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LIVRE V. — DE LA FORME DU BAPTÈME

Les Archontiques attribuaient la création non pas à Dieu, mais à sept principes supérieurs qu’ils appelaient apyorres; ils adoraient le plus puissant d’entre eux, nommé Sebaoth, et ne reconnaissaient de baptême valide que celui conféré en ce nom).

Le concile de Nicée a rejeté le baptème des Paulianistes, parce qu'ils ne conféraient pas ce sacrement au nom des trois personnes divines.

Baronius croit avec raison que le nom des Photiniens a été inséré par erreur dans le septième canon du concile de Laodicée, parmi les hérétiques dont l'Église admettait le baptême comme valide; car le second concile d'Arles semble reconnaître aux Photiniens les mêmes doctrines qu'aux Paulianistes et il rejette également leur baptême comme ne contenant point l’invocation de la Trinité.

Arius aurait bien voulu changer cette invocation, mais il ne l’osa point, en face du texte formel de l'Évangile (2). Lorsque saint Athanase nous dit (3) que les Ariens baptisaient au nom du Créateur et de la créature, il ne faut point en inférer que ces expressions fissent partie de leur formule baptismale; l’orateur a voulu évidemment dire que ces hérétiques, même en se servant de la forme orthodoxe, n’attribuaient au Fils que le rang de créature. Il nous paraît démontré (4) que les anciens Ariens ont conservé lès paroles de la liturgie catholique; elles furent altérées plus tard, mais pas toujours, d’une manière plus où moins grave. Ainsi les uns baptisaient au nom du Père plus puissant, au nom du Fils moins puissant; les autres au nom du Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit; ou bien au nom du Père, seul vrai Dieu, et de Jésus-Christ, Sauveur, sa créature, et du Saint-Esprit, leur serviteur à tous deux (5).

Les Eunomiens, que condamna le premier concile de Constantinople, baptisaient tantôt dans la mort du Christ, tantôt au nom du Créateur, ou bien encore « au nom du Dieu incréé et du Fils créé et de l'Esprit sanctificateur créé par le Fils, lui-même créé (6). »

Selon quelques critiques, d’autres hérétiques du 1v° siècle auraient baptisé au nom des anges, attendu que le pape Damase dit que « les

(x) Epiph., Hær.: XI; Theodor. Hær., 1. I, c. xx.

(\SlhéodHæres lv.

(3) Orat. IT contr. Arianos, c. xLir.

(4) Jablonski, Opusc., t. IV, Diss. de Bapt. Arianorum.

(5) Hieron., A dy. Lucifer.; Theod, Lect., Collect., 1. XII.

(6) Greg. Nyss., Adv. Eunom. orat. XI; Epiph., Hæres., Lxxvi; Sozom., Hist. eccl., PAVENC, ZT,

Catholiques confèrent le sacrement au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et non pas au nom des archanges et des anges, ainsi que le font les hérétiques, les Juifs et les païens(r). » Comme aucun historien n’a signalé ces sortes d’hérétiques, comme il est certain que les Juifs et les païens, mis sur le même rang, n’ont jamais baptisé au nom des anges, il nous paraît bien probable que le sens de ce passage doit être à peu près celui-ci : « Quand nous baptisons au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, nous le faisons au nom d’un seul Dieu, et non pas de plusieurs anges, c'est-à-dire de plusieurs divinités, comme en reconnaissent certains hérétiques, certains Juifs de nos jours et les païens de tous les temps. »

Au vu siècle, les Pauliciens conféraient le baptême en disant : Je suis l’eau vivifiante (2). Parmi les anciens hérétiques qui corrompaient également la forme du baptême, nous pouvons encore citer les Sabelliens, les Bonosiens, les Novatiens et un certain nombre de Donatistes.

Henri, archidiacre d'Orléans, consulta saint Bernard au sujet d’un enfant en danger de mort qu’un laïque avait ondoyé avec ces paroles : Je te baptise au nom de Dieu et de la sainte Croix. L'abbé de Clairvaux répondit (3) que, sous le nom de Dieu, le laïque avait dû comprendre la sainte Trinité et que, par la mention de la vraie Croix, il avait dû invoquer Jésus-Christ dans sa passion; que cette confession de Jésus crucifié équivaut au baptême au nom de Jésus-Christ, dont il est parlé dans les Actes des Apôtres; qu’il faut excuser celui qui a ainsi validement conféré le sacrement de la régénération, en raison de. sa simplicité et de sa bonne foi, mais qu’il ne saurait approuver ceux qui voudraient introduire cette formule dans l’Église. Cette opinion si étrange a fait suspecter l'authenticité de cette lettre qu’on ne rencontre d’ailleurs que dans peu de collections manuscrites.

Les Arméniens avaient des formules très nombreuses. Ceux qui baptisaient dans le vin, disaient : « Je te lave dans le vin pour que tu sois fort et que tu ne souffres pas du froid (4). » D’après les récits des anciens missionnaires, des prêtres ignares croyaient conférer le sacrement en disant : « Je te baptise dans l’eau du Jourdain. — Dieu te baptise. — Béni soit le Père, béni soit le Fils, béni soit le Saint-

) Synod. epist. ad Paulinum.

) Euthym., Panopl., part. IL, tit, XXI, ) Epist. CCCCIIT. Aliàs, CCCXL.

4) Raynaldi, Anno 1341, n° 47.

OS

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