LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME
On lit, ilest vrai, dans les Actes du pape saint Étienne I°', qu’en baptisant un nommé Nemesius, il prononça ces paroles : In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti baptizo te. L'authenticité de ces Actes est rejetée par Tillemont. Admettons avec Baronius qu'ils soient sincères, ce ne serait là qu’une exception échappée à la plume d’un biographe du 1° siècle, qui se tenait naturellement moins sur ses gardes qu'un théologien.
Le Sacramentaire de Gélase, édité par Thomasi, ne contient pas de formule baptismale. Dom Chardon (1) en a fort mal conclu que la triple interrogation sur la Trinité tenait lieu de toute autre forme. Là, comme dans d’autres monuments antérieurs, elle est omise à dessein ; elle ne nous apparaît bien complète pour la première fois qu’au vi° siècle, dans le Sacramentaire de saint Grégoire le Grand. Au x°, nous la trouvons dans le Rituel baptismal de Sévère d’Antioche. Au xn°, les théologiens se montrent encore d'une grande discrétion sur ce point. Ainsi Pierre Lombard, dans son quatrième livre des Sentences, n’exprime pas plus la forme du baptême que celle des autres sacrements.
Quelques écrivains protestants ont prétendu que les Catholiques avaient parfois modifié la forme du baptême, soit pour l’expliquer, soit pour protester contre telle ou telle hérésie. Deux illustres savants protestants se sont chargés de réfuter cette accusation, en montrant que la formule orthodoxe n’a jamais varié dans l'Église (2).
(x) Æist. des Sacrem., t. I, p-233.
(2) Vossius, De Bapt., disp. I, thes. V, p. 55; Bingham, Orig. eccles., t. IV, p. 182.
GAP ILRE JET
Des formes valides du Baptême
Toutes les formules différentes de celles qui sont déterminées par l’Église sont plus ou moins illicites, selon qu’elles s'éloignent plus ou moins des formes prescrites; mais elles restent valides quand il ny a point altération essentielle du sens, et c’est dans ces appréciations que les théologiens ont émis des opinions très diverses. Nous n’avons pas l'intention de rapporter ici les innombrables formules qu'ils se sont plu à imaginer, tantôt pour les improuver, tantôt pour les tolérer. Notre attention devra s’arrêter surtout sur celles qui ont été réellement employées, soit dans l'Église catholique, soit dans les communions hétérodoxes, et où apparaissent des altérations plus ou moins graves, dont les divers genres sont spécifiés dans ce distique :
Nil formæ demas, nil addas, nil variabis.
Transmutare cave, corrumpere verba, morari.
Examinons d’abord les formes qui sont reconnues valides par tous les théologiens ou du moins par l’immense majorité d’entre eux et où se trouvent suffisamment exprimées les mentions : 1° de la personnalité du ministre; 2° du sujet baptisé; 3° des trois personnes de la sainte Trinité. Nous dirons ensuite quelques mots de certaines additions qui ne portent pas atteinte à la substance du Sacrement.