CHAPITRE II
De la Matière éloignée du Baptème
La matière éloignée du baptème consiste dans l'application de l’eau, c'est-à-dire dans l’ablution. Nous réserverons pour le livre XIV, RITES ET CÉRÉMONIES, tout ce qui concerne l’unité.ou la triplicité de cette ablution, ne voulant nous occuper ici que de l'immersion, de l’infusion et de l’aspersion, trois modes également autorisés par l’Église.
ARTICLE I
be l’Immersion
La plupart des théologiens et des liturgistes admettent d’une manière générale : 1° qu’il y eutimmersion totale depuis les temps évangéliques jusqu’au x1v° siècle environ ; 2° que du xim* au xv° siècle, on employa limmersion partielle du corps avec infusion sur la têtes 3° qu'à partir du xv° siècle, l’infusion seule remplaça l’infusion accompagnée d'immersion. L'étude attentive des textes et des monuments ne nous permet pas d'adopter cette classification chronologique. - Nous ne pouvons point non plus souscrire au système qu’a concu et défendu M. le vicomte de Saint-Andéol dans son intéressante Etude sur les baptistères (1). Sa théorie peut se résumer ainsi : 1° Dans les premiers siècles, submersion très rare dans les grandes rivières et, généralement, immersion partielle des adultes, accompagnée d’infusion, soit dans des rivières, soit dans des cuves ; 2° du rv° au vu siècle, triple et abondante infusion, sans aucune immersion, dans les baptis-
(1) Revue de l'Art chrétien, t, ÎX, p. 587.
tères; 3° du vint au xv° siècle, immersion totale dans une cuve, pour les enfants seulement ; 4° à partir du xv° siècle, infusion de quelques gouttes d'eau sur le front. Le savant archéologue, préoccupé exclusivement des monuments qu’il avait étudiés, surtout dans le midi de la France, ne s’est pas inquiété des textes qui pouvaient, sur certains points importants, lui donner un démenti.
D'un autre côté, les théologiens et les liturgistes n’ont guère tenu compte des monuments et de l’iconographie ; de plus, l'interprétation trop littérale qu’ils ont souvent donnée à des expressions devenues symboliques, leur tendance à généraliser des indications purement locales, leur confiance mal placée dans les assertions si souvent erronées de Visconti, leur ont fait émettre et propager des inexactitudes plus ou moins graves.
Sans nous dissimuler la difficulté de la tâche que nous entreprenons, nous allons essayer d'interpréter des données qui paraissent parfois contradictoires. Après avoir rappelé les textes et examiné les monuments, nous chercherons à concilier autant que possible les renseignements incomplets qu’ils nous fournissent; nous interrogerons ensuite les documents historiques relatifs à la durée de l’immersion chez les divers peuples de l'Occident, et nous rechercherons les causes de sa désuétude; après avoir constaté les divers modes d'immersion conservés chez les Orientaux, nous parlerons de ceux que font revivre diverses communions protestantes, et nous pourrons alors tirer nos conclusions chronologiques.
La comparaison que saint Paul fait du baptême avec l’ensevelissement, implique l’idée de la descente d’un corps dans un lieu profond, c’est-à-dire de l’immersion, de même que l’expression naître de l'eau semble indiquer que l'on sort de cet élément. L’immersion baptismale, d’après le langage des Pères, figure la sépulture et la résurrection du Sauveur, en même temps qu’elle marque les obligations contractées au baptême. De même que le Sauveur sortit du tombeau pour vivre désormais d’une vie toute spirituelle, impassible, immortelle et glorieuse, ainsi le néophyte ne sort du bain régénérateur que pour mener une vie pure, innocente, pleine de vertus, c’est-à-dire véritablement chrétienne.
Les mots /#ergere, mergilare, in aquas mittlere, dont se servent les saints Pères, suffiraient à eux seuls pour démontrer l’usage de l'immersion dans les premiers siècles, quand bien même nous n’aurions pas sur ce point des textes si nombreux et si positifs. Toutefois, il est es-