LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAP1 ÊME
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nommés parce qu'ils se rasaient le front jusqu'à ce que le sang en jaillit; ils y appliquaient ensuite de l'huile, et se croyaient ainsi baptisés (r).
On sait que, au xmr° siècle, en Italie, en Allemagne, en Pologne et ailleurs, les Flagellants, pour prévenir les jugements de Dieu, parcouraient les rues, la nuit, précédés de leurs prêtres, de croix et de bannières, et flagellaient jusqu’au sang leurs épaules nues, en chantant des cantiques. Selon quelques écrivains (2), ils prétendaient que ce baptême de sang devait désormais remplacer le baptême d’eau, et que cette substitution de la fin des temps avait même été figurée par Jésus-Christ, alors qu'aux noces de Cana il changea l’eau én vin rouge. Cela peut être vrai de quelques sectes de Flagellants; mais ne serait-ce pas plutôt une fausse conclusion populaire, tirée précisément de ce nom de baptême que ces sectaires donnaient à leur flagellation ? Toujours est-il que Gerson, dans le traité qu’il écrivit contre eux, leur adresse bon nombre de reproches, entre autres celui d’avoir renoncé à la confession sacramentelle, mais qu’il ne fait aucune allusion à l'abandon du baptême d’eau.
TERRE. — Spiller (3) dit que plusieurs scolastiques ont prétendu qu'on peut baptiser avec de la terre, par cette raison que Notre-Seigneur y a été enseveli. Nous supposons que l'écrivain allemand aura mal compris quelques textes symboliques, car nous n’avonsrien trouvé dans les écrivains du moyen âge qui puisse justifier cette accusation.
UrRine. — Nous lisons dans un théologien du xrv* siècle (4) : Dicunt aliqui doctores quod in urina propter defectum aquæ posset baptizari, * quod non credo verum, quia urina non est aqua, sed humor resolutus a cibis comestis. »
Vin. — Egbert, archevêque d’York, au vu siècle, condamne énergiquement, dans son Recueil de canons, les prêtres de son temps qui mêlaient du vin à l’eau baptismale (5).
M. Paul Lacroix nous dit (6) que « le bon pape Étienne II avait
(1) Salelles, De tribun. inquisit. , 11, p. 3x1. (2) Alph. de Castro, Advers. hæres., 1. III, p. 227. (3) Hist. Magazin neues Goeltingen, t. II.
(4) Manipul. curat., De Baptism., c. 11.
EbabbenConc., TIT, 530.
(6) Le Moyen äge et la Renaissance, t. Il, Superstitions.
décidé que le vin, faute d’eau, pouvait être employé au baptême, et ce, en vertu de l'argument irrésistible que tout vin est plus ou moins mêlé d'eau, mais que l'Église réforma cette décision bachique ». L'auteur du Moyen âge et de la Renaissance prête vraiment trop d'esprit à ce Souverain Pontife. On lui attribue, il est vrai, un singulier rescrit adressé en 754 à des moines de Bretigny qui l'avaient consulté sur la validité d’un baptême conféré avec du vin par un prêtre qui manquait d’eau. Le Pape se borna à répondre que ce prêtre, vu le cas de nécessité, ne s'était rendu coupable d'aucune faute et que l'enfant était bien validement baptisé; mais que si ce prêtre en avait agi ainsi, ayant pu se procurer de l’eau, il devait être excommunié et soumis à la péniténce publique (r). Ce texte est d'autant plus suspect que les auteurs contemporains ne parlent point de ce prétendu rescrit, et que des trois anciens manuscrits qui le reproduisent, l’un l’attribue à Étienne, évêque de Tournai, et l’autre au pape Syrice, intronisé en 385. Comment pourrait-on supposer de la part d’un Souverain Pontife une ignorance que n'avait pas le moindre clerc de son temps. Il faut donc admettre, ou bien qu'il y a eu quelque altération dans le texte primitif (2), ou bien qu’une note marginale, dénuée d'autorité, aura été fondue avec le texte par quelque copiste distrait; ou bien encore que cette réponse, comme plusieurs autres attribuées au pape Etienne II, est complètement supposée (3). On peut choisir entre ces trois explications; mais ce qui reste démontré par les meilleurs critiques (4), c'est qu'une pareille décision ne saurait être l’œuvre ni de Syrice, ni d'Étienne II.
(1) Si in vino quis, propterea quod aquam non inveniebat, omnino pericli autem infantem baptizavit, nulla ei exinde adscribitur culpa. Infantes sic permaneant in ipso baptismo, nam, si aqua adfuit præsens, ille præsbiter excomunicetur, et pænitentiæ submittatur, quia contra canonum sententiam agere præsumpsit. » (Sirmond, Concil, gall., OU)
(2) CI y a lieu de croire qu'après le mot culpa, on a omis la conjonction si ; ainsi il faudrait lire: Nulla ei exinde adscribitur culpa, si infantes sic permaneant in ipso baptismo. La raison en est que le pape n’avait point été consulté sur la validité de ce baptême, mais touchant la faute que ce prêtre avait commise. Le pape excuse ce prêtre, parce qu’il n’était pas la cause si cet enfant n'avait point été depuis baptisé avec de l'eau; ilya même des critiques qui estiment que la parenthèse, infantes sic permaneant in ipso baptismo a été ajoutée au texte par des ignorants. » (Conf. d'Angers sur le Bapt., n. 97.)
(6) Jean Hardouin, dans une dissertation spéciale (De Baptismo in vino), a essayé de démontrer que sur les dix-neuf réponses attribuées au pape Etienne, il y en a dix de supposées.
(4) Noël-Alexandre, Binterim, D. Ceillier, Grandcolas, le P, Labbe, Sirmond, Tournely, Trombelli, etc, k