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LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME

xv° siècle, représentent toujours le catéchumène, enfant ou adulte, ayant la partie inférieure du corps plongée dans le réservoir des fonts, et prêt à recevoir l'infusion sur la tête.

L’iconographie se trouve donc d’accord avec les données historiques pour démontrer, d'une manière générale, qu'en Occident, l'immersion plus ou moins complète, accompagnée ou non d’infusion, a régné pendant les douze premiers siècles et que, pendant cette période, le mode d’infusion, surtout pour les enfants, a été exceptionnel; qu'aux xt‘ et xiv° siècles l’immersion était beaucoup plus généralement pratiquée que linfusion; enfin, que l'infusion a prévalu au xv° siècle, et qu’à partir du xvi, l'immersion n'a plus été qu’exceptionnelle. Mais, comme la décadence de ce rite n’est point survenue partout à la même époque, nous devons porter successivement notre attention sur l'Italie, la France, la Belgique, l'Allemagne et l'Angleterre. Nous parlerons ensuite des contrées ou règne encore le rite, plus ou moins général, de l'immersion.

Irazie. — Nous voyons par le témoignage de saint Bonaventure que le rite de l’immersion régnait encore en Italie au xu° siècle. Un concile tenu à Ravenne, en 1311, laisse le mode baptismal à l'arbitre du ministre. En 1371,1les Constitutions synodales de Bologne, tout en prescrivant l'immersion, permettent l’infusion pour les lieux où Île premier de ces rites serait difficile à accomplir, soit à cause de la pénurie d’eau bénite, soit en raison de l’exiguité des fonts.

En 1374, le concile de Bénévent, après avoir constaté l’usage de l'immersion dans cette province ecclésiastique, ajoute (r) qu’on doit agir de même dans les ondoiements faits à domicile; mais que, si l'on n’a point à sa disposition un récipient assez grand, on peut se contenter de verser de l’eau sur la tête de l'enfant. Ces prescriptions ont été maintenues par le concile de 1693, pour les 142 paroisses qui composent le diocèse de Bénévent. Benoît XIII, qui en avait été archevêque, continua de baptiser par immersion pendant son pontificat, et il introduisit les cérémonies de ce rite dans la rédaction du Pontifical romain; il leur donne même le premier rang, en raison sans doute de son attachement aux antiques coutumes de son ancien siège épiscopal, tandis que dans le Rituel de Grégoire XIII, le rite de l’infusion précède celui de l'immersion ; la règle, comme c’est naturel, prend le pas sur l’exception. Le baptême par immersion se pratique encore aujour-

(1) Benoît XIIL, Syn. Benevent. Eccles., p. 75.

d’hui dans presque tout l’archidiaconé de Bénévent; mais on se borne à plonger la tête de l'enfant dans la cuve (r).

L'immersion est encore prescrite dans des Rituels baptismaux imprimés à Brescia en 1555 ; à Venise’ en 1591, 1573 et 1581; à Turin, en 1589. Ce n’est qu’en 1593 que l'Église de Bologne substitua l’infusion à ses antiques usages (2).

Beaucoup d’autres Rituels du xvr° siècle ne parlent plus que de l’infusion (3).

FRANCE. — Un écrivain anonyme, cité par Allatius (4, prétend que Charlemagne aurait ordonné de généraliser l’emploi de l’infusion, réservée jusque-là aux malades. Cette assertion est démentie par tous les textes historiques. Au xn° siècle, ni les théologiens, ni les Rituels ne parlent point encore de l’infusion. Il commence seulement à en être question vers le milieu du xm° siècle où saint Bonaventure constate son apparition (5). Saint Thomas en parle comme d’un usage eXCeEptionnel et dit qu’un ministre pécherait gravement en baptisant autrement que par immersion, parce qu'il ne se conformerait pas au cérémonial de l’Église latine (6).

En 1275, les deux modes étaient usités dans le diocèse d'Angers; car, à cette date, l’évêque Nicolas Gelant, dans une instruction synodale, rappelle à l’observance des règles liturgiques les prêtres qui, par négligence, se contentaient d’immerger les enfants une seule fois dans l’eau ou de leur faire une seule infusion (7). .

Le concile de Nîmes, en 1284, prescrit le rite de l'immersion, avec cette réserve qu’on peut user de l’infusion quand il y à péril de mort pour l'enfant, et qu’on n’a point à sa disposition ni assez d’eau ni un vase assez grand (8).

Au xrv° siècle, le Rituel de Sainte-Madeleine de Beaulieu prescrit l'infusion; les Statuts synodaux de Cambrai recommandent de ne pas plonger la tête de l'enfant dans l’eau, mais de lui en verser sur la tête.

(1) Barbier de Montault, Traité de la Visite pastorale, p. 106.

(2) Trombelli, De Baptism., t. IL, p. 264. ‘

(3) Rituels de Côme (1557), de Brescia (1570), de Pérouse (1582), de Venise (1592) de Bologne (1503), etc.

(4) De Separatione veteris Romæ a Græcis, ap. Allat., 1. IL, c. vi,

(2) Je 1, dist AT, qe

(6) Summa, TIR part., q. LXVI, art. 7

(7) D’Achéry, Spicil., xr, 223.

(8) D. Martène, De Rit. Eccles., 1. I, c. 1, art. 14.

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