LIVRE IV.— DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
qu'il fût privé de l'imposition des mains de l’évêque et des autres cérémonies de l'Église; mais ne devait-on pas avoir quelque appréhension sur les effets de ce baptême, en songeant aux dispositions de beaucoup de ceux qui le recevaient? Les uns ajournaient le baptême à leur lit de mort, pour se livrer jusqu’à leur dernier jour à toutes leurs passions; les autres parce que, comme les Novatiens, ils considéraient comme irrémissibles les péchés commis après le baptème. L'Église devait donc, tout en reconnaissant les exceptions imposées par une nécessité légitime, se montrer défavorable à des retards dictés souvent par des calculs immoraux ou parfois par des idées hérétiques où superstitieuses. C’est ce que dit positivement, en 314, le concile de Néocésarée : « Si quelqu'un a été baptisé étant malade, il ne peut être ordonné prêtre; car é’est la nécessité et non la liberté qui en a fait un chrétien. » Ces mêmes prescriptions relatives aux cliniques (de x4vr, lit) ou grabataires, ont été renouvelées plus tard, et jusqu’au 1x° siècle, par divers conciles (1); mais aucun d’eux ne mit en doute la validité de ces sortes de baptêmes; s’ils déclarent les cliniques entachés d’irrégularité et par conséquent impropres à recevoir les Ordres, c'est en raison des motifs que nous avons indiqués, et aussi à cause de l’absence des cérémonies solennelles du baptême, surtout de la confirmation qui en était alors le complément immédiat.
Il est bien certain que saint Augustin admettait la validité de l’infusion, lorsqu'il dit en parlant de la formule baptismale : « Cette parole de foi à un si grand pouvoir dans l'Église que, par l’intermédiaire de celui qui croit, qui offre, qui bénit, qui mouille tant soit peu, elle purifie l'enfant (2). » On doit tirer la même conclusion du passage d’un opuscule attribué jadis à saint Augustin, mais qui paraît être de Gennade. L'auteur, en comparant le baptême au martyre, nous dit : « Celui qui est baptisé est aspergé d’eau ou bien en est baigné ; le martyr aussi est baigné dans son propre sang, ou bien en est aspergé (3). » -
Les anciens monuments hagiographiques nous fournissent un certain nombre d'exemples d’infusion. Nous lisons dans les Actes de saint Laurent qu'il baptisa Lucillus en lui versant de l’eau sur Ja tête (4).
(1) Conciles d'Auxerre (518), de Mâcon (585), de Paris (829), etc.
(2) Tract, LXXX in Johan.
(3) Ille post confessionem vel adspergitur aqua vel intingitur, et hic vel adspergitur sanguine vel intingitur igne. (De Eccles. dogm., c. xLi.)
(4) Benedixitque aquam et cum expoliasset eum, fudit super caput ejus, dicens : Credis in Deum patrem omnipotentem, Lucille ? — Nous verrons plus tard que la dénudadation est une cérémonie spéciale qui est indépendante de l’immersion.
Les Actes de saint Bacchus le jeune nous montrent le prévôt de Saint- Sabas qui lui verse sur la tête l’urne vivifiante, le baptisant ainsi au nom de la sainte Trinité (1). Dans ceux de saint Gratilien, nous voyons que Félicissime, instruite par lui des vérités de la foi, lui présente une cruche pleine d’eau, en demandant le baptême (2). De nombreux récits nous montrent des saints en voyage, desquels on sollicite le baptême; ils se font apporter de l’eau et baptisent aussitôt (3). Il nous semble difficile d'admettre qu’on ait pu, dans ces circonstances, apporter une cuve assez grande pour l'immersion. D’autres Légendes nous racontent que les missionnaires des premiers siècles, n'ayant pas d’eau pour baptiser, faisaient parfois jaillir des sources, en frappant le sol ou un rocher; dans ces cas là encore, l’infusion seule nous paraît plus probable que l’immersion.
Le moyen âge nous fournit un bon nombre d’exemples d’infusion. Nous lisons dans les Actes de saint Ludger que cet évêque, après que les serviteurs du vrai Dieu eurent été chassés de la Frise, ordonna au laïque Bernlef de parcourir les maisons et d’exhorter les mères à baptiser leurs enfants malades, soit en les plongeant dans l’eau, soit en leur en versant sur le corps (4). |
Le pape Étienne II, dans la réponse qu’il fit en 754 à diverses difficultés proposées par des évêques français, approuve le baptème donné aux enfants malades, en leur versant de l’eau sur la tête avec une coquille ou avec les mains (5). C’est ce qu’on faisait en Angleterre, non seulement pour les cas où il y avait danger de mort, mais parfois aussi, et dès le vin® siècle, pour les baptèmes solennels ; le concile de Celchyte (816) se trouva donc obligé de prescrire aux prêtres de ne pas se contenter de répandre de l’eau sur la tête des enfants, mais de les plonger dans les fonts (6); les Constitutions de saint Edmond, archevêque de Cantorbéry, allèrent plus loin, et recommandèrent de se servir d’une cuve en bois pour les baptêmes faits à domicile. Au ixe siècle, Walafrid Strabon remarque que beaucoup de fidèles ont
(1) .…..Præpositum tollentem manibus vivificam urnam super caputejus, atque immortalitatis ei lavacrum in nomine sanctæ et consubstantialis Trinitatis effundentem.
(2) Felicissima urceum cum aqua ut baptizaretur ei obtulisse legitur,
(3) Eleutherius.... aquam afferri præcepit et coram populo Peritium baptizavit. (Boll., 20 febr., Vita S. Eleuth. c. 111, n. 14.)
(4) Vita S. Ludg., 1. IL, n. 2, ap. Act. SS. Ben., ann. 800.
(5) Patrol. lat., t. LXXXIX, col. r027.
(6) Labbe, Concil., VIL, 1484.