LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
Esrius. — C’est l’ablution corporelle de l’homme, faite dans ,'eau, accompagnée de paroles où se trouve l’invocation expresse de la Sainte
Trinité, avec l'intention de la part du ministre de faire ce que fait ‘1 Église. Un 1F=Sent., dist. 3, S 2.)
ConciLe DE TRENTE. — Cest le sacrement de la régénération au moyen de l’eau par la parole. (Cat. Conc. Trid., part. II, n. 5.)
SUAREZ. — C’est le sacrement institué pour la régénération spirituelle des fidèles. (Quæst. LXVI, art. 1.)
TromBezzr. — C’est l'ablution de l’eau, instituée par .e Sauveur, faite au nom des trois personnes de la Sainte Tate ablution par laquelle nous sommes introduits dans l’ Église. (De-Papt,; 11, dissert.1;°n, 3.)
L'ABBé Guyon. — Le baptême est un sacrement institué par Jésus- Christ, dans lequel, en vertu de l’abluiion faite avec de l’eau naturelle au nom des trois personnes divines, celui à qui il a été conféré se trouve intérieurement purifié du péché originel, comme des péchés actuels qu’il aurait commis, et reçoit une renaissance spirituelle avec la grâce sanctifiante qui l’unit, en qualité de membre vivant, au corps de l’Église dont Jésus-Christ est l’âme et le chef. (Brblioth. en
Gousser. — C’est un sacrement de la Loi nouvelle institué pour effacer le péché originel et nous régénérer en Jésus-Christ. (Théol. dogm.)
Rosmini. — C’est la fonction instituée par N.-S. Jésus-Christ par laquelle on lave l’homme avec de l’eau, en prononçant sur lui en même temps les paroles suivantes : Je te baptise, etc. (Catéch. dogmat.)
L'Église orthodoxe russe définit ainsi le baptème : Un rite sacré ou un mystère institué par N.-S. Jésus-Christ pour la rémission des péchés commis avant sa réception, pour effacer la tache originelle et nous donner le principe de la vie régénérée en Jésus-Christ. (Guettée, Expos. de la doctrine de l'Égl. cath. orth., p. 124.)
Le Dictionnaire de M. Littré dit que le baptême est « celui des sept sacrements de l’Église qui efface le péché originel et qui consiste en de l'eau versée sur la tête et en paroles sacramentelles.» On voit que cette définition est inexacte, en ce sens qu’il n'appartient pas à l’essence du baptême que l’eau soit versée sur la tête.
ARTICLE II
Définitions hétérodoxes
Les définitions des anciens Luthériens ne brillent point par la clarté. « Le baptême n’est rien autre chose que la parole de Dieu dans l’eau », dit Smalcade. D’après le Petit Catéchisme de Luther, « Ce n’est pas seulement de l’eau, c’est de l’eau prise dans la parole de Dieu et unie à la parole de Dieu.» Selon Mélanchton, « C’est le signe par lequel Dieu agit avec nous et nous reçoit en grâce. » M. Stephen Matthies nous semble bien mieux résumer la doctrine protestante, en disant (1) que « le baptême est le sacrement d'initiation par lequel celui qui a foi dans le Christ est admis dans l’assemblée des chrétiens. »
Pour Calvin (2), le baptême est « le signe de l'initiation par lequel nous sommes incorporés à la société de l’Église, afin qu’entés dans le Christ nous devenions les fils de Dieu. » D'après le vingt-septième article de la Liturgie anglicane, le baptême est un signe de régénération et le sceau de notre adoption, par lequel nous recevons de Dieu un surcroît de grâce. Mais, en général, les Anglicans modernes considèrent ce sacrement comme « le signe extérieur qui nous introduit dans l’Église visible (3). »
Selon les Sociniens (4), le baptême « consiste seulement à donner son nom au Christ, à professer publiquement la foi intérieure, de telle sorte que ce sacrement ne fait pas le chrétien, mais le déclare ostensiblement. »
Les Mennonites, dans leur profession de foi de 1580, disent que «le sacré baptême est une action extérieure, visible et évangélique, par laquelle, selon le précepte du Christ et la pratique des apôtres, on baptise d’eau, pour une fin sainte, au nom du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint, ceux qui connaissent la doctrine du saint Évangile, qui y croient et qui y adhèrent de plein gré avec un cœur pénitent.»
Les Baptistes de nos jours définissent le baptême : « Un acte par lequel on fait profession de reconnaître l’autorité du Père, du Fils et
(1) Baptismalis expositio biblica, historica, dogmatica. Berlin, 1840, p. 134. (2) Lib. IV Institut. c. xv.
(3) Griffin, Letter on communion.
(4) Socin, Disput. de baptismo, c. v.
du Saint-Esprit et de se soumettre à la divine Trinité en toute sincérité d’âme (1). »
Le Catéchisme des chrétiens primitifs de France, pour la secte fondée vers 1836 par Fabré-Palaprat, dit que le baptême est « le symbole, par l'ablution à l’aide de l’eau, de la nécessité d’être pur et sans tache aux yeux de Dieu. »
M. Pierre Leroux, dans son Encyclopédie nouvelle, définit le baptême: « Une initiation à la doctrine de la Trinité », parce que, dans son système, « l’ablution n’était dans l’origine qu'un rite accessoire et que le baptême avait pour but originel de faire naître de l'Esprit pour comprendre l’ordre divin des choses. »
Quelques écrivains catholiques, entraînés par un esprit de système, ont donné de fausses définitions du baptême ; telle est celle qu’a proposée M. l'abbé L.-H. Caron, archiprêtre de Montdidier, dans un ouvrage qui a été mis à l'index et que l’auteur s’est empressé de supprimer : « Le baptême, dit-il (2), est l'acte par lequel, en vue des mérites de Jésus-Christ, l'Esprit-Saint donne aux créatures intelligentes, aux anges et aux hommes, une naissance nouvelle, surnaturelle et divine.» Nous exposerons plus tard cette singulière doctrine, lorsque nous nous occuperons des opinions émises sur le sort des enfants morts sans baptême (3).
(1) Foulon, la Circoncision et le Baptême, Deatinos (2) La vraie Doctrine de la sainte Église catholique sur le salut des hommes, p. 6. (3) Voir livre VE, c. 1v.
GHAPITRE -III
Des Divisions du Baptème
Les protestants (1) nous ont reproché à tort d’avoir plusieurs genres de baptême; nous n’en reconnaissons qu’ un seul, celui qui a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ et qui se PA avec la matière et la forme pion par l’Église. Comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, ce n’est que par extension qu’on donne improprement le nom de baptéme à diverses cérémonies religieuses ; on le donne aussi au désir du sacrement qu’on est dans l'impossibilité de recevoir et au martyre dont la vertu efface également le péché originel, ce qu’exprime concisément ce vers scolastique :
Baptismum reddunt et votum et sanguis et unda.
Les divisions du baptème peuvent être classées : aux points de vue des effets identiques, des rites analogues, des figures de l’ancienne Loi, des cérémonies, de la matière du sacrement, de la forme, des ministres, des sujets et des lieux du baptême.
AU POINT DE VUE DES EFFETS IDENTIQUES. — Les théologiens distinguent : 1° le baptême d’eau (fluminis); 2° le baptême de désir, de feu ou d'esprit (flaminis, ignis, spiritus), c'est-à-dire le désir de recevoir le sacrement, quand il est accompagné de la charité parfaite; 3° le baptême de sang, c’est-à-dire le martyre subi pour Jésus-Christ. Ces deux derniers ne sont point de véritables sacrements; on ne leur prête ce nom que parce qu'ils suppléent au baptême d’eau pour ceux qui se trouvent dans l’impossibilité de le recevoir, et qu’ils purifient également l’âme de tous ses péchés. Cette triple division est assez moderne, du moins quant à sa terminologie; les Pères de l'Église ne désignent ordinairement que deux genres de baptême, ee d’eau et celui de sang.
Un certain nombre d’entre eux et beaucoup de scolastiques distinguent : 1° le baptême d’eau ; 2° le baptème de sang ; 3° et un troisième baptême qu'ils appellent de pénitence, de larmes, d'amour, de contri-
(1) Gottlieb Sartorius, De abrenuntiatione baptism., p. 5