LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
bien difficile d'affirmer leur destination liturgique, alors même qu'ils représenteraient le baptême de Notre-Seigneur, puisque souvent l’on décorait de scènes religieuses la vaisselle domestique.
En parlant de l’infusion, nous avons toujours supposé qu’elle avait la tête pour objectif; la tête, en effet, est le siège où aboutissent tous les sens intérieurs et extérieurs, et c’est elle, d’après tous les Rituels, qui doit être mouillée par l’eau baptismale. Si l’infusion atteint seulement une autre partie du corps, il faut rebaptiser sous condition, d'après saint Thomas et divers théologiens (1). Un grand nombre d’autres considèrent comme valide le baptème donné sur la poitrine, sur les épaules, sur le visage (2). Quelques-uns, quand il s’agit d’un enfant non complètement hors du sein de sa mère, croient qu'il suffit d’avoir mouillé un bras ou une jambe (3), l'ombilic (4), la peau que les médecins appellent secundina (5), et même un ongle (6) ou les cheveux (7). Mais ces ablutions étant considérées comme non valides ou du moins comme douteuses par d’autres autorités théologiques (8), on renouvelle toujours sous condition ces sortes de baptême.
Il y a également divergence entre les théologiens sur la quantité d’eau nécessaire pour l’ablution. Les uns (9) croient qu'à la rigueur une goutte ou deux peuvent suffire ; d’autres (10) ont combattu cette doctrine. Paludanus (1 r) a soutenu cette opinion excentrique, que si un grand nombre d'enfants ou d'adultes étaient baptisés en même temps et que, par hasard, l’un deux ne reçût pas une seule goutte d’eau, il n'en serait pas moins baptisé.
Les Protestants ont parfois essayé de réagir contre la diminution du signe sensible du baptême. Bugenhagen {r2) s’efforça de faire augmenter en Danemark la dose de l’infusion; G. Zeltner (13) a composé une
(1) Anaclet, Collet, Concina, Leander, Platel, Trullench, etc. (2) Dinouart, Filliac, Suarez, etc.
(3) Nunnus.
(4) Marchantius.
(5) Angelus, Armilla.
) Diana, Soto.
) Coninck, Henriquez, Soto, Tolet, Vasquez, etc.
) Bonacina, Villalobos, Zambrana, etc.
) Diana, Elbel, Liguori, Merati, Panormitanus, Ochagavia, Rosella, Vasquez, etc.
(10) Alleza, Billuart, Collet, Coninck, Habert, Layman, Possevin, Soto, Suarez, Tolet, Zambrana, etc.
(zx) Dist. VI, quæst. I.
(12) Ordin. eccl. Hamburg.
(13) De Mersione in bapt. apostolica larga perfusione instauranda. Altorph., 1725,
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dissertation spéciale pour engager le clergé de la Suisse à verser sur la tête du catéchumène, soit avec la main, soit avec un vase, une assez ample quantité d’eau qui pût équivaloir à une sorte d'immersion. Nous avons vu qu’il devait en être à peu près ainsi dans les premiers siècles, alors qu’on employait pour l'infusion la valeur d’un litre d’eau, peut-être même de trois. Dans le cours du moyen âge, l'iconographie nous représente des vases baptismaux d'une bien moins grande capacité. Enfin, aujourd’hui, on se contente d’un simple filet d’eau : ce qui nous montre qu'à mesure qu'on avance dans les temps modernes, la matière diminue, non pas d'importance, mais de volume, sans que cette modification altère l’essence d’un sacrement dont les rites symboliques n’ont jamais eu qu’une valeur accessoire.
ARTICLE III
De l1l°’Aspersion
L’aspersion ne diffère de l’infusion que parce qu’elle se fait à plus grande distance, en jetant de l’eau au lieu de la laisser couler. Si on la jette avec un instrument analogue à nos goupillons, le catéchumène peut ne recevoir que quelques gouttes d’eau; si on se sert de la main, l’aspersion peut être presque identique à l’infusion. Aussi ces deux expressions ont-elles été souvent employées indifféremment pour exprimer le baptème donné autrement que par immersion, et cela non seulement dans les temps modernes (1), mais aussi par des écrivains de l'antiquité, comme saint Cyprien et Gennade. Aujourd’hui encore, les Orientaux et les Baptistes qualifient d’aspersion le mode baptismal de l’Église latine.
Plusieurs commentateurs voient une allusion au baptême d’aspersion dans le passage où Tertullien (2) dit que les apôtres ont été bap-
(1) Baptismus fiat per trinam infusionem seu aspersionem aquæ super caput infantis
(Concile de Langres, 1404.) — Si l'enfant est malade... il suffira de l’asperger. (Sacramentaire de Chartres, 1580.) (2) De Bapt., c. x.