‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 134 sur 283 · LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME

Non seulement les Russes ont conservé le mode les enfants, mais, le samedi saint

baptismale de ce jour, ils les plongent dans les flots de la Néva et de la Moskova. C'est aussi dans l’eau courante que se font les baptêmes d'adultes. Est-on en hiver, on Prâtique un trou dans la glace et on y plonge le prosélyte jusqu’au cou. Quant à ceux qui ont le tempérament faible, on se borne à leur verser sur la tête, par trois fois, une tonne pleine d’eau. La législation russe a Pris ses précautions pour empêcher les enfants des orthodoxes d'être baptisés par infusion. Un ukase de 1839 renouvelle défense aux ecclésiastiques catholiques, sous peine de destitution, de baptiser un enfant né d’un Mariage mixte, alors même que les parents auraient manifesté leur préférence pour le rite latin. L'article 201 du Code pénal russe, mis en vigueur à partir du 1 mai 1849, défend « aux prêtres de confessions chrétiennes, de baptiser d’après leur rite des enfants d’orthodoxes, sous peine, pour la première fois, d’être éloignés de leur place pour six mois à un ans et, pour la deuxième fois, de perdre leur charge spirituelle et d’être placés Sous la surveillance de la police (1). »

Les Russes ne font pas chauffer l’eau comme les Grecs; beaucoup d’entre eux croient que les bains d’eau froide ne peuvent que fortifier les enfants. Cette théorie ne Païait pas en harmonie avec les tables de mortalité dressées pour les capitales de la Russie, de la Suède et des autres États du Nord ; On ÿ voit que les deux cinquièmes des enfants périssent dans les Premiers jours qui suivent leur baptême. « Mais ce résultat, dit M. J. de Marlès (2), n’effraye pas les Paysans russes qui se montrent persuadés que Dieu ne souffrirait Pas qu'il arrivât le moindre mal à personne pour avoir accompli un devoir religieux. » Nous devons ajouter que, surtout dans les villes, on fait souvent dégourdir l’eau dans un endroit chaud.

Dans l'Église occidentale, le rite de l'immersion n’est plus actuellement conservé que dans la liturgie mozarabique et dans Ja liturgie ambrosienne, dont l’Église romaine a toujours respecté les coutumes traditionnelles. Le Rituel ambrosien, tout en Maintenant le mode de l'immersion, a soin d'ajouter que lorsqu'elle ne peut point se faire commodément, on doit recourir à l'infusion, et c’est ce qui a toujours lieu pour les adultes. Quant aux enfants, on se contente, à la cathé-

(1) De la Législation russe au point de vue de la liberté de Conscience, p. 10. (2) Encyclop. cathol., ve Baptême.

drale de Milan, d’une immersion de l’occiput; le prêtre tient sa main droite sous le cou de l'enfant que ses parrains soutiennent par le dos, et il fait décrire à la tête trois signes de croix en prononçant la formule baptismale (1).

Un certain nombre de sectes, issues du protestantisme, ont fait revivre le rite de l'immersion, en y attachant souvent une importance capitale. Tels sont les Sociniens ou Antitrinitaires qui baptisent dans les rivières. Les catéchumènes se rendent près d’un cours d'eau, accompagnés de leurs parents et amis. Là, le pasteur prononce un discours sur la dignité du baptème; puis il entre dans l’eau, suivi de tous les candidats qui s’y mettent à genoux. En prononçant la formule baptismale, le ministre pose une main sur le sommet de la tête du catéchumène, l’autre sous le menton, et on lui fait prendre ainsi un bain complet (2).

Voici, d'après Bernard Picard (3), comment, au xvri” siècle, se pratiquait l’administration du baptême dans la secte des Rhinsbourgeois de Hollande :

« Après la profession de foi, celui qui doit administrer le sacrement et celui qui doit le recevoir se rendent à une espèce d’étang qui est derrière une maison appartenant à la secte de Rhinsbourg. C'est dans le réservoir d’eau qui dépend de cette maison que le catéchumène doit . être baptisé par immersion. Si c’est un homme qui doit recevoir le baptême, il a sur le corps une chemisette blanche, un caleçon de même; si Cest une femme, une manière de jaquette toute pareille, avec une jupe à laquelle on attache ordinairement quelques pièces ou morceaux de plomb, semblables à ceux que les dames font mettre dans les manches de leurs robes. Cela se pratique, nous dit-on, afin qu’elles plongent mieux, et peut-être aussi pour d’autres raisons. Le baptisant est dans le même équipage au milieu de cet étang, où il les attend pour les plonger en prononçant la formule ordinaire à presque toutes les communions chrétiennes. Étant baptisés, ils vont reprendre leurs habillements ordinaires pour se rendre ensuite à l'assemblée, où ils sont exhortés à la persévérance et à la pratique des préceptes de Jésus-Christ, après quoi on fait une prière en public et l’on chante ou des cantiques ou des psaumes. »

Jusqu'au milieu du xviu‘ siècle, les Mennonites de Hollande bapti-

(1x) L'Univers, 7 janv. 1843; Catalan., Rit, rom., €. 1v, 20. (2) Wolkelius, De vera relig., 1, V.

(3) Cérém, relig., t. IV, p.331.

Page 1