LIVRE IV. —— DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME 247 a à
Il est évident, en effet, que certaines scènes baptismales prêtent à rire à nos graves voisins : témoin le récit suivant fait par le Times d’un baptème grotesque accompli dans le Derwent, le 17 mars 1865 : « I a fallu que le ministre cherchât longtemps à trouver pied dans la rivière, après plusieurs plongeons dont il ne s'est tiré que grâce à son talent de nageur. Les gestes et les grimaces provoqués chez l’un des trois baptisés, par l'effet de l’immersion et de la fraîcheur de l’eau, excitaient l’hilarité de la foule. Quant au baptême de deux dames d’une santé délicate, il fut ajourné pour quand il ferait plus beau temps. »
La secte des Baptistes n’apparut en France qu’en 1840, époque où une société américaine envoya des missionnaires à Chauny, à La Fère (Aisne) et à Denain (Nord). Aujourd’hui, elle possède un certain nombre d’églises dans nos départements du Nord, de l'Ouest et du Midi. Il y en a une à Paris, rue de Lille, n° 48.
Pour compléter ce qui concerne l'immersion, nous devons ajouter quelques mots sur deux modes très exceptionnels.
Les Eunomiens considéraient comme impures les parties du corps qui se trouvent au-dessous de l'estomac et les réputaient indignes de participer à l’ablution baptismale : aussi plongeaient-ils le catéchumène, la tête en bas, en le tenant par les pieds {r).
Billuart a nommé ablution occisive et Grandin immersion sans émersion, l'acte par lequel, faute d’eau, on jetterait un enfant mourant dans un puits, en prononçant sur lui, alors qu’il y tombe, la formule sacramentelle. La plupart des théologiens ont déclaré cet acte illicite, parce qu’il est défendu de faire une chose mauvaise en soi pour qu'il en résulte un bien quelconque; plusieurs (2) ont prétendu qu'il était permis d'avancer de quelques heures la mort d’un enfant pour lui procurer l'éminent avantage du baptême.
La divergence est plus tranchée en ce qui concerne la validité de cette ablution; les uns (3) l’admettent et les autres (4) la nient. Il ne faudrait pas supposer qu’il s'agisse ici d’un cas complètement chimérique. Panormitanus raconte qu’un homme des environs de Montpellier, portant un enfant à l’église pour le faire baptiser, s’aperçut qu'il était sur le point de mourir; il s'empressa alors de le jeter
1) Epiphan., Hæres. 76.
2) Coninck, Layman, Vasquez, etc.
3) Berti, Bonacina, Gonet, Gabriel, Panormitanus, Suarez, etc. )
dans un puits en proférant la formule sacramentelle. Les consultations qu'il prit plus tard sur la validité de ce baptême improvisé se trouvérent en désaccord.
M£: Chaillot rapporte dans les Analecta un fait analogue : « En 1682, pendant le siège de Vienne par les Turcs, un curé prit la fuite avec ses paroissiens, parmi lesquels se trouvait une femme enceinte. Celleci, par l'agitation de la course, accoucha d’un enfant sur le bord du Danube. Les Tartares n'étaient pas loin ; le curé, qui manquait d’eau pour baptiser l'enfant, ne savait à quel parti se vouer; en portant l’enfant, on s’exposait à l'étouffer par cette fuite précipitée; et l’on n’osait pas l’abandonner, de peur qu’il ne fût massacré par les Tartares. Enfin le curé, aimant mieux perdre l’enfant temporellement que de perdre à la fois son âme et son corps, le jeta dans le Danube, du consentement de sa mère, proféra en même temps la forme du baptême, et continua de fuir devant l'ennemi. Après la guerre, le curé craignant d’avoir encouru l’irrégularité par cet homicide volontaire, qui r’était pourtant qu’une faute vénielle et excusable, demanda dispense de la sacrée Pénitencerie, laquelle consulta la sacrée Congrégation du Concile. Celle-ci décida que l’irrégularité avait été encourue. »
En terminant cet article, nous croyons pouvoir résumer ainsi ce qui concerne la chronologie de l'immersion :
En Orient, dans les premiers siècles : submersion totale dans les fleuves et probablement dans les baptistères, sans exclusion toutefois de l'immersion mêlée d’infusion, qui a été conservée jusqu’à nos jours dans presque toutes les contrées orientales.
En Occident, du 1v° au vin* siècle : immersion partielle dans les baptistères, avec addition d’infusion.
Du vin au x1° siècle : immersion verticale et complète des enfants dans les cuves. À cette époque et dans tout le cours du moyen âge, procédés divers pour le baptême des adultes qu’il n’était pas possible d’immerger dans le bassin des fonts. |
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Du xr° au xu° siècle : immersion horizontale et complète dans les cuves.
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Aux xrr et xiv° siècles : tantôt immersion complète, tantôt immersion
partielle accompagnée d’infusion ; rarement, infusion seule.
XV? et XVI siècles : rarement immersion complète; parfois immersion avec infusion; le plus souvent infusion seule.