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LIVRE IV,— DE LA MATIEREËDU SACREMENT DE BAPTÈME

signe pour qu’ils ne fussent pas exposés à être enlevés comme esclaves par les Mahométans qui ont horreur de la croix.

Une secte de Sibérie, qui rejetait tout sacerdoce et s'appelait Bezpopovtchina, proclamait que la mort volontaire par le baptême de feu était un devoir pour le vrai chrétien. |

Ignace, métropolitain de Tobolsk, rapporte(r)que Daniel Domitien, vers la fin du xvrr siècle, réunit autour de lui dix-sept cents schismatiques de Sibérie, hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles, qui aspiraient au baptême purificateur du feu. Le métropolitain de Sibérie eut beau essayer d'éclairer leur fanatisme : ces infortunés, à la voix de leur chef, mirent le feu à leurs cabanes et périrent tous dans un embrasement général (2).

Huire. — Ceux des Marcossiens qui ne rejetaient pas complètement le baptême le conféraient avec de l’huile (3); c’est ce que faisaient aussi les Priscillianites d'Espagne (4). Les Mingréliens et les Géorgiens versent de l’huile de noix dans le baquet plein d’eau tiède où doit se faire l’immersion baptismale (5).

Pourrait-on s’imaginer que certains protestants ont poussé la mauvaise foi ou l'ignorance jusqu’à accuser les Catholiques de baptiser avec de l'huile ? Hugues raconte, dans ses discussions avec Breckenridge, qu’il a assisté en Amérique à un congrès d’évêques protestants qui déclarèrent non valide le baptème donné par les Catholiques, parce que, disaient-ils, nous le conférons en latin et avec de l’huile.

Larr. — Un texte cité dans le Glossaire de Du Cange (6) nous apprend que, chez les Irlandais du moyen âge, lé lait était employé pour le baptême des enfants riches. On a supposé qu'il s'agissait ici du lait et du miel qu’on offrait aux nouveaux baptisés après la communion; mais on le donnait en si petite quantité, que nous ne voyons pas pourquoi on en aurait privé les enfants pauvres. Nous croyons donc qu'il est ici question d’un bain de lait, ou plutôt d’une eau mêlée de lait, ce qui nous expliquerait pourquoi le concile de Cassel (1172) prescrit que les enfants soient baptisés dans de l’eau pure.

(OP rES LI Te CL pp 10, 10:

) Boissard, l’Église de Russie, PDT HN NE AIS SE rte ) Turribe, Epist. XV ad S. Leonem, c. v. (Patrol. lat., t. LIV, col. 604.) ) Relation du P. Zampi, dans le tome VII du Recueil des Voyages du Nord.

(6) Lac adhibitum fuisse ad baptizandos divitum filios. (Carpentier, Suppl. ad Glossar.)

Au xrv° siècle, un petit nombre d’Arméniens baptisaient, les uns avec du vin, les autres avec du lait (r).

Luther interrogé si, par suite de manque d’eau, il serait permis de baptiser avec du lait, répondit (2) que tout ce qui peut servir d'ablution est propre au baptême.

SABLE. — Un écrivain du vrr° siècle, Jean Moschus, raconte (3) la singulière anecdote suivante : Un Juif, traversant un désert de sable avec des Chrétiens, sentit soudain les approches de la mort et demanda le baptême à ses compagnons de voyage qui, naturellement, répondirent que le manque absolu d’eau leur rendait ce ministère impossible. Mais l’un des voyageurs, touché sans doute de l’insistance de l’Israélite, le fit dépouiller de ses vêtements et, par trois fois, répandit du sable sur sa tête, en disant : « Théodore est baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Le malade fut guéri à l'instant même, et quelquesuns des voyageurs virent dans ce miracle une preuve de la validité de ce baptême ; mais l’évêque Denis, auquel on conduisit plus tard le Juif, ne fut pas de cet avis et lui conféra le baptême d’eau.

D'après Nicéphore, qui reproduit cette anecdote (4), l'évêque en question aurait été Denis d'Alexandrie, et le fait se serait passé sous le règne de Marc-Aurèle; mais ce pontife ne vécut que soixante ans après la mort de cer empereur. Baronius rapporte cet événement à saint Denys de Corinthe, l’un des plus illustres prélats du second siècle ; cela est tout aussi inadmissible, puisque Moschus, mort vers l’an 619, dit tenir ce fait d’un témoin oculaire; il semble d’ailleurs résulter de son récit qu’il s’agit d’un évêque d’Ascalon. Ce détail, controversé dans plusieurs thèses protestantes (5), nous semble avoir peu d'importance; mieux aurait valu examiner si l’on doit accorder beaucoup de confiance à certains récits de Moschus et de Nicéphore, qui nous paraissent empreints d’une singulière crédulité. Quoi qu'ilen soit, cette anecdote dénoterait simplement l'ignorance de quelques laïques du vri° siècle, et si le Juif fut réellement guéri, il faudrait attribuer ce” miracle à l’ardeur de sa foi et non point à son prétendu baptême.

SANG. — Les Effrontés, branche des Valentiniens, étaient ainsi

(1) Raynaldi, ann. 1387, c, LxIx.

(2) Colloq. sy mpos., c. xvur.

(3) Prat, spirit., ©. cLxxVI.

(4) Hist., 1. II, c. xxxvir.

(5) Nous en donnerons la liste dans notre Bibliographie du Baptême.

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