LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
raconte (r}que toute une cargaison d'esclaves fut baptisée par aspersion sur un vaisseau portugais, mouillé dans la baie de Tous-les-Saints.
D'après Chardin, les religieux théatins baptisaient par aspersion, en Mingrélie, les enfants qui sont touiours mal baptisés dans le rite bizarre de ce peuple. « Jai demeuré plusieurs jours, dit-il (2), avec le préfet des Théatins en divers lieux de Mingrélie et j'ai vu plusieurs fois la manière dont il baptisait les enfants. Lorsqu'on lui en amenait quelqu'un malade pour le voir, il faisait venir de l’eau, disant qu’il avait besoin de se laver les mains. Il les lavait et, sans les essuyer, il touchait du bout du doigt le front de l’enfant, en faisant accroire que c'était pour reconnaître sa maladie. Il baptisait les enfants qui se portaient bien, secouant sur eux ses mains en les lavant, comme par manière de badinerie. »
Parfois on recourait à l’aspersion pour les lépreux et les pestiférés. Quand la peste éclata à Amiens, en 1668, l’évêque François Faure se préoccupa des devoirs que cette épidémie imposait aux curés. Nous lisons dans sa lettre pastorale en date du 1° septembre (3): «S'il ya des enfants dans une maison pestiférée ou suspecte, Je ne suis pas d'avis que, pour la sûreté du baptême, vous vous en rapportiez à la sage-femme, au père, à la mère, ou à quelque autre parent, qui se trouveront attaqués par la contagion ; car ces sortes de gens peuvent ignorer la forme du baptème, y omettre les paroles essentielles, et mettre l'enfant en péril de son salut. Mais voici deux manières de le leur administrer sans danger. La première, par aspersion, jetant l’eau sur l'enfant avec un aspersoir, pendant que vous prononcez les paroles sacramentelles : Ego te baptixo, etc.; mais il faudroit que celuy qui tiendroit l'enfant vous avertit si l’eau y aura touché ou non... L'autre manière seroit de faire apporter l'enfant à la porte ou à la fenêtre, et d’attacher à une baguette de cinq ou six pieds de long une petite coquille, ou quelque autre petit vase, dans lequel on mettra l’eau que l’on a coutume d'employer à cette sainte cérémonie, et puis, en la versant sur la tête de l'enfant, il faut prononcer ces paroles : Ego te baplizo, etc. ; remettant à faire les autres cérémonies lorsque le danger
sera passé. »
Un grand nombre de sectes protestantes, surtout les Méthodistes,
(1) Relat. de l’Ethiopie occidentale, t. Ve rex (2) Voyage en Perse, t. I, p. 124.
(3) Mioland, Actes de lÉgl. d'Amiens, I, 308.
ont adopté le mode de l’aspersion. Les ministres calvinistes, dans diverses contrées, baptisent du haut de la chaire, en trempant la main dans l’eau et en la secouant sur les enfants rangés devant eux; les uns n’en recoivent que quelques gouttes, les autres sont même exposés à rester privés de la moindre ablution.
En Écosse, le ministre presbytérien trempe le bout de ses doigts dans un bassin plein d’eau, ou en prend un peu dans le creux de la main pour en frotter le front de l’enfant (1). Ce genre d’ablution, qu’on ne saurait appeler ni infusion, ni aspersion, est parfois employé dans les pays idolâtres, en cas de nécessité, par les missionnaires. Quelques-uns de ceux d’Afriqueayant demandé au Saint-Siège, en 1770, s’ils pouvaient se contenter de frotter le front des enfants moribonds avec une éponge imbibée d’eau, pour déguiser l’administration du baptême aux yeux de populations hostiles, la Congrégation du Saint- Office répondit qu’il fallait s’efforcer de faire couler un peu d’eau sur la tête de l’enfant ou du moins sur quelque partie de son corps (2).
(1) Knox, Formulaire du Baptême, p. 25.
(2) Analect. jur. pont., 8 série, p. 1571.