LIVRE IV, — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
point faute grave de la part d’un prêtre qui agirait ainsi, sans aucun esprit de révolte contre les rites de l'Église romaine.
Après avoir étudié l'antiquité et la légitimité de l'infusion, nous devons dire quelques mots des divers modes de son administration. Pour verser l’eau sur la tête des catéchumènes, on s’est servi et on se sert encore soit de la main, soit de vases de diverses formes, tantôt de cuillers, tantôt de coquilles.
L'emploi de la main puisant de l'eau dans une rivière ou dans un réservoir, a dû être le mode primitif; nous le voyons encore fréquemment figuré dans l’iconographie du moyen âge. Les Mennonites, qui ont conservé cet usage, le pratiquent d’une singulière facon. Les can: didats au baptême se mettent à BENOUX sur un seul rang; le ministre passe de l’un à l’autre, précédé d’un lecteur portant un bassin plein d’eau. Le pasteur tient au-dessus de la tête du catéchumène ses deux mains unies en forme de coupe, et le diacre y verse l’eau qui coule ainsi sur la tête du baptisé (1).
L'usage des burettes a prévalu dans les temps modernes et au moyen âge, où il est prescrit par divers. conciles (2). Il n’était pas inconnu des premiers siècles, comme le prouvent un certain nombre de vases conservés dans des musées ou figurés par d’anciennes fresques. On garde à la sacristie de Saint-Laurent-hors-les-Murs l’urceus de bronze avec lequel saint Laurent aurait baptisé saint Romain. Le Père Marchi considère comme un vase à infusion baptismale une burette en bronze, munie d’un manche, conservée à Rome, au musée Kircher, et provenant d’un vignoble qui avoisine le cimetière de Prétextat ; elle est décorée de divers sujets symboliques relatifs au baptême : l’océan personnifié, entouré de scènes maritimes, le pêcheur à la ligne, des navigateurs montés sur deux barques, Tobie et le poisson, etc. M. Jung (3) donne la même destination à un vase en bronze fondu de la bibliothèque de Strasbourg, qu’il croit remonter au rve siècle ; l’anse se termine en croissant. Le Mmonogramme du Christ est inscrit dans une couronne entre l'A et l'Q. Autour du bord on lit Pinscription suivante : Seprimus THEODOLUS CORRECTOR VENETIE ET ISTRIÆ EX AC. Ces diverses aiguières, ainsi que celles qui sont représentées dans plusieurs scènes baptismales, ont à peu près la capacité d’un litre, Les remplissait-on pour chaque infusion, ou bien leur contenu suflisait-il pour
(1) John Hayward, The religious creeds.
(2) Concile de Nîmes (1284), de Sens (1524), etc. (3) Bullet, du Comité hist., 1852,
les trois ablutions ? Nous n’en savons rien. Nous devons donc prudemment conclure qu’on versait sur la tête du catéchumène la valeur d'un litre d’eau ou de trois litres, ce qui devait suffire pour mouiller, non seulement la tête, mais une grande partie du corps.
Beaucoup d’inventaires mentionnent des cuillers d'argent (cochleare) dont l'emploi est recommandé par divers synodes (1) pour l'infusion baptismale. Ces anciennes cuillers, qu’on rencontre dans quelques musées, sont larges, profondes, creusées sur le bord antérieur de façon à ce que l’eau coule facilement en jet sur la tête du catéchumène. La cuiller d'Aquilée (1v° ou v® siècle), dont nous parlerons plus tard, avait
probablement une destination baptismale.
Cuiller émaillée d’Aquilée.
représentant une scène baptismale.
Dans les temps modernes, on a eu recours au coquillage de mer nommé pecten, ou à des imitations en métal. Au xvu° siècle, dans le diocèse de Grasse, on se servait d’une coquille d'argent ou d’étain, munie d’un long manche (2).
Quand on ne laissait pas couler dans la piscine l’eau versée sur la tête de l'enfant, on la recevait dans un bassin; c'était souvent /’Aquamanile de l’offertoire qui remplissait cet office; mais parfois il y avait dans les églises des bassins spéciaux en argent, en cuivre ou en faïence, uniquement consacrés à cet usage.
Les rois de France, les familles princières, les riches seigneurs possédaient de ces bassins, timbrés de leurs armes. La bourgeoisie voulut imiter cet exemple, et l’on vit quelquefois porter à l’église des plateaux dont la forme ou les décorations étaient peu convenables : aussi le concile de Chartres, en 1524, recommanda:t-il de se servir exclusivement des bassins affectés au service liturgique de l’Église. On en rencontre encore d'anciens dans quelques sacristies, et il doit y en avoir dans les musées et les collections particulières; mais pour ces derniers, il est
1) Syn. de Saint-Omer (1698).
2) Godeau, {nstr. synod., 1672, p.71: