LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
saient tantôt par immersion, tantôt par infusion ; mais, depuis cette époque, ce dernier mode a prévalu (x).
Chez les Mormons d'Amérique, celui qui baptise descend dans l’eau en appelant à haute voix le catéchumène par son nom. Quand ils le peuvent, ils choisissent une source d’eau chaude pour lieu d’immersion (2).
Les Tunkers ou Plongeurs des États-Unis, qui eurent pour fondateur l'Allemand Conrad Peyssel, sont ainsi appelés du verbe allemand tunken (plonger), parce qu’ils plongent trois fois sous l'eau la tête de l'adulte agenouillé (3).
Les Baptistes, qui doivent leur origine à une communauté puritaine, constituée en Angleterre vers l’an 1633, sont très répandus en Amérique. En 1793, on y comptait déjà 956 églises de particular Baptists, 20 de general Baptists, 12 de Baptists sabbataires. Ce nombre était plus que doublé en 1850, époque où, dans le seul État de Virginie, on comptait près de 50,000 Baptistes (4). Dans l'assemblée de New- Hampshire, les Baptistes réguliers ou associés rédigèrent une profession de foi où il est dit : « Nous croyons que le baptême chrétien est l’immersion du fidèle dans l’eau, au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, pour témoigner au dehors, par un emblème imposant et solennel, notre foi au Sauveur crucifié, enseveli et ressuscité, ainsi que Son pouvoir purifiant ; que ce baptème est absolument nécessaire pour avoir part aux privilèges de l'Église. »
Les Baptistes exigent que le ministre descende avec le catéchumène soit dans un cours d’eau, soit dans une cuve. Quand celle-ci n’est pas assez profonde pour une immersion complète, le ministre soutient de la main gauche la tête du catéchumène qui se couche dans la baignoire (5).
Toutes les sectes baptistes d'Amérique et d'Europe sont d’accord pour ne conférer le baptême qu'aux adultes, mais leur mode d’'administration varie. Ainsi les general Baptists ont substitué l’aspersion à l’immersion; peut-être est-ce en raison de ce changement qu'ils obtiennent moins de succès que les autres communions, car le mode de l'immersion est très sympathique aux classes inférieures de l'Amérique,
) Grégoire, Hist. des Sectes relig., v, DL
) Revue des Deux-Mondes, 23e année, t. III, p. 070.
) Acten, Urkunden, etc., p. 330.
) Rev. des Deux-Mondes, 1853, t. IIL, p. 080.
) Voir la gravure du Monde illustré, p. 252 du 15 avril 1876.
surtout aux noirs et aux pionniers du Far-West. C’est pour leur complaire que les Méthodistes emploient de plus en plus ce mode baptismal.
Les Baptistes qui, au commencement de ce siècle, ne comptaient en Angleterre que 247 communautés, y ont fait des progrès considérables. M. Alph. Esquiros décrit ainsi un baptême donné dans le Tabernacle érigé en 1856, à Londres dans Kensington-Road, par M. Spurgeon, l’un des plus ardents apôtres du Baptisme : « Une des scènes les plus intéressantes du Tabernacle est le baptème des adultes, qui a lieu généralement le jeudi soir après le service. Une vingtaine de catéchumènes se groupent sur une plate-forme qui occupe une des extrémités de la salle, au-dessous de la chaire. Les jeunes filles sont habillées de blanc, elles portent des bonnets relevés d’un tour de den-
telle, qui leur serrent étroitement la tête; leurs robes longues et tom- -
bant à plis droits, l'espèce de pèlerine qui leur couvre les épaules, leur air modeste et recueilli, tout dans leur costume et dans leur atttitude rappelle les statues de saintes qu’on voit dans les anciennes églises. Les hommes sont revêtus d’une robe de chambre. avec une cravate ou un col blanc. Au milieu de la plate-forme, s'ouvre un réservoir d’eau, à l'entrée duquel se placent deux diacres en habits bourgeois, tandis que M. Spurgeon, revêtu cette fois d’une longue robe cléricale à manches flottantes, disparaît à moitié dans l’intérieur du bassin. C’est maintenant le tour des néophytes. L’une des jeunes filles descend la première les marches de la piscine ; le ministre, la soutenant par le bras, lui dit : « Sur ta profession de foi en Jésus-Christ et par ton propre « désir, je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » En même temps il la plonge dans l’eau. La même cérémonie se répète pour les autres sœurs, et, chaque fois que l’une d’entre elles remonte, toute mouillée, les degrés du bassin, un diacre lui jette sur les épaules une sorte de manteau, tandis qu'une femme commise à ce genre de service l’emmèêne dans une chambre voisine. On était alors au mois de janvier 1865, et l’eau devait être très froide : je tremblais à l’idée d’une telle épreuve subie par de jeunes filles; mais elles, réchauffées sans doute par l'enthousiasme religieux, ne montraient ni crainte ni hésitation. Cette cérémonie, le baptême par immersion, a du reste un côté imposant, et tel est le respect des Anglais pour toutes les formes du culte, que même les curieux y assistent avec un grand air de recueillement. « [ls y viennent pour s'amuser, et ils y restent pour « prier, » dit avec trop de confiance peut-être M. Spurgeon, »