CHAPITRE IV
Formes non valides
Il est singulier que saint Augustin ait dit qu’il est plus facile de trouver des hérétiques qui ne baptisent point du tout que d'en citer qui baptisént avec d’autres paroles que celles dont se sert l'Église ; car l’antiquité nous a légué un bon nombre de formules complètement hétérodoxes. Ces formules rendent le sacrement nul quand elles n’expriment pas l’action de baptiser, la personnalité du sujet et l’invocation des trois personnes de la sainte Trinité.
Il y a peu de formules qui aient été viciées par les deux premières causes. On peut citer celle des Chaldéens : Baptizatus est in nomine Patris, etc., comme n’exprimant ni la personnalité ni l’action du ministre. On a cru que les Nestoriens du Malabar se servaient également de cette forme au prétérit; mais on voit par leurs Rituels que cette prétendue formule baptismale n’est qu'une proclamation solennelle qui termine l’administration du sacrement de l’eau et de la confirmation (1).
Le 23 juin 1840, la sacrée Congrégation du Saint-Oflice a déclaré nul un baptême conféré avec ces paroles : Ego volo ministrare trbi sacramentum baptismi peccatorum, în nomine Patris, etc. (2).
L'invocation des trois personnes de la sainte Trinité a été souvent altérée par des suppressions, des changements et des additions. Nous allons reproduire les principales de ces formes entachées de nullité.
Un certain nombre de sectaires mentionnés par les Canons apostoliques (3) baptisaient au nom des trois principes sans commencement, ou bien au nom des trois Pères, des trois Fils et des trois Paraclets.
(1) Denzenger, Rif. orient., p. 19.
(2) Analect. jur. pontif., 8e série, p. 1614. (3) Can. XLI et XLIX.
Un hérétique du premier siècle, Ménandre, baptisait en son propre nom, prétendant que cette magique opération empêchait de vieillir et même de mourir. La facilité de constater le mensonge de ces promesses aurait dû étouffer cette secte dès sa naissance, et cependant elle comptait encore des adeptes du temps de saint Justin (1).
Un certain nombre de Gnostiques corrompaient la forme du baptème: ainsi les Marcossiens se servaient de ces paroles : « Au nom du Créateur inconnu de toutes choses, et de la Vérité, mère de toutes choses, et de Celui qui est descendu sur Jésus, dans l’union et la rédemption et la communion des vertus (2). » D'autres Gnostiques employaient cette formule : « Christ, le Sauveur qui délivre notre âme de ce monde et de tout ce qu’il renferme, au nom de 1x, et qui nous a rachetés avec le prix de son âme, est Jésus le Nazaréen (3); » ou bien encore celle-ci, rapportée par Nicétas : « O toi qui es supérieur au Père, nous t'invoquons, toi qui es appelé lumière, esprit bon et vie, parce que tu as régné dans un corps (4). »
Un passage assez obscur de Théodoret(5) peut faire supposer que les Éliésaites substituaient l’invocation des éléments à celle de la Trinité.
Les Montanistes, qui considéraient Montan comme le Paraclet promis . aux apôtres, baptisaient en mémoire de la mort de Jésus-Christ. Quelques-uns d’entre eux conféraient le sacrement au nom du Père et du Fils et de Montan et de Priscille. Cette femme était une visionnaire qui avait abandonné son mari pour suivre l’extatique Montan et prophétiser avec lui. Si les Montanistes ont usé de cette forme grotesque, mentionnée par saint Basile, il faut admettre qu’ils l'auront abandonnée plus tard pour une invocation plus ou moins orthodoxe de la Trinité, variant sans doute selon les pays; car leur baptême est considéré comme valide par saint Denys d'Alexandrie, comme douteux par saint Firmilien, comme nul par saint Athanase et par le premier concile œcuménique de Constantinople.
Les Cataphrygiens altéraient la formule du baptème; mais passaientils seulement sous silence le Saint-Esprit, ou bien y substituaient-ils le nom de Montan? c’est là un point douteux et controversé (6).
1) Apol. II.
2)lren, JL IC VITE
3) Rhenfert, De redemptione Marcosiorum, ap. Op. philos., p. 164.
4) Patrol, gr., t. VII, col. 1488.
à Baptismatibus in elementorum confessione. (Theodor., Hær. fab.; 1. IL, c. 7.)
( ( ( ( ( (6) Chr. Lupus, t. IV, diss. II.