LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÊME
été baptisés par infusion et qu’on peut recourir à ce moyen en cas de nécessité (r).
De l’ensemble des faits que nous venons de rappeler, il résulte que la validité de linfusion n’a jamais été mise en doute, dans les temps anciens, si ce n’est peut-être par quelques évêques d'Afrique ; que les répugnances exprimées à cet égard se rapportent à la licité de cette administration, licité que nous voyons admise pour tous les cas où le manque d’eau suffisante et l’état de santé du catéchumène rendaient l'immersion impossible ou dangereuse. Ce n’est que dans les temps relativement modernes que l’infusion isolée a été considérée, tantôt comme illicite dans tous les cas, tantôt comme ne constituant pas un baptême réel. Laissons les Baptistes discuter à ce sujet avec les autres Protestants, et ne nous occupons ici que des opinions très contradictoires et très variables des Grecs schismatiques.
Le Pedalium, prétendu recueil grec des canons des apôtres et des conciles, nie la validité du baptême des Occidentaux. « Les Latins, y est-il dit, ne sont pas baptisés puisqu'ils n’observent pas les trois immersions qui, dès les temps anciens, furent prescrites par les apôtres à l'Église orthodoxe. » C’est en vertu de cette croyance qu’un certain nombre de Grecs rebaptisaient jadis. les Latins qui entraient dans leur communion (2), ce qui arrive encore de nos jours, mais plus rarement, en Grèce et en Orient. Après le concile de Florence, Marc d'Éphèse adressa une encyclique à toutes les Églises du rite grec, où il affirmait lPimpossibilité morale de se réunir à une Église qui avait vicié l’essence même du baptême, et il fut secondé dans ses vues séparatrices par Jérémie de Constantinople et par Grégoire, légat du patriarche d'Alexandrie.
En 17955, une vive controverse s’éleva à Constantinople sur la validité de l’infusion. Le Journal historique de Verdun (3) signale ainsi ce différend théologique : « Un prêtre ayant soutenu que le seul baptême par immersion était valide, une partie du clergé attaque cette proposition comme hérétique et l’autre partie en embrasse la défense. On a craint que la tranquillité de cette capitale ne fût troublée de cette contestation; pour prévenir cet inconvénient, le Grand Seigneur a
(1) Notandum autem non solum mergendo verum etiam desuper fundendo, multos fuisse baptizatos et adhuc posse ita baptizari, si necessitas sit : De reb. Eccles., c. xxvi.
(2) Concil. Lat., IV, c. 1v.
(3)FSept. 1755, p. 228.
ordonné que ceux qui ne penseraient pas comme le patriarche de Constantinople se retirassent dans leurs sièges respectifs. »
Le clergé actuel de Constantinople considère comme nul notre baptême par infusion, et cependant, par une sigulière contradiction, il le trouve valide dans les cas de nécessité. Nous lisons, en effet, dans la Théologie dogmatique de Moscopoulos , imprimée à Céphalonie, en 1851, avec l'approbation des autorités ecclésiastiques : « La matière secondaire du baptème est de se baigner, ce qui se fait par trois immersions, excepté dans les circonstances qui ne le permettent pas; en pareil cas, le baptème peut se faire également par aspersion. » Vers le commencement de 1852, un synode d’évêques, réuni à Constantinople, décida que le baptême par infusion était nul; ce décret fut approuvé par le patriarche schismatique de Jérusalem, par les évêques de Turquie et de Grèce. Les Grecs, qui nous appellent des chiens mal baptisés, paraissent avoir complètement oublié que plusieurs de leurs canonistes, comme Prodromus, Pæpadopolus, Canonarcha, Balsamon, Georges Syncelle, etc., ont reconnu la validité de l’infusion. Qui plus est, Arcudius (1) affirme avoir vu en Grèce des Juifs et des Turcs convertis recevoir le baptème par infusion.
Les Moscovites rebaptisaient parfois les Catholiques et les Protestants qui entraient dans la religion orfhodoxe, après avoir fait une retraite de sept semaines dans un monastère. On sait que lorsque le Grand-Duc de Moscovie eut ravi la Lithuanie aux Polonais, il fit rebaptiser tous les Chrétiens tombés sous sa domination (2 ). Les Russes modernes, qui n’ont pas contre l’Église latine les mêmes motifs d’antipathie que le
clergé de CHERE ont généralement modifié leurs anciennes préventions. Jamais ils ne confèrent un nouveau baptême, même conditionnel, aux princesses protestantes qui se font orthodoxes avant que le mariage les introduise dans la famille impériale. Un ancien prêtre catholique qui s’est fait ie M. l'abbé Guettée, résume ainsi la doctrine de l’Église russe: « Le baptême par infusion est valide, autrement l’ Église De ne ñ aurait pas autorisé, même pour le cas de maladie; maïs il n’est pas licite, parce qu’il est contraire à une règle
apostolique qui doit être respectée par toutes les Églises (3). » C'est la doctrine que nous trouvons affirmée par la théologie officielle (4), ce
(1) Lib. I De Sacram., c. x.
(2) Olearius, Jtiner. pers., part. III, c. xxiv, p. 284.
(3) Exposition de la Doctrine catholique orthodoxe, p. 126. )