LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
séjourné en Afrique, en Asie et en Grèce, il fait souvent allusion aux usages et aux mœurs de l'Orient.
Malgré toutes les réserves que nous venons de faire, nous sommes porté à croire que, dans les contrées orientales, la submersion complète avait souvent lieu, non seulement dans les cours d'eau, mais aussi dans les baptistères, aujourd’hui ruinés, dont nous ne connaissons pas assez les dispositions intérieures Pour y trouver un argument pour où contre la submersion. Ce qui nous confirme d’ailleurs dans cette pensée, c’est que la plupart des communions orientales pratiquent aujourd’hui l'immersion complète et qu’en général elles ont fidèlement conservé les rites de leurs Églises primitives.
Nos conclusions seront tout à fait différentes pour l’Occident. L’'immersion complète a dû y être extrêmement rare, car les dispositions de ses baptistères ne s’y prêtaient pas, et de nombreux monuments iconographiques nous attestent, d’une manière irréfutable, qu'on pratiquait ordinairement une immersion partielle, complétée par une effusion d’eau sur la tête.
À Pintérieur des baptistères, il y avait une piscine d'un diamètre plus ou moins grand, au milieu de laquelle se trouvait une cuve-réser-
voir, fixe ou mobile, en pierre ou
en métal, contenant l’eau avec
laquelle on devait compléter l’im-
mersion partielle, et elle devait NN trenécessairement partielle, si la
# piscine n'avait pas assez de profondeur pour immerger à peu près complètement le catéchumène. Or M. le vicomte de Saint-Andéol a pratiqué des fouilles dans les ruines d’un certain nombre d’antiques baptistères du midi de Ja France, et en a soigneusement mesuré la profondeur des bassins. Il a trouvé, en déduisant l’épaisseur du plancher de ciment, 36 centimètres pour la piscine de Saint-Irénée à Lyon; 45 cent. pour celle de Riez (v° siècle): 70 cent. pour celle de Marseille; 30 cent. pour celle de Venasque (vi* siècle); 36 cent. pour celle de Lemenc; 40 cent. pour celle de Saint- Jean de Poitiers (1). Les dimensions sont à peu près les mêmes dans les baptistères d'Italie : les piscines du Latran, à Rome, et de Saint-Jeandes-Fonts, à Ravenne, ont de 35 à 45 cent. de profondeur. Il devient
Dune
Cuve-réservoir de Saint-Irénée de Lyon
(1) Revue de l'Art chrét,, 1x, p. 56.
évident que le catéchumène ne pouvait avoir de l’eau, tantôt que jusqu’à mi-jambes, et tantôt, mais bien plus rarement, jusqu’au tiers du corps: c’est donc à tort que les liturgistes, les théologiens et beaucoup d’archéologues ont supposé que tous les bassins des baptistères étaient assez profonds pour l'immersion complète des adultes; ils pouvaient suffire à celle des enfants ; mais les grandes personnes devaient y recevoir un large supplément d’eau sur la tête.
Ceux qui se sont imaginé que l’évêque, placé sur la dernière marche de la piscine, y plongeait trois fois le catéchumène, ne se sont pas rendu compte de l’impossibilité matérielle de cette opération. Comment un évêque, ordinairement âgé, aurait-il pu, du bord d’un bassin, y plonger trois fois un adulte dont le poids l'aurait entraîné dans l’eau, obligé qu’il eût été de se courber jusqu’à terre. Visconti, devinant cette impossibilité, a supposé (1) qu’on se servait d’un contrepoids soutenu par des poulies attachées à une espèce de galerie suspendue au-dessus des fonts, et s’avançant jusqu'au milieu du baptistère; c’est grâce à la facilité donnée par les contrepoids, dit-il, qu'un homme seul aurait pu plonger dans l’eau, sans le secours de personne, un adulte plus pesant que lui. Sans nous arrêter à discuter cette ridicule rêverie, nous dirons qu’un auteur anglais (2) a supposé que le catéchumène se couchait tout de son long dans l’eau, ce qui est démenti par les textes qui nous le représentent toujours debout dans le baptistère. Nous ajouterons qu’un écrivain allemand (3) a cru que le ministre descendait avec le catéchumène dans l’intérieur du bassin, afin de pouvoir l'immerger, en lui appuyant la main sur la tête; cette dernière supposition est juste pour les baptêmes dans les fleuves et peut être admissible pour les baptistères d'Orient, mais elle ne saurait s’appliquer à ceux d'Occident dont le peu de profondeur, nous devons le répéter, interdit l'hypothèse d’une complète immersion.
Dans le système de M. de Saint-Andéol, l’évêque se tenait, pendant la cérémonie, près des bords de la piscine, sur le gradin inférieur, à l'opposé de la porte d’entrée ; les diacres, munis d’un vase d’infusion, étaient placés au centre de Ia piscine, près de la cuve-réservoir contenant l’eau qui venait d’être bénite; les catéchumènes descendaient les trois marches de la piscine, du côté de la porte d’entrée, recevaient sur la tête et les épaules une triple et abondante infusion que leur faisait
(1) De Bapt. rilib., 1, IV, c. vx, (2) Burnet, Expos. of articles, p. 374.
(3) G. Zeltner, De Mersione in bapt., p. 15,