LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
qu'on présentait aux fonts étaient âgés de quelques mois ou du moins de quelques semaines, et pouvaient plus facilement supporter l’impression d’un bain froid. Il n’en fut plus de même quand on se mit à baptiser les enfants quelques jours après leur naissance, et à toutes les époques de l'année. Alors on dut user à leur égard de la même indulgence qu'on avait pratiquée depuis les premiers siècles envers les malades. On avait bien, il est vrai, la ressource de faire chauffer l’eau; mais n’était-ce point un grand embarras que de faire tiédir une pareille quantité de liquide ? Il eût fallu, à l'exemple des Orientaux, faire une bénédiction spéciale de l’eau chauffée dont on allait se servir, y ajouter un peu d’eau des fonts, immerger l'enfant dans un vase plus Où moins profane et violer ainsi, en quelques points, les prescriptions liturgiques. :
Il serait naturel de supposer que l'immersion a commencé à être abandonnée dans les climats du Nord, où elle peut avoir de plus graves inconvénients, et cependant les faits démontrent qu’elle tomba en désuétude d’abord en France, puis en Italie, en Allemagne, et enfin en Angleterre, seulement sous le règne d’Élisabeth.
Un second motif qui dut faire renoncer à l'immersion, c’est la contamination de l’eau par des maladies de peau qui pouvaient se gagner, et par ces souillures qui firent donner à Constantin IV le surnom de Copronyme. L’impression de l'eau sur les enfants nus devait rendre assez fréquents des accidents de ce genre, et les théologiens ont dû se demander en quels cas il fallait remplacer l’eau et procéder à une nouvelle bénédiction des fonts; car il n’était point possible de réserver une assez grande quantité d’eau bénite pour remplacer celle qui aurait été salie par des déjections de diverses natures.
On comprend que les deux motifs que nous venons d'indiquer n'ont pu influer sur l'immersion dans les pays orientaux, là où la bénédiction de l’eau se fait pour chaque baptême en particulier et où il est facile de la faire tiédir : aussi le mode de l’antique immersion, comme nous allons le voir, s’y est-il conservé presque partout, avec ou sans addition d’infusion.
Les Abyssins procèdent de la manière suivante : le prêtre plonge dans l’eau bénite le tiers du corps de l'enfant nu, en disant : N... est baptisé au nom du Père; puis le second tiers, en ajoutant : N... est baptisé au nom du Fils; enfin ils le plongent tout entier, en disant : N... est baptisé au nom du Saint-Esprit. Lorsque l'enfant, pour raison