LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÊME 25g
qui n'empêche pas un certain nombre d'écrivains d'émettre une opinion contraire. Ainsi un ouvrage russe, imprimé à Saint - Pétersbourg en 1839, sous ce titre : Lettres sur la théologie de l'Église catholique orientale, dit en termes formels que « immersion est l'essence même : du sacrement. » Un autre écrivain russe, M. Alex. Stourdza, a publié, aux frais du gouvernement, un ouvrage (1) où il essaye de prouver que le baptême par immersion porte seul le caractère de l'institution divine, d’où il résulterait que les neuf dixièmes du monde chrétien n'auraient pas reçu la grâce de la régénération. Ces divergences prouvent qu’il existe en Russie deux courants d'opinions sur ce point : d’un côté,. la doctrine officielle du Saint-Synode, adoptée par la plupart des théologiens ; de l’autre, la persistance des anciens préjugés moscovites, favorisés par quelques écrivains indépendants. Le populaire est un peu de leur avis, et il qualifie les non-orthodoxes d'Oblivantsi, c’est-àdire affusionnés , terme qui implique tout au moins l'idée d’une . grande irrégularité dans la réception du premier des sacrements.
Les Orientaux d’Afrique et d’Asie partagent plus ou moins les préjugés des Grecs contre l’infusion ; mais en général ils l’admettent pour les cas de nécessité, en se fondant sur les décisions de leurs anciens canonistes. [ls n’ont pas oublié que Grégoire Albufarage, dans son Abrégé des canons, cite ces paroles de Jacques d’Édesse : « Si un enfant qui est présenté au baptême est en péril de mort et qu’il n'y ait point de rivière, de réservoir d’eau, ni de fonts baptismaux, mais seulement de l’eau dans un vase, le prêtre la versera sur la tête de l’enfant, en disant : « Un tel est baptisé. » Les mêmes Prescriptions sont faites en d’autres termes dans les collections de canons d'Ecbanassal et d'Echmini.
Les arguments des Grecs schismatiques, répétés par les Baptistes, peuvent se réduire à quatre points principaux : 1° l’étymologie du mot baptême indique la nécessité absolue de l’immersion; puisque baptiser et tmmerger sont deux termes identiques ; 2° l’infusion a été inconnue des premiers siècles, c’est une invention du papisme; 3 le sens mystérieux du sacrement est détruit par le mode de l’infusion qui ne figure pas la sépulture et la résurrection du vieil homme; 4° aucun motif sérieux n’autorisait la substitution de l'infusion à l'immersion.
Nous avons démontré ailleurs (2) que le mot baptême n’a jamais eu
(1) Considérations sur la doctrine et l'esprit de l'Église orthodoxe. (2) Livre I, ch. 1, Dénominations du Baptême, De 3 D: 17
le sens absolu et exclusif d'immersion, et nous venons de prouver que l’infusion a toujours été employée en cas de nécessité. Nous avons vu les plus anciens monuments iconographiques nous représenter l’ablution de la tête accompagnant l'immersion, soit des pieds, soit des parties inférieures du corps; or l’ablution de la tête a toujours été considérée comme l'acte principal du baptème, celui où le ministre exerce personnellement son action; sous ce rapport, du moins, on peut affirmer que l'infusion de la tête remonte aux premiers siècles de l'Église. Tous les écrits des Pères nous prouvent que c’est l'ablution, prise dans le sens le plus général, qui est essentiellement nécessaire pour la validité du baptême, mais que le procédé même de cette ablution n’est qu’accidentel au sacrement. Aussi le mode de l’immersion lui-même a-t-il considérablement varié selon les temps et Îles pays, et c’est à peine si l'on peut donner ce nom à l'usage pratiqué dans les baptistères où les catéchumènes n’avaient ordinairement qu’une partie des jambes mouillée. Il est vrai que le procédé oriental représente mieux la mort et la résurrection du Sauveur; mais ce n'est là qu’une cérémonie symbolique, dont le caractère est accessoire, comme l’insufflation, l'imposition des mains, les exorcismes, la dénudation, les onctions, la robe blanche, et bien d’autres rites qui se sont souvent modifiés. Celui de l’affusion n’est point d’ailleurs dépourvu de symbolisme, puisqu'il exprime le péché lavé, la grâce répandue, comme la remarqué un théologien protestant (1): Si l'immersion a son prototype dans le déluge, l'infusion à aussi le sien dans les aspersions des sacrifices judaïques et dans les lotions lévitiques. La substitution qu’on incrimine a été suffisamment autorisée par la pratique présumée des apôtres, par l'usage de l'Église primitive à l'égard des cliniques, par les inconvénients qu’une longue expérience a constatés dans l'immersion des nouveau-nés. Remarquons en outre qu'aucun décret de l’Église n’a condamné cette ancienne pratique; elle est simplement tombée en désuétude, parce que le mode, d’abord exceptionnel, de l’infusion, parut plus commode. Il est vrai qu'il ne serait plus permis aujourd’hui de baptiser par immersion dans l’Église latine (2), mais c’est uniquement parce que ce serait là un mépris de sa discipline; quelques théologiens (3) ont même pensé qu’il n'y aurait
(1) Gerhard, Loc. theol., 1x, 140.
(2) Ochagavia, De Bapt., q. 5, n.8; Diana, Summa, v° Baptismus. (3) Possevin, De Offic. curat., c. xvi, n. 6.