LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
sentiel de faire remarquer que si ces expressions ont une valeur probante pour les premiers siècles, il n’en est plus de même pour les suivants. Mergere devient complètement synonyme de baptizare qui signifie aussi le plus souvent plonger. Or, si l’on a conservé cette dernière expression pour le baptême par infusion, pourquoi n’aurait-on pas agi de même à l'égard de la première ? Comme tant d’autres mots, mergere a passé du sens propre au sens figuré, et, selon les temps et les pays, il a exprimé des procédés différents. Tantôt il a signifié l'immersion totale ou partielle, soit dans les rivières, soit dans les cuves; tantôt l'immersion accompagnée d’infusion, tantôt enfin l’infusion seule ; car, au xvr° siècle, les Statuts synodaux de Verdun prescrivent de faire une triple immersion d’eau bénite sur l'enfant (He qui a évidemment le sens d’effusion. De nos jours, n’appelle-t-on pas encore ondotement l’action de verser quelques gouttes d’eau sur la tête d’un enfant que de sérieux motifs empêchent de faire baptiser solennellement ? Or le mot ondoyer signifie littéralement plonger dans les ondes. IL ne faut donc accorder qu’une valeur restreinte à certains arguments étymologiques et tenir soigneusement compte des extensions et des variations de sens que subit souvent un même vocable. C’est ce que ne font point les schismatiques grecs.et certains Baptistes lorsqu'ils proscrivent l’infusion, par ce motif quele mot baptême signifierait exclusivement #mmersion. Un écrivain protestant est tombé dans une exagération contraire, en condamnant l’immersion sous le prétexte que le mot baptiser signifierait uniquement asperger (2). L'Église romaine est bien plus sage en n’accordant pas une importance démesurée à un rite qui n’est pas essentiel au sacrement, et en reconnaissant non seulement la validité de l'immersion, mais aussi sa licité partout où cet antique usage a persévéré.
L'Écriture sainte ne nous donne qu’une indication bien précise sur le mode baptismal des temps évangéliques : c’est dans le passage où il est dit (3) que le diacre Philippe descendit dans l’eau avec l’eunuque de Candace pour le baptiser; mais rien n'indique qu'il y ait eu submersion complète ou bien immersion accompagnée d’infusion. On pourrait peut-être invoquer en faveur de cette dernière hypothèse les témoignages des voyageurs anciens et modernes, constatant que la fontaine dite de Saint-Philippe ne laisse échapper qu’un mince filet
(1) Et fiat trina aquæ immersio de aqua benedicta fontium super infantem. (2) Cretin, le Judaïsme, etc., p. 4.
(3) Act. apost., virr.