LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
tisés au moment où, montés sur une barque, ils furent aspergés par les flots de là tempête, et dans le passage où Lactance (r) dit que « Notre- Seigneur se soumit au baptème de saint Jean afin que, de même qu'il avait sauvé.les Juifs par la loi de la circoncision, il sauvât les Gentils par le baptême, c’est-à-dire par la perfusion d’une rosée pariicatneee Ces textes nous paraissent se rapporter plutôt à l’infusion qu’à l’aspersion, telle qu’on l’entend généralement.
Un bon nombre d’écrivains catholiques considèrentcomme probable que saint Pierre a baptisé par aspersion les 3,000 convertis, et une autre fois les 5,000 personnes dont il est question dans les Actes des Apôtres. Ils se fondent sur l'impossibilité matérielle qu’il y aurait eu à procéder par immersion pour une foule aussi nombreuse. Cette considération aurait sa valeur, si le baptème d’alors avait été accompagné de toutes les cérémonies qu’y ajoutèrent les siècles suivants, et si P'Apôtre avait été obligé, comme on se l’imagine à tort, de plonger dans l'eau et d'en retirer chaque catéchumène. Mais admettons, ce qui nous paraît le plus vraisemblable, que saint Pierre, avec les nouveaux convertis, soit descendu dans un de ces cours d’eau assez communs à Jérusalem, et qu’il ait complété leur immersion, en leur versant sur la tête l’eau qu'il puisait avec la main; cette opération peu fatigante pouvait facilement s’accomplir à l'égard de quelques milliers de catéchumènes. Rien, d’ailleurs, n'empêche de supposer que saint Pierre ait été aidé dans ce ministère par quelques-uns de ses frères dans l’apostolat et des soixante-dix disciples de Notre-Seigneur. Quand on songe qu’en Amérique les Baptistes peuvent immerger vingt personnes en neuf minutes (2), il n’y a rien d’invraisemblable à cette immersion de 3,000 et de 5,000 personnes, opération qui deviendrait moins admissible si elle s'était accomplie, comme le suppose Bossuet (3), dans les urnes de pierre qui servaient aux purifications en usage chez les Juifs.
Les documents hagiographiques nous signalent de nombreux baptèmes de foules converties, conférés par les premiers missionnaires du Christianisme. En trois jours, saint Firmin, évêque d'Amiens, convertit et baptise 3,000 personnes:. en sept jours, saint Saturnin baptise, à Pampelune, 40,000 catéchumènes. En un seul jour, saint Taurin, évêque d'Évreux, en baptise 2,000 ; saint Jean Chrysostome, 3,000 ;
(1) Ut quemadmodum Judæos suscepta PR Re Li sic etiam gentes baptismo, id est purifici roris perfusione salvaret. (Divin. instit., 1. IV, c. xv.)
(2) G. Davis, Familiar dialogue. Philadelphie, 1837.
(3) Traité de la Communion sous les deux espèces.
saint Remi, 3,000 ; Pélégrin, évêque ‘de Lorch, 5,000; saint Othon, évêque de Bamberg, 7,000; saint Augustin de Cantorbéry, 10,000; saint Faustin, 12,000; saint Martial, évêque de Limoges, 22,000. Enfin, l’auteur anonyme de la vie de saint Grégoire Pilluminateur nous dit qu’en un seul joùr, il baptisa 150,000 personnes dans l’Euphrate (1). Ne cherchons pas à faire la part d’exagération qu'il peut y avoir dans quelques-uns de ces chiffres, et admettons que ces divers apôtres, en ces circonstances, aient été aidés par des prêtres ou des diacres. Des baptèmes de pareilles foules n’ont pu avoir lieu que dans des rivières ou de grands baptistères, et dès lors il devient inutile de recourir à la supposition de l’aspersion, à moins qu'on n'entende par là l’eau jetée avec la main, ce qui n’est pas improbable ; mais quant à l’aspersion proprement dite avec un instrument quelconque ou une branche d’arbre, elle nous paraît inadmissible à des époques où Pinfusion elle-même se pratiquait avec un grand volume d’eau.
C'est au xiv° siècle seulement, que nous trouvons le premier exemple incontestable d’aspersion. Ladislas Jagellon, roi de Pologne, après s'être converti, travailla activement à christianiser les peuples paiens de la Lithuanie; les plus nobles d’entre eux furent successivement baptisés par infusion ; quant à la masse populaire, le Roi la divisa en un certain nombre de groupes, les uns d'hommes, les autres de femmes, dont tous les individus recevaient un même nom, en même temps que l’aspersion baptismale du prêtre qui parcourait leurs rangs. Ces baptêmes sommaires, auxquels on accourait pour obtenir les habits de laine que le Roi distribuait aux néophytes, n’eurent pas des effets durables, et si le pape Urbain VI crut devoir féliciter Jagellon de la conversion des Lithuaniens, il ne put s'empêcher de se plaindre qu’on ne l’eût pas consulté à ce sujet (2).
Le cardinal Ximenès ayant employé de puissants moyens de persuasion pour convertir les Maures, quatre mille d’entre eux lui demandèrent le baptème en un même jour. L’archevêque de Tolède, pour abréger la cérémonie, procéda par aspersion, et l'anniversaire de ce jour mémorable (18 décembre 1499), devint plus tard une fête liturgique pour les Eglises de Tolède et de Grenade (3).
Saint François Xavier recourut au même moyen pour baptiser des milliers de Japonais réunis dans une plaine. Le P. Labat nous
) Boll., 30 sept. Vif., secunda, c. 1v, n. 4. MEleunys Zristteect 1 XCGVIIL 11317.
) Fléchier, Æist. du card. Ximenès.