LIVRE IV. -— DE IA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME Te
on le trouve également dans saint Luc (nr, 16), c’est là une mauvaise fin de non-recevoir ; il faut donc entendre ce passage, avec la grande majorité des interprètes, de l'effet intérieur que le Saint-Esprit opère dans l’âme ou bien du miracle accompli le jour de la Pentecôte, par la descente du Saint-Esprit sous la forme de langues de feu (1).
Un certain nombre d’hérétiques des premiers siècles, interprétant dans un sens littéral les paroles de saint Jean, ont introduit le feu dans l'administration de leur baptême. L'auteur d’un Traité de la rebaptisation, inséré dans les œuvres de saint Cyprien (2), nous dit que les disciples de Simon le Magicien, dont il restait encore quelques débris au 11° siècle, faisaient apparaître des flammes au-dessus de l’eau quand ils baptisaient, prétendant que ce baptême était le seul bon, le seul semblable à celui de Jésus-Christ. Les Ménandriens en agissaient de même (3), tandis que d’autres Gnostiques appliquaient un fer rouge sur les oreilles des baptisés (4). Les Séleuciens et les Herminiens rejetaient le baptème d’eau, qu’ils attribuaient à saint Jean, et n’admettaient que le baptème de l'Esprit et du feu ; mais, comme les historiens qui nous en parlent (5) ne nous renseignent nullement sur leur mode de régénération, on ne peut point affirmer, mais seulement conjecturer qu'ils employaient le feu et l’insufflation. Tertullien, ou du moins l’auteur du poème contre Marcion, nous dit que Valentin faisait rebaptiser ceux qui avaient été régénérés hors de leur secte, et, qu'après les avoir plongés dans l’eau, il les faisait passer par les flammes.
Au x siècle, les Cathares croyaient bien interpréter le texte de saint Matthieu en baptisant non pas dans le feu, mais au milieu du feu: aussi le‘catéchumène se tenait-il dans un grand cercle de flambeaux, pendant que l’archi-cathare prononçait sur lui les bénédictions baptismales (6).
Le baptême de feu aurait fait partie de la doctrine secrète des Templiers, d’après la savante dissertation de M. de Hammer sur le mystère du Baphomet (7). Cette idole, qui joue un si grand rôle dans l’interro-
(1) On peut consulter sur cette question, outre la dissertation d’Ansaldi : J. Marckius, Exercit. de Baptismo in spiritu et igne ; Fred. Miegius, Disput. theolog. de bapt. flaminis, t. I, Miscell., fasc. IT et IV); Hermann Witsius, De Baptistæ vita,, exercit. XV; D. Calmet, Dissert. sur les trois baptêmes.
(2) De Rebaptismate, col. 642, édit. Venit., 1728.
(3) Matter, Hist. crit. du Gnosticisme, r, 206.
(4) Fragm. gnost., ap. Patrol. grec., t. VII, col, 1291.
(5) Philostr., Aæres. LV ; August., Hær. LIX.
(6) Eckbert, ap. Bibl. Patr., xxin, 615.
gatoire des Templiers, avait été l’objet des interprétations Îles plus diverses. On l'avait considérée tour à tour comme l'image du Dieu suprême dans l’état de quiétude que lui attribuaient les Gnostiques ; comme une figure de sphinx égyptien, symbole du mystère et de la discrétion ; comme un trophée ou une armure; comme uné chaire faite en forme de tête et contenant des reliques. M. de Hammer, qui rattache les doctrines secrètes des Templiers à celles de la secte des Ophites, a essayé de prouver que le baptème de feu des Gnostiques se retrouve dans le baptême de lumière des Templiers, et que ce baptème était symbolisé dans le Baphomet (Baen Mure), mot qui signifierait baptême de Mété, divinité androgyne qu’adoraient les Ophites. | De nombreux écrivains des xvi° et xvnr® siècles ont prétendu que les Jacobites d'Orient (1), les Abyssiniens (2) et les Éthiopiens (3) imprimaient le signe de la croix avec un fer chaud soit sur le visage, soit sur le front de leurs enfants, avant ou après l’immersion baptismale. Un abbé d'Éthiopie, nommé Pierre, se plaignit au pape Paul II de cette accusation calomnieuse, et, pour y couper court, fit imprimer à Rome le Rituel baptismal de son pays (4). Un missionnaire portugais, Jérôme Lobo, disculpa également sur ce point les Abyssiniens (5); Assémani (6) en fit autant pour tous les Jacobites. Le savant orientaliste Job Ludolf (7) dit que les anciens voyageurs ont pris pour les stigmates d’un baptême de feu, les traces du cautère que plusieurs peuples d'Afrique appliquent sur la veine carotide ou sur les tempes de leurs enfants, croyant par là les préserver des catarrhes. Quant aux signes de croix que certains Orientaux portaient sur le cou, sur les bras ou sur quelque autre partie du corps, cela provient peut-être de ce que les Mahométañs obligèrent parfois les Chrétiens de leur dépendance à porter ces marques extérieures de leur religion; ou, plus probablement, comme ledit Renaudot (8), les Chrétiens marquaient volontairement leurs enfants de ce
(1) Jacques de Vitry, Hist. hierosol., c. Lxv; Bernard de Luxembourg, Catal. hæres., 1. Il, vo Jacobitæ ; Bellarmin, De Baptismo, 1. I, c. tir.
(2) Brerewod, Recherches curieuses, c. xx1; M. Ross, Religions du monde, divis. xiv; Thomas de Jésus, Trabalhos, 1. VII, p. 2, c. vis ; Godigne, De Abyssin. reb., 1. I, c. xxxv.
(3) Pigafetta, Descript. regn. afric., part. Il, c. xcu ; L. Rauchwolfus, Itiner. Orient, 1. IE, c. xvur; Thiers, Traité des superst., t. II, c. vi et 1x. 1 Modus baptizandi, preces et benedictiones quibus Ecclesia Œthiopica utitur. Romæ,
(5) Aist. æthiopica, 1. IL, c. vi.
(6) Biblioth. Orient., t. II, diss. r, 2 5.
(7) Hist. æthiop., 1. III, c. vi, n. 41.
(8) Perp. de la foi, t. V, 1. Il, c. mr.