’autres commentateurs, le feu dont parle saint Jean, c’est celui de l'Enfer et du Purgatoire qui purifiera tout à la fin des temps; c'est le baptème du martyre; c’est le règne millénaire du Christ qui suivra la conflagration du monde; c’est le feu de la colère divine qui doit punir les Juifs rebelles et les pécheurs endurcis; c’est l'incendie qui dévorera Jérusalem ; c’est le symbole de la charité que le baptême fait brûler dans les âmes, etc.

Voltaire lui-même a voulu dire son mot sur cette question, et a proposé cette interprétation fantaisiste : « Il y a, dit-il (2), plusieurs opinions sur le baptême de feu, dont saint Luc et saint Matthieu parlent. La plus vraisemblable, peut-être, est que c'était une allusion à l’ancienne coutume des dévots à la déesse de Syrie, qui, après s’être plongés dans l’eau, s’imprimaient sur le corps des caractères avec un fer brûlant. Tout était superstition chez les misérables hommes, et Jésus substitua une cérémonie sacrée, un symbole efficace et divin à ces superstitions ridicules. »

Quelques exégètes ont essayé de-se tirer d’affaire en considérant le mot ?n igne comme une interpolation, parce qu’il est absent d’un certain nombre de textes manuscrits de saint Matthieu ; mais comme

(1) De Baptismo in Spirit. sanct. et igni, (2) Questions sur l’'Encycl., art. Baptéme.

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