‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 126 sur 283 · LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME

un diacre ou un prêtre; puis ils s’avançaient vers l’évêque qui achevait les cérémonies du baptême et procédait à celles de la confirmation. La piscine centrale, ayant de r à 3 mètres de diamètre, n'aurait été qu'un simple bassin d'écoulement, jouant le rôle d’un sol absorbant, c'est-à-dire que l’eau versée sur la tête des catéchumènes se serait perdue dans un orifice percé au centre de la piscine, Il y aurait donc eu infusion sans aucune immersion. Nous croyons au contraire qu’il y avait une immersion partielle, environ jusqu'aux genoux, ce qui suffisait pour conserver le symbolisme de l’ensevelissement dans les eaux, dont parlent tous les Pères, et aussi le souvenir des immersions plus complètes dans les fleuves. Si l’on n'avait eu qu’à remplir d’eau la cuve centrale, il n’eût pas été besoin d’en faire venir en grande abondance et souvent de très loin, au moyen de conduits souterrains. À quoi donc eussent servi les cerfs d'argent qui parfois, comme au baptistère de Latran, déversaient de l’eau dans l’intérieur du grand bassin ?

On comprend fort bien, dans le système que nous soutenons, la prescription faite aux diacres par l'Ordre romain de descendre pieds nus dans la piscine, puisqu'ils devaient avoir de l’eau jusqu’à mijambes pour arriver à la cuve-réservoir; mais c'eût été là une précaution exagérée, si le sol n'eût été que simplement mouillé par les . premières effusions qu'aurait faites l'évêque lui-même.

Qu'on ne nous objecte point que la piscine n'aurait pu contenir d'eau, parce qu’elle était perforée par un conduit d'écoulement; rien n’était plus facile que de le boucher, avant d'ouvrir les canaux d’irrigation.

Toutefois on peut supposer ouvert le conduit d'écoulement, pendant l'administration du baptême, pourvu que les canaux d'irrigation aient continué, pendant ce temps, d’alimenter le bassin, pour en réparer incessamment les pertes.

Remarquons d’ailleurs que, dans la plupart des piscines, l’orifice du canal d'écoulement est plus élevé que la bouche du canal d'irrigation, ce qui devait maintenir le bassin à peu près plein. Nous disons à peu près, puisque l’eau ne pouvait s'élever au-dessus de l’orifice d’écoulement, pris dans la maçonnerie supérieure du bassin. Par conséquent, lorsqu'une piscine avait 30 centimètres de profondeur, l'immersion des catéchumènes devait être réduite à 25 environ.

Quand l’évêque baptisait par lui-même, il fallait transporter en face de la porte d'entrée la cuve-réservoir, alors qu’elle était mobile, et, bien entendu, avant qu’elle fût remplie d'eau. Mais nous croyons que sou-

vent l’évêque se tenait sur la marche supérieure qui entourait la cuveréservoir. Saint Denys l’Aréopagite nous dit en effet que « le catéchumène, conduit par les prêtres vers la fontaine salutaire, est remis entre les mains de l’hiérarque qui se tient debout en un lieu plus élevé (1). » Saint Ambroise ajoute que le ministre était placé sur la fontaine (2). C'était là que se présentaient les catéchumènes et qu’ils montaient les trois marches, après avoir reçu l'infusion : Ascende ad fontem, lit-on dans l’Antiphonaire de Saint-Grégoire le Grand (3).

Nous nous séparons encore de M. de Saint-Andéol, alors qu’il suppose que l'immersion dans les fleuves a toujours été complétée par une effusion d’eau sur la tête, Partant de cette supposition émise par certains liturgistes, que le ministre aurait été placé sur un tertre voisin du catéchumène immergé jusqu'aux épaules, il remarque avec raison qu’il n'aurait pu lui plonger la tête dans l’eau, sans risquer d’y tomber lui-même, à moins qu’il ne se couchât par terre dans une position ridicule, ce qui est inadmissible. D'accord, mais cette impossibilité n'existe plus, si le ministre descend dans l’eau, comme le fit saint Philippe pour baptiser l’eunuque de Candace, comme le font de nos jours les Baptistes. Ce qu'il est vrai de dire, c’est que, pour ces sortes d’immersions complètes, il fallait des endroits propices, rares à rencontrer, c’est-à-dire un cours d’eau profond d’un mètre 30 cent. à : mètre 40 c. Quand il y avait moins d’eau, comme il arrive fréquemment en Judée, en Asie Mineure, en Espagne, en Italie, etc., il eût fallu s’agenouiller ou se coucher dans l’eau, ce qu'aucun texte ne peut nous faire supposer; si, au contraire, on avait choisi les endroits creux qu’on trouve quelquefois dans les cours d’eau torrentueux, il y aurait eu danger de se noyer. Dans le premier cas, c’est-à-dire lorsque la profondeur d’eau n’était pas suffisante, saint Jean-Baptiste, les apôtres et les missionnaires des premiers temps durent recourir à une ample infusion d’eau sur la tête, suppléant ainsi ce qui manquait à l’immersion partielle. Cette ablution mixte a-t-elle été plus commune dans les rivières que la submersion? Nous l’ignorons; mais ce qui nous paraît certain, c’est que l’un et l’autre mode ont été pratiqués en même temps; les textes du rve siècle que nous avons cités ne laissent en effet aucun doute sur des cas d'immersion complète, tandis que les monuments iconographiques de cette même époque et des siècles suivants

1) De Hierarch. eccl., c. 11.

) Vidisti fontem,"vidisti et sacerdotem supra fontem. (De Sacr,, Lie. nr)

( + (2 (3) Thomasi, Opera, t, V, p. 93.

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